Les Girondins de Bordeaux Ă©voluent dĂ©sormais en RĂ©gional 1. Administrativement, une division se change avec une dĂ©cision et quelques lignes dans un rĂšglement. GĂ©ographiquement, câest plus compliquĂ© : le club conserve son public, son histoire, sa capacitĂ© dâattraction et les problĂšmes logistiques qui vont avec. Ă Saintes, la Coupe de France vient dâen donner un premier aperçu.
Il y a quelque chose de merveilleusement français dans la situation bordelaise.
Une instance nationale dĂ©cide quâun club descend.
Puis une ligue régionale, une préfecture, quelques élus locaux, des dirigeants bénévoles et probablement un adjoint chargé des barriÚres métalliques doivent comprendre comment faire entrer le résultat de cette décision dans un stade municipal.
Sur Excel, tout fonctionne parfaitement.
Dans la vraie vie, il manque parfois 4 000 places de parking.
đ° Dans cet article
đŒ Ă Paris, une division tient dans une cellule Excel
La pyramide du football français est assez simple.
Ligue 1, Ligue 2, Ligue 3, National 1, National 2, puis les niveaux régionaux et départementaux.
Lorsquâun club connaĂźt des difficultĂ©s financiĂšres ou administratives, il peut descendre dans cette pyramide. Logique. Simple. Basique.
Le problĂšme des Girondins de Bordeaux est quâune partie de ce qui constitue le club ne descend pas avec eux. Le nombre potentiel de spectateurs ne devient pas soudain celui dâune rencontre habituelle de RĂ©gional 1,voire de niveaux infĂ©rieurs.
La notoriété ne passe pas en Départemental.

Les dĂ©placements de supporters ne sont pas divisĂ©s par cent simplement parce quâune commission a changĂ© le championnat dans lequel Ă©volue lâĂ©quipe.
Le club, lui, descend. Tout ce quâil transporte autour de lui reste Ă peu prĂšs Ă la mĂȘme taille.
Et plus on descend dans la pyramide, plus lâĂ©cart devient visible.
đ§ Saintes dĂ©couvre le problĂšme avant tout le monde
La Coupe de France vient justement de fournir un excellent crash-test.
Saintes, club de Départemental 2, devait recevoir Bordeaux.
Sur le papier, câest exactement pour ce genre dâaffiche quâexiste la Coupe de France : un petit club reçoit un grand nom, le stade se remplit, les bĂ©nĂ©voles sortent les tables, les jeunes de lâĂ©cole de foot demandent des autographes et la trĂ©sorerie passe un bon dimanche.
« Rétrogradation validée, sous réserve que la commune trouve un stade assez grand. »
Ce qu’a oubliĂ© le ComEx de la FFF
Sauf que recevoir Bordeaux ne consiste manifestement plus seulement Ă disposer de deux vestiaires, dâune main courante et dâun barbecue.
Le dispositif de sécurité envisagé pour la rencontre a été évalué autour de 40 000 euros. Pour un club de D2.
Ă ce niveau-lĂ , la grande fĂȘte populaire commence Ă ressembler Ă lâorganisation dâun sommet international. Plusieurs solutions ont alors Ă©tĂ© envisagĂ©es : jouer Ă Saintes, dĂ©placer la rencontre, lâorganiser ailleurs.
Et le simple match de football sâest progressivement transformĂ© en problĂšme administratif, sĂ©curitaire et financier.
Le terrain devient presque secondaire.
đ La descente sportive produit une montĂ©e logistique
VoilĂ le paradoxe.
Si Bordeaux évoluait encore dans un championnat professionnel, ses déplacements se feraient dans des enceintes déjà dimensionnées pour recevoir plusieurs milliers de spectateurs.
- En Régional 1, cela devient moins évident.
- En Régional 2, encore moins.
- Et ainsi de suite.
Autrement dit, plus le niveau sportif baisse, plus les équipements rencontrés sont susceptibles de devenir incompatibles avec la taille réelle du club visiteur.
Le classement sportif diminue. Le besoin en barriĂšres Vauban augmente.
On arrive alors Ă cette situation lĂ©gĂšrement absurde oĂč lâon peut parfaitement considĂ©rer quâun club mĂ©rite administrativement de jouer trĂšs bas tout en constatant que les infrastructures de ce niveau ne sont pas conçues pour lâaccueillir.
Ce nâest pas une question de prestige. Câest une question de mĂštres carrĂ©s.
đ Le football des territoires nâa pas Ă©tĂ© construit pour ça
Un stade rĂ©gional nâest pas un petit Matmut Atlantique.
Câest souvent un Ă©quipement communal conçu pour quelques centaines de spectateurs, avec un parking dimensionnĂ© en consĂ©quence, quelques bĂ©nĂ©voles aux entrĂ©es et des moyens de sĂ©curitĂ© adaptĂ©s au championnat dans lequel Ă©volue normalement le club rĂ©sident.
Câest trĂšs bien ainsi.
On ne va pas construire 8 000 places couvertes dans chaque commune de Nouvelle-Aquitaine au cas oĂč Bordeaux y passerait un dimanche de novembre.
Mais il faut alors assumer la conséquence.
Une décision fédérale peut produire localement des dépenses totalement disproportionnées avec les moyens des clubs concernés.
Et câest lĂ que l’application footballistique du vieux principe Paris dĂ©cide, les rĂ©gions se dĂ©brouillent devient intĂ©ressante.
Lâinstance dĂ©cide du niveau. Sur place, quelquâun doit trouver le stade, les policiers, les agents de sĂ©curitĂ©, le parking, les accĂšs de secours et surtout lâargent.
đ¶ Qui paie quand le rĂšglement rencontre le terrain ?
Câest finalement la seule vraie question.
Si lâaccueil des Girondins nĂ©cessite exceptionnellement de dĂ©placer une rencontre, de louer un autre stade ou de renforcer considĂ©rablement le dispositif de sĂ©curitĂ©, qui doit payer ?
- Le petit club qui a eu la malchance â ou la chance â de tirer Bordeaux ?
- La Ligue régionale ?
- La Fédération ?
- Les collectivités ?
- Le club bordelais ?
Pour lâinstant, le systĂšme semble surtout dĂ©couvrir le problĂšme rencontre aprĂšs rencontre.
Ce qui fonctionne trÚs bien tant que personne ne reçoit une facture correspondant à plusieurs saisons de ventes de saucisses.
Il serait pourtant possible dâanticiper.
La FFF connaßt les clubs engagés, la capacité des stades et les contraintes particuliÚres liées à la présence de Bordeaux dans les divisions régionales. à elle, donc, de sortir le pognonier : prévoir les délocalisations, fixer les rÚgles de partage des recettes1 et surtout financer les surcoûts de sécurité directement provoqués par cette situation exceptionnelle.
Ce ne serait pas offrir un avantage sportif aux Girondins. Ce serait simplement Ă©viter quâune dĂ©cision prise par la FĂ©dĂ©ration se transforme, quelques Ă©tages plus bas, en appel aux dons chez le club qui a eu le malheur de recevoir Bordeaux.

Le résultat du match resterait à gagner sur le terrain.
đïž Descendre Bordeaux ne fait pas rĂ©trĂ©cir Bordeaux
Câest probablement le point que la mĂ©canique administrative oublie. Une rĂ©trogradation modifie la place dâun club dans une compĂ©tition.
Elle ne modifie pas instantanĂ©ment son poids rĂ©el. Bordeaux reste Bordeaux, mĂȘme en RĂ©gional 1.
Et si les Girondins devaient un jour Ă©voluer encore plus bas, la contradiction deviendrait seulement plus spectaculaire : des adversaires toujours plus petits devraient accueillir un club dont lâaudience, elle, ne suivrait pas nĂ©cessairement la mĂȘme courbe descendante.
La FFF peut parfaitement considĂ©rer quâun rĂšglement doit sâappliquer.
Mais alors il faut aussi organiser les conséquences de son application. Sinon, à chaque nouvelle descente, le football français risque de devoir ajouter une annexe au procÚs-verbal :
« Rétrogradation validée, sous réserve que la commune trouve un stade assez grand. »
- RĂšgle de partage des recettes qu’il convient d’appliquer Ă©galement au Football Club de Nantes de Waldemar Kita â©ïž

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đïž Girondins de Bordeaux : quand Paris rĂ©trograde, les rĂ©gions doivent pousser les tribunes
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