Agnès Verdier-Molinié propose de placer la moitié des indemnités des principaux responsables politiques et administratifs sous séquestre jusqu’au retour à l’équilibre primaire. Delphine Hans-Public approuve le principe, mais trouve encore le dispositif beaucoup trop généreux : chez elle, pas de séquestre. La moitié de la rémunération devient une prime au résultat. Pas de résultat, pas de prime.
📰 Dans cet article
💸 Déficit public : Verdier-Molinié veut toucher au portefeuille
Il fallait probablement en arriver là.
Après avoir essayé les rapports de 400 pages, les objectifs de déficit repoussés à l’année suivante, les trajectoires budgétaires rectifiées avant même d’avoir commencé et les engagements solennels à faire mieux la prochaine fois, Agnès Verdier-Molinié propose désormais de tester une méthode jusque-là assez peu utilisée pour redresser les comptes publics français : intéresser financièrement ceux qui les dirigent au résultat.
La directrice de la Fondation iFRAP propose que la moitié des indemnités des ministres, parlementaires et directeurs d’administration ne soit plus versée directement, mais placée sur un compte séquestre.
Pour récupérer le magot, une condition : que la France retrouve l’équilibre primaire, c’est-à-dire un budget équilibré avant paiement des intérêts de la dette, et sans compenser le trou par une nouvelle hausse du taux de prélèvements obligatoires.
« Je veux un excédent budgétaire sans hypothèse de croissance. Si vos comptes ne tiennent que parce que vous avez prévu 1,5 % de croissance, ce n’est pas un excédent : c’est un pari. Et je ne verse pas de prime sur un pari. »
Delphine Hans-Public
L’économie immédiate serait évidemment microscopique à l’échelle d’un déficit public qui se compte en dizaines de milliards.
Mais ce n’est pas l’objectif. Il s’agit plutôt d’introduire dans la gestion de l’État une notion exotique connue dans certaines entreprises sous le nom de « conséquence ».
À Pontarlier, la proposition a immédiatement retenu l’attention de Delphine Hans-Public.
Puis elle l’a trouvée trop timide.
📊 DHP découvre une étrange anomalie dans le séquestre
Pour DHP, le principe général est excellent. Le dispositif technique, beaucoup moins.
« Si la rémunération est versée plus tard quoi qu’il arrive, ce n’est pas une rémunération au résultat. C’est une rémunération avec un retard de paiement. »
Un silence aurait alors traversé la pièce. Pas celui provoqué par la brutalité de la proposition. Celui d’une administration découvrant qu’une phrase pouvait tenir sur deux lignes sans annexe méthodologique.
Delphine Hans-Public propose donc une architecture légèrement différente : 50 % de rémunération fixe et 50 % sous forme de prime au résultat.
- Aucun séquestre.
- Aucune cagnotte qui grossit tranquillement en attendant des jours meilleurs.
- Aucune somme récupérable cinq ans plus tard parce qu’un gouvernement suivant aurait finalement réussi le boulot.
- L’objectif est atteint : la prime est versée.
- L’objectif n’est pas atteint : elle ne l’est pas.
« Une prime au résultat suppose un résultat. Je ne vois pas ce qu’il y a de révolutionnaire », aurait simplement résumé DHP avant d’ouvrir un tableur.
Elle irait même un cran plus loin qu’Agnès Verdier-Molinié : ni équilibre primaire, ni budget bricolé à +1 €, ni recettes gonflées par une hypothèse de croissance confortable. DHP exige un excédent budgétaire à croissance nulle.
« Je veux un excédent budgétaire sans hypothèse de croissance. Si vos comptes ne tiennent que parce que vous avez prévu 1,5 % de croissance, ce n’est pas un excédent : c’est un pari. Et je ne verse pas de prime sur un pari. »
Si l’économie progresse ensuite, tant mieux : ce sera du rab. Mais la prime, elle, ne se calcule pas sur une prévision.
À zéro, vous avez évité de creuser. Au-dessus de zéro, vous avez commencé à remplir.
Nuance.
🧮 Une prime de résultat sans possibilité de changer l’objectif
Resterait évidemment une difficulté très française : déterminer qui fixe l’objectif.
Car confier au bénéficiaire d’une prime le soin de définir lui-même les conditions de son versement présenterait un léger risque méthodologique. DHP, qui vient justement de resserrer le protocole du pognonomètre, a donc prévu le coup.
On imagine assez facilement une loi de finances adoptée en décembre avec un déficit public de 5 %, suivie en janvier d’un décret précisant que « compte tenu du contexte international particulièrement exigeant, tout résultat inférieur à 5,1 % sera désormais considéré comme remarquable ».
DHP a donc prévu le coup.
même la quantité de feuilles Excel envoyées à Bruxelles.
Une seule ligne : solde budgétaire des administrations publiques, calculé sans hypothèse de croissance.
- Excédent constaté : prime.
- Déficit : pas de prime.
Le dispositif posséderait par ailleurs un avantage considérable : plus besoin d’organiser chaque année un débat de trois semaines pour savoir si les responsables ont « fait tout leur possible ».

Son indicateur ne serait ni le nombre de réformes annoncées, ni le nombre de conférences de presse organisées, ni
Un nombre positif ou négatif devrait suffire. Même la Cour des comptes pourrait rentrer plus tôt chez elle.
🧀 Gégé demande immédiatement où stocker le gras
Informé du projet, Gérard Poncet a d’abord cru qu’il était lui-même concerné en tant que futur maire potentiel de Pontarlier.
Après vérification, personne n’avait encore proposé d’appliquer le système aux élus municipaux.
Le président du Mouvement des Haut-Doubistes Gens Authentiques a néanmoins exprimé une réserve de fond.
« Couper la moitié, je veux bien. Mais tu mets où le gras pour l’hiver ? »
Le problème est sérieux. Dans le Haut-Doubs, une rémunération fixe limitée à 50 % entre novembre et mars présenterait selon Gégé un risque manifeste pour la constitution des réserves stratégiques de Comté, de saucisse et de Mont d’Or.
Le concept de séquestre d’Agnès Verdier-Molinié lui semblait à cet égard beaucoup plus rassurant.
« Si c’est mis de côté et qu’on peut le récupérer plus tard, finalement c’est comme une cave. »
Lorsque notre rédaction lui a expliqué que DHP souhaitait précisément supprimer cette possibilité, Gérard Poncet a marqué une longue pause.
« Ah ouais. Elle rigole vraiment pas, la dame. »
Selon nos informations, le MHDGA pourrait néanmoins soutenir le dispositif à condition qu’une clause spécifique garantisse à tout Haut-Doubiste concerné un minimum de 2 000 calories quotidiennes entre la Toussaint et Pâques.
🚬 Gisèle avait déjà inventé la rémunération variable
À Morteau, Gisèle a accueilli le débat avec davantage de philosophie.
L’ancienne patronne de tabac-presse connaît déjà le principe d’une rémunération dépendant du résultat.
« Moi aussi j’avais une part variable. Ça s’appelait les clients. Quand ils venaient pas, personne mettait mon chiffre d’affaires sous séquestre en attendant qu’ils reviennent. »
Elle approuve donc plutôt DHP. Avec néanmoins une inquiétude.
« Si c’est mis de côté et qu’on peut le récupérer plus tard, finalement c’est comme une cave. »
Gérard Poncet, Président du MHDGA
La France vivant depuis plusieurs décennies avec des déficits publics récurrents, une généralisation trop efficace de la rémunération variable pourrait finir par réduire sérieusement les cotisations de certains hauts revenus publics.
Et Gisèle tient à sa retraite par répartition.
« Faut quand même qu’ils cotisent, les petits. »
Heureusement, elle avait prévu le risque.
« Moi j’ai capitalisé aussi. Faut pas être con. »
Une stratégie patrimoniale d’une remarquable souplesse idéologique : la retraite collective pour le principe, un peu d’épargne personnelle pour éviter d’avoir à vérifier trop précisément si le principe fonctionne encore dans vingt ans.
🏦 Le déficit public pourrait soudain devenir beaucoup plus concret
La proposition Verdier-Molinié a au moins le mérite de poser une question rarement abordée au cours des débats budgétaires : que se passerait-il si une partie de la rémunération de ceux qui décident dépendait directement du résultat obtenu ?
DHP apporte sa réponse.
- On ne garde pas 50 % de la rémunération au chaud.
- On ne promet pas de la rendre plus tard.
- On transforme réellement cette moitié en rémunération variable.
Et la France découvrirait alors une situation parfaitement banale pour une partie du secteur privé : atteindre l’objectif n’est plus uniquement important dans le PowerPoint présenté le lundi matin.
Cela finit aussi par apparaître sur la fiche de paie.

Une réforme dont L’Ouest Républicain ignore encore l’effet sur les finances publiques.
Mais dont l’effet sur la vitesse de retour à l’excédent primaire pourrait être spectaculaire le jour où les premiers responsables concernés découvriront personnellement ce qu’est une fin de mois.

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