Grandfontaine (Doubs-Du-Bas) avait un abribus endommagé, une poubelle brûlée et quelques mètres carrés d’enrobé fondus. Il lui manquait encore une communication de crise.
La page officielle de la commune du Doubs-du-Bas a réglé le problème en deux mots : les auteurs seraient une « bande de petits cons ». Après Sébastien Delogu et son altercation avec des policiers, le niveau « commentaires Facebook » gagne désormais les collectivités territoriales.
📰 Dans cet article
🗑️ Grandfontaine avait pourtant commencé par un banal feu de poubelle
Les faits, au départ, n’avaient rien de particulièrement drôle.
Une poubelle a été incendiée sur le parking de l’espace sportif de Grandfontaine. Les pompiers et la gendarmerie ont dû se déplacer et, selon la commune, l’incendie a également endommagé un abribus et fait fondre l’enrobé.
Du mobilier public abîmé, des secours mobilisés et, à la fin, une facture que quelqu’un devra payer.
Bref, suffisamment de raisons pour qu’une mairie soit agacée.
C’est ensuite que le Doubs-du-Bas a décidé d’apporter sa contribution à la modernisation de la communication publique.
Sur sa page Facebook officielle, la commune ne parle pas d’« individus », d’« auteurs présumés », de « personnes à l’origine des dégradations » ou même, soyons fous, de « vandales ».
Elle choisit : « une bande de petits cons », et précise qu’ils avaient simplement « envie d’emm… le monde ».
Voilà.
On pourra toujours reprocher aux collectivités territoriales leur lourdeur administrative, mais pas à Grandfontaine. Deux expressions, un constat, aucune périphrase.
Le Cerfa viendra plus tard.
🏛️ Quand la page de la mairie devient le mur Facebook de Tonton Gérard
Soyons précis : L’Ouest Républicain ne sait pas qui, physiquement, a rédigé et publié ce message.
Le maire ? Un adjoint ? Un agent ? La personne chargée de la page Facebook ? Quelqu’un à qui on avait malencontreusement laissé le mot de passe ?
Nous n’en savons rien.
Et finalement, ce n’est même pas le sujet, car la publication n’est pas apparue sur le profil personnel d’un élu furieux devant son café du matin. Elle apparaît sous le nom de la Commune de Grandfontaine.
Autrement dit, celui qui parle n’est plus Gérard, Henri, Michel ou Ginette. C’est l’institution.
« Petits cons »
La Commune de Grandfontaine à ses administrés
Et une institution qui qualifie publiquement des personnes encore non identifiées de « petits cons », c’est tout de même un changement intéressant dans la doctrine de communication territoriale.
D’autant que la suite du message retrouve immédiatement son sérieux administratif.
Vous avez vu quelque chose ?
Appelez la gendarmerie.
Vous n’osez pas appeler la gendarmerie ?
Appelez la mairie, qui le fera pour vous.
La commune réussit donc dans le même message à lancer un appel civique à témoins et à insulter ceux sur lesquels elle aimerait précisément obtenir des renseignements.
C’est une forme de guichet unique : France Services, mais avec option commentaire Facebook.
🚓 Sébastien Delogu avait déjà débloqué le niveau
Cela rappellera quelque chose aux lecteurs de L’Ouest Républicain.
Fin août, nous racontions l’altercation entre le député LFI Sébastien Delogu et trois policiers à Marseille sous un titre qui nous semblait alors légèrement sciemment exagéré :
« Sébastien Delogu en garde à vue : le dialogue républicain débloque le niveau “commentaires Facebook” ».
On y trouvait, selon les versions contradictoires des protagonistes, du « tu pues de la gueule », de la « bande de fatigués » et du « trou du cul ».
À l’époque, nous pensions naïvement avoir atteint un joli palier.
- Un député.
- Des policiers.
- Une cage d’escalier.
- Quelques expressions qui auraient parfaitement trouvé leur place sous une publication Facebook consacrée à un rond-point.
La barre était haute.
Grandfontaine vient pourtant de démontrer qu’il n’était même plus nécessaire d’organiser une altercation entre un parlementaire et des fonctionnaires de police. Désormais, la collectivité peut produire directement le contenu, sans intermédiaire.
Circuit court.
« Petits cons » : 100 % local.
Il faudra penser au label ou à l’AOP.
🥊 Pendant ce temps, Fagaut et Vignot font encore de la politique à l’ancienne
Le contraste est d’autant plus savoureux que Grandfontaine se trouve aux portes de Besançon.
Et à Besançon, on sort de plusieurs mois d’une campagne municipale particulièrement aimable entre Ludovic Fagaut et Anne Vignot. Les deux camps se sont opposés, beaucoup, sur à peu près tout. Même des palmiers.
Puis Ludovic Fagaut a remporté le second tour des municipales de mars 2026 avec 53,29 % des suffrages exprimés contre 46,71 % pour Anne Vignot. Depuis, l’un dirige la ville et l’autre siège dans l’opposition.
Bref, les conditions sont réunies pour continuer à se mettre sur la tronche politiquement pendant six ans.
Et pourtant, à notre connaissance, l’Hôtel de Ville de Besançon n’a pas encore remplacé « l’opposition municipale » par « cette bande de gros relous » sur sa page Facebook. C’est presque décevant.
Des années de petites phrases, de communiqués, d’interviews, de conseils municipaux interminables et de publications soigneusement calibrées alors qu’à quelques kilomètres de là, Grandfontaine vient de montrer qu’on pouvait résumer une divergence en deux mots.
Le Doubs-du-Bas possède donc désormais deux écoles.
- Besançon : la guerre politique larvée avec éléments de langage.
- Grandfontaine : « petits cons ».
La seconde présente au moins l’avantage de libérer du temps pour l’apéritif.
📖 Le nouveau dictionnaire administratif du Doubs-du-Bas
Il faudra peut-être d’ailleurs mettre à jour les formations destinées aux nouveaux élus.
| Ancienne formule (ne dites plus …) | Version 2026 (dites …) |
|---|---|
| « Des individus ont occasionné des dégradations sur le mobilier urbain. » | « Une bande de petits cons a brûlé une poubelle. » |
| « Les motivations des auteurs demeurent inconnues. » | « Ils avaient envie d’emmerder le monde. » |
| « Toute personne susceptible d’apporter des informations est invitée à prendre contact avec les forces de l’ordre. » | « Vous n’osez pas appeler les gendarmes ? Appelez-moi. » |
On tient quelque chose.
Encore deux ou trois mandats et le compte rendu du conseil municipal pourra commencer par : « Bon, les gars, faut qu’on parle. »
🧯 Le problème n’est même pas d’être énervé
Car évidemment que l’incendie est idiot. Évidemment que dégrader un abribus n’a rien d’une contribution majeure à la vie de la cité.
Évidemment qu’un maire, des élus ou des agents municipaux peuvent avoir envie de distribuer quelques qualificatifs lorsqu’ils découvrent le matin du mobilier communal noirci et une facture à venir.
Nous pourrions même en suggérer : nous sommes journalistes, c’est pratiquement notre métier. Mais une page officielle de commune n’est justement pas le compte personnel de celui qui la tient.
Elle parle au nom d’une collectivité et, par extension, de ses administrés.
- Y compris de ceux qui votent mal.
- Y compris de ceux qui râlent.
- Y compris, éventuellement, de quelques petits cons.
C’est le principe assez ingrat de la représentation publique : on représente aussi les gens qu’on n’aurait aucune envie d’inviter à dîner.
Et pour l’heure, rappelons que les auteurs de l’incendie évoqué par Grandfontaine ne sont même pas identifiés dans la publication.
On ignore donc s’ils habitent la commune, s’ils viennent d’ailleurs, s’ils sont trois, quatre ou douze et, accessoirement, quel niveau exact ils atteignent sur l’échelle scientifique de la connerie.

L’enquête permettra peut-être d’y voir plus clair.
🏔️ Le Haut-Doubs observe le Doubs-du-Bas
Du Haut-Doubs, nous nous garderons naturellement de toute leçon.
Nous avons des frontaliers, des SUV, des ronds-points, des enneigeuses, des chasseurs, des clochers et suffisamment de groupes Facebook locaux pour savoir qu’un « petit con » peut apparaître extrêmement vite dans une conversation.
Mais généralement, il faut attendre le troisième commentaire.
Grandfontaine a supprimé cette étape.
C’est cela, finalement, le progrès administratif : raccourcir les procédures.
En août, Sébastien Delogu et des policiers avaient débloqué le niveau « commentaires Facebook » du dialogue républicain.
En octobre, une commune du Doubs-du-Bas vient d’obtenir le badge.
À ce rythme-là, avant Noël, quelqu’un finira par répondre « ferme ta gueule » dans un procès-verbal de conseil municipal.
Et L’Ouest Républicain sera malheureusement obligé d’en faire un article.

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🔥 Grandfontaine : « petits cons », le Doubs-du-Bas débloque le niveau commentaires Facebook
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