STOP ! ArrĂȘtez de scroller ! Non, nous nâallons pas vous vendre une crĂšme miracle, une mĂ©thode pour devenir riche en dormant ou la formation que les millionnaires veulent vous cacher. Cette fois, le piĂšge Ă clics est parlementaire : les socialistes ont fait adopter une taxe sur les donnĂ©es qui dĂ©filent sur vos Ă©crans, une taxe sur le scroll et les autres flux que vous accueillez gentiment chez vous. Bienvenue dans lâĂšre du scroll fiscal.
Vous connaissez ces publicitĂ©s qui interrompent votre fil dâactualitĂ© avec un « STOP ! » en lettres gĂ©antes ? Nous aussi. La diffĂ©rence, câest quâici, personne ne promet de vous faire perdre dix kilos en sept jours. On parle plutĂŽt de faire gagner jusquâĂ 10 milliards dâeuros par an Ă lâĂtat.
Vendredi 30 octobre 2026, les dĂ©putĂ©s ont adoptĂ© lâamendement socialiste n° I-1358 au projet de budget 2027 : 11 voix pour, 10 contre, 14 abstentions, soit 35 votants dâaprĂšs le scrutin public officiel. Une victoire Ă la Pyrrhus â ou Ă la Cahuzac, câest selon â remportĂ©e par 11 voix favorables dans une AssemblĂ©e comptant 577 siĂšges. Le gigaoctet pĂšse soudain plus lourd que le dĂ©putĂ©, sauf exception.
đ° Dans cet article
đ± Taxe sur le scroll : 5,5 centimes par gigaoctet
La mĂ©canique est simple sur le papier. Quand vous regardez des vidĂ©os, faites dĂ©filer Instagram, lancez Netflix ou tĂ©lĂ©chargez du contenu, des donnĂ©es vous sont envoyĂ©es. Câest pareil quand vous lisez les frasques de DjĂ€ysonne dans les colonnes de LâOuest RĂ©publicain. Eh oui, mĂȘme les Ăąneries de notre stagiaire consomment de la bande passante.
Et quand Internet tombe, plus de frasques du tout : la panne Free qui a touchĂ© le Haut-Doubs nous avait dĂ©jĂ permis de mesurer combien la vie numĂ©rique dĂ©pend dâun tuyau qui fonctionne.
Les socialistes proposent de taxer les entreprises qui émettent ces données à hauteur de 0,055 ⏠par gigaoctet, et non les utilisateurs qui les reçoivent.
Les fournisseurs dâaccĂšs Ă Internet seraient chargĂ©s de mesurer les volumes acheminĂ©s et dâidentifier les entreprises Ă©mettrices, dans un dispositif annoncĂ© comme anonymisĂ© et supervisĂ© par lâArcep et le fisc. Le texte prĂ©voit Ă©galement un plafonnement de la taxe en fonction du chiffre dâaffaires des entreprises.
Prenons le chiffre de 500 Go par mois citĂ© dans le dĂ©bat public. Une multiplication donne 27,50 ⏠: câest le montant thĂ©orique associĂ© Ă 500 Go de flux imposables avant plafonnement, Ă la charge des fournisseurs de contenus.
Ce ne sont pas 27,50 ⏠automatiquement ajoutĂ©s Ă la facture du foyer. Pas davantage 330 ⏠de nouvelle taxe personnelle annuelle. Le pouce nâa pas encore sa dĂ©claration fiscale.

đż Dix minutes de scroll ou un film Netflix ?
Dix minutes Ă faire dĂ©filer des photos, Ă raison dâune toutes les dix secondes : cela fait 60 images. En prenant une hypothĂšse volontairement gĂ©nĂ©reuse de 0,0005 ⏠par image, lâaddition virtuelle atteint 3 centimes pour dix minutes de scroll. Ce nâest pas un prix facturĂ© aux utilisateurs, ni un tarif fixe par photo : une image nâa pas toujours le mĂȘme poids, et les plateformes compressent et mettent des fichiers en cache.
Un film de 1 h 30 sur Netflix en 4K ? Netflix indique jusquâĂ 7 Go par heure en ultra haute dĂ©finition. Dans cette hypothĂšse haute, cela reprĂ©sente 10,5 Go, soit environ 58 centimes de contribution thĂ©orique. LâapĂ©ro du canapĂ© vient dâentrer dans la comptabilitĂ© nationale. LĂ encore, il ne sâagit pas dâun supplĂ©ment de 58 centimes annoncĂ© sur lâabonnement.
đïž Compresser les images et les vidĂ©os : merci, câest dĂ©jĂ fait
La taxe sur le scroll aurait, assurent ses auteurs, une autre vertu : pousser les plateformes Ă compresser les images et les vidĂ©os pour rĂ©duire les volumes transmis. Dans lâexposĂ© des motifs de lâamendement, ils vont mĂȘme jusquâĂ expliquer que les entreprises ne le feraient pas encore, les rĂ©seaux fonctionnant pour elles comme un « tuyau sans limite de volume ».
Petit problĂšme : Meta dĂ©taille lâutilisation du codec AV1 pour les Reels Facebook et Instagram dĂšs 2022. Et Netflix expliquait fin 2025 quâAV1 reprĂ©sentait environ 30 % de ses visionnages, avec moins de donnĂ©es consommĂ©es Ă qualitĂ© comparable. Pour les photos, les formats WebP et AVIF ne sont pas prĂ©cisĂ©ment des inventions du week-end. Bref, les ingĂ©nieurs nâont pas attendu un amendement du vendredi pour dĂ©couvrir la compression.
Le tout sans produire des horreurs comme ici, pour le plus grand bonheur des utilisateurs. Vous reprendrez bien un modem 56k et la tĂ©lĂ© en noir et blanc avec, c’est offert de bon cĆur.

Moins de gigaoctets transmis, câest mĂ©caniquement moins de taxe avant plafonnement. Une compression plus efficace peut conserver une excellente qualitĂ©. Mais si lâon finit par Ă©conomiser des donnĂ©es en diminuant le dĂ©bit ou la dĂ©finition, le spectateur risque de le voir Ă lâĂ©cran.
Ă force de vouloir taxer les pixels, on finira peut-ĂȘtre par regarder Netflix en qualitĂ© Minitel. Et lĂ , mĂȘme GĂ©rard Poncet demandera le remboursement de son abonnement.
Ces arbitrages comptent aussi pour nos calculs : les 3 centimes de scroll restent une simulation volontairement majorée, pas le prix réel de 60 images servies par Instagram. Et les 58 centimes du film en 4K correspondent à la consommation maximale retenue, non à tous les films visionnés.
đ¶ « Câest gratuit », donc personne ne paie ?
Le meilleur moment est arrivĂ© pendant les dĂ©bats Ă lâAssemblĂ©e. Le dĂ©putĂ© socialiste Laurent Lhardit, auteur de lâamendement, sâest demandĂ© comment une telle taxe pourrait ĂȘtre rĂ©percutĂ©e sur les utilisateurs de Facebook, Instagram ou TikTok, puisque ces services sont gratuits.
Les professionnels de la publicité viennent de renverser leur café.
Jacques SĂ©guĂ©la avait fixĂ© le niveau de rĂ©ussite sociale Ă la Rolex. Chez nous, GĂ©rard Poncet lâa placĂ© Ă son poids en Mont dâOr. Visiblement, Ă lâAssemblĂ©e, le marketing nâa toujours pas passĂ© le contrĂŽle technique.
Gratuit Ă lâentrĂ©e ne signifie pas gratuit Ă produire, ni dĂ©pourvu de modĂšle Ă©conomique : les rĂ©seaux sociaux vivent notamment de la publicitĂ©. Nous avions dĂ©jĂ dĂ©taillĂ© comment un appel lancĂ© sur TikTok pouvait devenir viral. Cette diffusion reprĂ©sente de lâattention, de lâaudience et, potentiellement, des recettes publicitaires.
La taxe pourrait ĂȘtre absorbĂ©e dans les marges, modifier les tarifs publicitaires, encourager la compression ou se retrouver en partie dans certains abonnements. Ce sont des possibilitĂ©s, pas des hausses dĂ©jĂ annoncĂ©es.

Lâobjectif de mieux faire contribuer les multinationales du numĂ©rique peut se discuter sĂ©rieusement ; encore faut-il prouver que le poids des fichiers est la meilleure base pour le faire.
đł Dix milliards attendus : un nouveau pognonier ?
Les auteurs de lâamendement tablent sur environ 10 milliards dâeuros de recettes annuelles. VoilĂ qui aurait mĂ©ritĂ© de figurer dans notre manuel de culture du Pognonier : planter une taxe, arroser de gigaoctets, rĂ©colter des milliards. Delphine Hans-Public insiste toutefois sur un dĂ©tail : un rendement projetĂ© nâest pas une recette encaissĂ©e.
« Si Ă 50 ans on n’a pas mangĂ© son poids en Mont d’Or, on a quand mĂȘme ratĂ© sa vie. »
Gérard Poncet, publicitaire pionnier
Lâarbre pousse prĂ©cisĂ©ment au milieu de la discussion sur le budget 2027 et les 54 milliards dâĂ©conomies annoncĂ©es. AprĂšs avoir regardĂ© les Ă©conomies sâenvoler, voilĂ quâon promet de faire entrer 10 milliards par les tuyaux dâInternet. Il faudra quand mĂȘme vĂ©rifier le dĂ©bit du robinet.
Sur le plan environnemental, diminuer les volumes de donnĂ©es peut prĂ©senter un intĂ©rĂȘt, sans que le nombre de gigaoctets constitue Ă lui seul un bilan Ă©cologique. Le poids du fichier ne mesure pas non plus lâintĂ©rĂȘt du contenu. Notre article sur la recherche en ligne et les contenus fabriquĂ©s par IA rappelait dĂ©jĂ quâun fichier trĂšs convaincant nâest pas forcĂ©ment une information trĂšs fiable. On ne taxera pas les pixels selon leur degrĂ© dâintelligence.
Et la rĂ©daction de lâamendement ne se limite pas nominalement aux cinq gĂ©ants quâelle cite. Un petit Ă©diteur peut Ă©galement envoyer des donnĂ©es : il faudra voir comment les rĂšgles, les plafonds et les modalitĂ©s dâapplication sâarticuleraient pour chacun. LâOuest RĂ©publicain se demande dĂ©sormais sâil lui faut retirer la photo de DjĂ€ysonne. GisĂšle assure quâelle aurait dĂ» le faire depuis longtemps.
đ§Ÿ Vous pouvez reprendre votre scroll. Pour lâinstant.
Attention : lâadoption dâun amendement nâest pas une loi dĂ©finitivement votĂ©e. La mesure peut encore ĂȘtre modifiĂ©e ou supprimĂ©e avant la fin de lâexamen du budget 2027. Aucune disposition ne prĂ©voit de facturer chaque mouvement de pouce Ă lâinternaute.
Pour ce samedi, nous avions seulement une raison sĂ©rieuse de vous interrompre au milieu de vos vidĂ©os de chats. Vous pouvez reprendre votre scroll : nous ne vous demanderons ni votre carte bancaire, ni votre adresse mail pour dĂ©couvrir la suite. Et, pour une fois, la publicitĂ© nâĂ©tait pas mensongĂšre : quelquâun a vraiment proposĂ© de taxer les gigaoctets.

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đ Taxe sur le scroll : STOP, les socialistes ont trouvĂ© le bouton « ⏠»
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