France Inter supprime lâĂ©dito de Charles Sapin aprĂšs trois semaines de fronde interne, deux jours de grĂšve et la menace dâun nouveau mouvement. La station proposait au journaliste de Valeurs actuelles de remplacer ses deux minutes trente dâĂ©ditorial par un dĂ©bat contradictoire. Il a refusĂ©. Ă LâOuest RĂ©publicain, on dĂ©couvre donc quâun Ă©ditorialiste peut parfaitement avoir une opinion, Ă condition manifestement que quelquâun soit assis en face pour la surveiller.
đ° Dans cet article
đ§č France Inter supprime lâĂ©dito de Charles Sapin aprĂšs trois semaines
Câest finalement Charles Sapin lui-mĂȘme qui a annoncĂ© la nouvelle samedi 19 septembre.
« La direction de France Inter vient de mâannoncer la suppression de mon Ă©dito hebdomadaire sur ses antennes », Ă©crit le directeur adjoint de Valeurs actuelles sur X.
Son arrivĂ©e dans la matinale dominicale de France Inter avait dĂ©clenchĂ© dĂšs la fin aoĂ»t une fronde dâune partie des salariĂ©s de Radio France. Deux journĂ©es de grĂšve ont eu lieu les 13 et 14 septembre. Une nouvelle assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale a ensuite votĂ© un second prĂ©avis pour le lundi 21 septembre.
Nous avions racontĂ© toute cette Ă©tonnante conception du pluralisme dans notre prĂ©cĂ©dent article, lorsque Sophia Aram avait rĂ©sumĂ© lâambiance maison en une formule devenue difficile Ă amĂ©liorer : « cinquante nuances de gauche ».
Relire « France Inter : le pluralisme, mais pas avec nâimporte qui »

Depuis, la situation a donc évolué. Enfin, façon de parler.
â±ïž Deux chroniques de 150 secondes
Charles Sapin devait disposer chaque dimanche matin dâun Ă©ditorial politique dâenviron deux minutes trente.
Il aura eu le temps dâen prononcer deux.
Dans la premiĂšre, sujet dâune violence idĂ©ologique difficilement soutenable, il avait parlĂ© de la dette publique et des contraintes quâelle pourrait faire peser sur les promesses de la prĂ©sidentielle de 2027.
Dans la deuxiĂšme, il sâĂ©tait intĂ©ressĂ© Ă lâintelligence artificielle.
Soit, comme il le souligne dĂ©sormais avec un certain sens de la mesure, 150 secondes hebdomadaires. Il Ă©value sa prĂ©sence Ă environ 0,025 % du temps dâantenne. Le Monde confirme que deux chroniques seulement ont Ă©tĂ© diffusĂ©es depuis son arrivĂ©e.
Manifestement, la concentration était encore trop élevée.
đȘ§ Le problĂšme restait Valeurs actuelles
Depuis le dĂ©but du conflit, les opposants Ă Sapin ont pourtant toujours Ă©tĂ© assez clairs sur ce point : ce nâest pas tellement le contenu de ses Ă©ditoriaux qui pose problĂšme.
Câest son employeur.
Les syndicats de Radio France ont notamment invoquĂ© les condamnations passĂ©es de Valeurs actuelles et considĂ©rĂ© que les positions portĂ©es par lâhebdomadaire nâĂ©taient pas compatibles avec les valeurs du service public. Le personnel avait dĂ©jĂ rĂ©sumĂ© la situation dĂ©but septembre par une phrase assez pratique :
« Le problĂšme, câest pas lui, câest Valeurs actuelles. »
Ce détail a son importance.
Charles Sapin nâa, Ă notre connaissance, jamais Ă©tĂ© condamnĂ© personnellement pour racisme, injure raciste ou provocation Ă la haine. Certaines condamnations rĂ©guliĂšrement citĂ©es concernent son journal et des faits antĂ©rieurs Ă son arrivĂ©e Ă sa direction.
Mais, comme nous lâexpliquent rĂ©guliĂšrement certains lecteurs avec une remarquable constance : « le racisme est un dĂ©lit ». Certes.
Nous poursuivons toujours nos recherches pour déterminer ce que Charles Sapin est supposé faire de cette information.
đïž Un Ă©ditorialiste, mais avec contradicteur
Face au conflit, la direction de France Inter avait proposĂ© jeudi 17 septembre une nouvelle formule : supprimer lâĂ©dito individuel et transformer la sĂ©quence en dĂ©bat contradictoire.
Les salariĂ©s nâavaient pas Ă©tĂ© convaincus et avaient maintenu le prĂ©avis du 21 septembre. Ils demandaient notamment davantage de prĂ©cisions sur le contradicteur, lâhoraire et la durĂ©e du nouveau rendez-vous.
Charles Sapin, lui, vient de régler le problÚme.
Il refuse.
« Le problĂšme, câest pas lui, câest Valeurs actuelles. »
Intersyndicale de Radio-France
Dans son texte publiĂ© samedi, il ironise sur le « conservatovirus », imagine quâil faudrait Ă©vacuer une aile de la Maison de la Radio avant son arrivĂ©e et estime que cette formule prolongerait la « mĂ©canique de disqualification » dont il dit faire lâobjet. Il qualifie lâensemble de « censure prĂ©ventive ».
La situation produit tout de mĂȘme une innovation Ă©ditoriale remarquable. Un Ă©ditorialiste est, par dĂ©finition, payĂ© pour exprimer un point de vue.
Mais lorsque le point de vue risque dâĂȘtre celui de Charles Sapin, il devient apparemment nĂ©cessaire dâinstaller immĂ©diatement quelquâun de lâautre cĂŽtĂ© de la table.
LâOuest RĂ©publicain attend avec beaucoup dâintĂ©rĂȘt de savoir si le principe sera gĂ©nĂ©ralisĂ©.
đ Thomas Portes revendique la victoire
Du cĂŽtĂ© de La France insoumise, Thomas Portes nâa pas attendu le prochain conseil dâadministration.
Le dĂ©putĂ© a saluĂ© une « VICTOIRE », estimant que « la mobilisation des salariĂ©s de Radio France a payĂ© » et que le service public nâavait pas vocation Ă accueillir ce quâil appelle « les poubelles de lâextrĂȘme droite ».
Ă droite et au RN, la lecture est Ă©videmment exactement inverse : Bruno Retailleau dĂ©nonce un « petit théùtre antifasciste », tandis que Jordan Bardella parle dâune « atteinte profonde au pluralisme ». Il sâagit de leurs apprĂ©ciations politiques respectives de la dĂ©cision, pas de faits Ă©tablis par ces dĂ©clarations.
Tout le monde est donc rassuré. Le débat contradictoire existe déjà .
Simplement, il se dĂ©roule dĂ©sormais sur X. On attend dĂ©sormais de Sibyle Veil quâelle revendique, dans le mĂȘme esprit de rĂ©alisme, son ambition pour la conquĂȘte de Mars.
đ» « Cinquante nuances de gauche », saison 2
Le retournement est surtout savoureux lorsquâon se souvient de la position affichĂ©e par la direction de Radio France au dĂ©but du mois.
Sibyle Veil dĂ©fendait alors le recrutement de Charles Sapin au nom du pluralisme et de la nĂ©cessitĂ© de faire entendre « des gens qui ne pensent pas la mĂȘme chose ».
Trois semaines plus tard, lâĂ©dito disparaĂźt.
La direction nâavait certes pas totalement fermĂ© la porte Ă Sapin : elle lui proposait encore une participation sous forme de dĂ©bat. Il est donc plus exact de parler de suppression de son Ă©ditorial et de refus par Sapin de la formule de remplacement que de prĂ©tendre quâil aurait simplement Ă©tĂ© « virĂ© » de France Inter.
Mais le résultat pratique est assez simple.

Dimanche matin, Charles Sapin ne fera plus son édito. AprÚs deux chroniques.
Sophia Aram avait diagnostiqué « cinquante nuances de gauche ».
France Inter vient peut-ĂȘtre dâinventer la cinquante-et-uniĂšme : la droite sous surveillance contradictoire.
Quant Ă la grĂšve annoncĂ©e pour lundi 21 septembre, elle Ă©tait toujours maintenue aprĂšs la proposition de transformation de lâĂ©dito en dĂ©bat. Au moment oĂč nous publions, nous nâavons pas trouvĂ© dâannonce publique plus rĂ©cente confirmant son annulation aprĂšs le retrait de Sapin.
Il serait Ă©videmment malvenu dâen tirer des conclusions. Nous sommes samedi.

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