Le pognonomètre avait pris un peu de retard. Mauvaise idée en pleine campagne présidentielle : les milliards, eux, n’attendent pas. Olivier Faure promet un SMIC à 1 690 € net sans donner de facture exploitable, Édouard Philippe annonce un fonds climat de 2 milliards mais affirme vouloir le financer à budget constant, Éric Zemmour veut retirer 12 milliards de taxes sur les carburants tout en promettant des économies ailleurs. Pendant ce temps, Sébastien Lecornu cherche 54 milliards pour empêcher le déficit de repartir à la hausse. Delphine Hans-Public a ressorti la calculatrice.
Si monsieur Zemmour retire douze milliards de recettes et enlève réellement douze milliards de dépenses en face, mon arbre n’a rien à produire.
Delphine Hans-Public
Le problème avec le pognonier, c’est qu’une fois qu’on en a découvert un, on commence à en voir partout.
À L’Ouest Républicain, nous avions donc confié à Delphine Hans-Public une mission relativement simple : surveiller les annonces de la présidentielle 2027 et mesurer la quantité de pognon qu’il faut effectivement faire pousser pour les financer.
Puis les candidats ont commencé à compliquer le protocole.
Certains annoncent une dépense mais pas son coût. D’autres annoncent un coût mais assurent qu’ils trouveront des économies ailleurs. D’autres encore recyclent des crédits existants.
Et le gouvernement, lui, vient désormais annoncer des dizaines de milliards… dans l’autre sens.
« C’est pour cela qu’en comptabilité, nous utilisons plusieurs colonnes », soupire DHP.
📰 Dans cet article
💶 Olivier Faure : 1 690 € net, et maintenant faites-nous la facture
Olivier Faure veut porter le SMIC à 1 690 € net par mois, contre environ 1 478 € net actuellement.
Premier problème pour DHP : le SMIC légal est défini en brut, le montant net n’étant qu’un ordre de grandeur. Et surtout, parler en net ne permet pas de savoir combien la mesure coûte réellement.
DHP ouvre son tableur.
« 1 690 € net pour tout le monde, très bien. Maintenant faites-moi trois colonnes : privé, contractuel public, fonctionnaire titulaire. Et remettez-moi ça en brut et en coût employeur. »
Parce que le « net » dit ce qui arrive sur le compte du salarié.
Il ne dit pas directement combien l’employeur débourse.
Et dans la fonction publique, la mécanique n’est pas la même que dans le privé. Lorsqu’un niveau de rémunération passe sous le SMIC, des mécanismes de rattrapage existent pour les agents concernés.
Autrement dit, une forte hausse du SMIC pourrait aussi avoir un coût pour les employeurs publics, dont l’ampleur dépendrait du nombre d’agents rattrapés et des modalités exactes retenues.

OR : « Alors, combien au pognonomètre ? »
DHP : « Question suivante. »
Impossible de sortir proprement 20, 25 ou 30 milliards d’euros sans fabriquer nous-mêmes une partie du programme.
🌳 Pognonier Faure : taille indéfinie.
C’est assez pratique. Quand on ne connaît pas la taille du pognonier, il est beaucoup plus difficile de manquer de branches.
🌱 Édouard Philippe : 2 milliards, mais pas forcément deux milliards nouveaux
Édouard Philippe a, lui, présenté un chiffre parfaitement clair : 2 milliards d’euros par an pour un fonds unique consacré à l’adaptation au changement climatique.
Sauf qu’en regardant sous le pot, on trouve une subtilité.
Le candidat d’Horizons veut fusionner plusieurs dispositifs existants et affirme vouloir sanctuariser ces moyens sans aggraver le déficit public.
« Ah », fait DHP.
Pour le pognonomètre, c’est important.
Deux milliards consacrés à une politique publique ne signifient pas nécessairement deux milliards de dépenses nouvelles. Si l’argent provient intégralement de crédits déjà existants et redéployés, le pognonier peut rester tranquillement dans son champ.
OR : « Donc zéro ? »
DHP : « Donc nous attendons le tableau de financement. Zéro est un chiffre. “On verra” n’en est pas un. »
🌳 Pognonier Philippe : non établi.
Le fonds vaut 2 milliards. Le besoin de financement supplémentaire, lui, reste à déterminer.
⛽ Éric Zemmour : 12 milliards en moins à la pompe, des économies promises ailleurs
Éric Zemmour propose de ramener le litre de carburant autour de 1,80 €.
Sa recette : réduire fortement la fiscalité sur les produits pétroliers et supprimer une partie du coût lié aux certificats d’économies d’énergie, soit une baisse annoncée d’environ 42 centimes par litre.
Le coût brut évoqué pour les finances publiques tourne autour de 12 milliards d’euros.
Voilà normalement de quoi faire bouger joliment notre jauge.
Sauf que Zemmour affirme parallèlement vouloir financer ses baisses de prélèvements par des coupes budgétaires beaucoup plus importantes, notamment dans les effectifs publics et diverses dépenses.
DHP refuse donc de mettre mécaniquement le curseur à 12.
« Douze milliards, c’est le coût brut de la mesure. Le pognonomètre mesure le trou restant après financement. Si monsieur Zemmour retire douze milliards de recettes et enlève réellement douze milliards de dépenses en face, mon arbre n’a rien à produire. »

Reste évidemment à vérifier que les économies annoncées existent, qu’elles sont réalisables et qu’elles ne financent pas simultanément trois autres promesses.
🌳 Pognonier Zemmour : 12 Md€ bruts, besoin net à établir.
La comptabilité possède cette manie pénible : un même milliard ne peut normalement être dépensé qu’une seule fois.
🧮 Sébastien Lecornu : soudain, 54 milliards dans l’autre sens
Et pendant que les candidats se demandent où trouver leurs milliards, Sébastien Lecornu vient d’ouvrir un dossier légèrement différent.
Pour son budget 2027, le premier ministre estime qu’il faut trouver 54 milliards d’euros afin de ramener le déficit public autour de 5 % du PIB. Sans action, le déficit pourrait repartir nettement plus haut.
DHP relève immédiatement un détail intéressant : les 54 milliards ne correspondent pas entièrement à 54 milliards de baisse réelle des dépenses par rapport à 2026.
Une partie sert simplement à absorber la hausse spontanée de certaines dépenses : intérêts de la dette, retraites, santé, défense ou autres postes déjà engagés.
« Enfin quelqu’un qui m’apporte un gros chiffre dans le bon sens », constate DHP.
Le gouvernement cherche donc à combiner économies, gels de dépenses et recettes supplémentaires pour éviter que le déficit ne dérive davantage.

Cette fois, pas de pognonier.
🧮 54 milliards de DHP.
Ou, plus précisément : 54 milliards à trouver pour empêcher le trou de devenir encore plus gros.
📏 Le pognonomètre apprend à compter dans les deux sens
Ce petit rattrapage aura au moins permis de préciser le mode d’emploi.
- Le pognonomètre ne mesure pas la taille d’une annonce.
- Il mesure la partie de l’annonce qui reste à financer.
- Une dépense de 10 milliards accompagnée de 10 milliards d’économies réellement identifiées peut donc afficher zéro.
- Une dépense apparemment modeste mais sans coût établi peut rester bloquée sur un énorme point d’interrogation.
- Et une annonce de 54 milliards peut même faire tourner la machine dans l’autre sens.
Delphine Hans-Public referme son classeur.
« Désormais, lorsque quelqu’un annonce un milliard, nous poserons quatre questions : combien ça coûte réellement, qui paie, pendant combien de temps et quelle somme manque encore après financement. »
🌳Puis elle regarde le pognonier.
« Lui, il ne travaille que sur la quatrième colonne. »

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🌳 Pognonomètre : Faure, Philippe, Zemmour… et Lecornu sort 54 milliards dans l’autre sens
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