🌮 Palmiers Ă  Besançon : le Doubs-Du-Bas se rĂȘve en CĂŽte d’Azur, le Haut-Doubs vĂ©rifie ses pneus neige

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Il fallait bien que cela arrive un jour. AprĂšs des dĂ©cennies Ă  vivre paisiblement entre les pavĂ©s, le tram, les façades respectables et les discours sur la qualitĂ© de vie, Besançon a dĂ©cidĂ© de franchir un cap civilisationnel : installer des palmiers. Oui, des palmiers Ă  Besançon. En Franche-ComtĂ©. Sur le pont Battant. Au-dessus du Doubs. À quelques dizaines de kilomĂštres d’un territoire oĂč l’on gratte encore parfois le pare-brise au mois de mai avec un vieux badge de station de ski.

Le nouveau maire de Besançon, Ludovic Fagaut, s’est donc fĂ©licitĂ© d’un fleurissement destinĂ© Ă  rendre la ville plus accueillante et plus agrĂ©able. Sur le principe, personne ne va s’opposer Ă  quelques fleurs, Ă  des jardiniĂšres ou Ă  un effort d’embellissement. MĂȘme dans le Haut-Doubs, nous ne sommes pas hostiles Ă  l’idĂ©e qu’une ville puisse ĂȘtre jolie sans forcĂ©ment sentir le gasoil froid et la sciure humide. Mais il y a une diffĂ©rence entre embellir l’espace public et donner Ă  Battant des airs de station balnĂ©aire sous assistance psychologique.

Car enfin, le palmier, chez nous, n’est pas une essence locale. Ce n’est pas un symbole du Doubs. Ce n’est pas un marqueur identitaire du massif jurassien. Ce n’est ni une plante du terroir, ni un hommage discret Ă  la saucisse de Morteau. Le palmier, en Franche-ComtĂ©, c’est un peu comme un stand de glaces Ă  la lavande au milieu d’une foire au ComtĂ© : ça crĂ©e de la discussion, mais pas forcĂ©ment de l’adhĂ©sion.

🌮 Quand le pont Battant se prend pour la promenade des Anglais

Les photos ont donc circulĂ©, et avec elles cette impression trĂšs particuliĂšre que Besançon tentait un virage climatique un peu audacieux. On n’en est pas encore Ă  voir des serveurs en chemisette vendre du Pont avec une rondelle d’orange et un petit parasol en papier, mais on sent poindre une ambition. Un projet. Une vision. Peut-ĂȘtre pas une vision trĂšs franc-comtoise, mais une vision quand mĂȘme.

À L’Ouest RĂ©publicain, nous n’avons rien contre l’exotisme. Le Haut-Doubs lui-mĂȘme accueille parfois des touristes en short dĂšs qu’il fait 17 degrĂ©s, et personne n’a encore dĂ©posĂ© de recours. Mais lĂ , il faut reconnaĂźtre un certain panache. Installer des palmiers dans la capitale du Doubs-Du-Bas, c’est envoyer un message. On ne sait pas exactement lequel, mais il existe. Peut-ĂȘtre : “Ici, nous refusons de cĂ©der au monopole du gĂ©ranium.” Peut-ĂȘtre aussi : “Si le climat se dĂ©rĂšgle, autant prendre un peu d’avance.”

Le problĂšme, c’est que dans le Haut-Doubs, ce genre d’initiative provoque toujours un lĂ©ger malaise. À Mouthe, plusieurs habitants auraient spontanĂ©ment cru Ă  une opĂ©ration de camouflage destinĂ©e Ă  dissimuler un radar. À Pontarlier, des observateurs ont Ă©voquĂ© un sapin qui aurait mal tournĂ©. À MĂ©tabief, un moniteur aurait simplement demandĂ© si le palmier Ă©tait prĂ©vu pour ouvrir une piste bleue l’hiver prochain.

<img src="https://ouestrepublicain.fr/wp-content/uploads/2026/06/image-683×1024.png" alt="Palmiers Ă  Besançon : Ludovic Fagaut fleurit le Doubs-Du-Bas, pendant que le Haut-Doubs regarde la scĂšne avec un bonnet et du scepticisme.” class=”wp-image-24067 size-full”/>
Des palmiers au centre-ville de Besançon.n📾Page Facebook Ludovic Fagaut

🌮 Le Haut-Doubs regarde ça avec la condescendance des gens qui connaissent le gel

Il faut dire que chez nous, la relation Ă  la plante ornementale reste plus sobre. On accepte la fleur, on tolĂšre la jardiniĂšre, on respecte le massif municipal quand il est bien tenu. Mais on garde un rapport lucide au rĂ©el. Le rĂ©el, c’est qu’un vĂ©gĂ©tal qui Ă©voque Ibiza suscite toujours un doute lĂ©gitime dans une rĂ©gion oĂč l’on parle plus souvent de brouillard givrant que de douceur marine.

D’ailleurs, c’est peut-ĂȘtre lĂ  que rĂ©side le vrai fossĂ© entre Besançon et le Haut-Doubs. Dans le Doubs-Du-Bas, on installe des palmiers pour faire joli. Dans le Haut-Doubs, on choisit encore les plantes selon un critĂšre simple : est-ce que ça survivra Ă  une nuit de septembre oĂč mĂȘme le bon sens hĂ©site Ă  sortir ? C’est moins glamour, certes, mais c’est une mĂ©thode.

Attention : nous ne disons pas que Besançon a tort de vouloir fleurir ses quais et ses ponts. Nous disons simplement qu’à force de vouloir rendre la ville plus accueillante, il faudrait Ă©viter qu’elle donne l’impression d’avoir fusionnĂ© avec une brochure de camping quatre Ă©toiles en bord de MĂ©diterranĂ©e. On part d’une jardiniĂšre, on rit un peu, et trois Ă©tĂ©s plus tard on se retrouve avec une guinguette tropicale, des cocktails sans alcool Ă  la mirabelle et une mascotte en flamant rose devant l’hĂŽtel de ville. C’est comme ça que les choses commencent.

🌮 MĂȘme les Ă©colos n’ont pas sorti les maracas

Reportage de Carine Terre-Vioux à Besançon

Le plus savoureux dans cette affaire, c’est que les Ă©cologistes eux-mĂȘmes ne semblent pas particuliĂšrement transportĂ©s par la manƓuvre. Et quand les Ă©cologistes rechignent devant un programme de fleurissement, c’est qu’on touche Ă  quelque chose de dĂ©licat. En gros, ils ne contestent pas le principe du vĂ©gĂ©tal, mais ils regardent l’opĂ©ration en se demandant si l’on n’a pas confondu transition Ă©cologique et dĂ©coration de centre commercial premium.

Cela donne une scĂšne assez rare : un maire heureux de ses jardiniĂšres, des opposants verts qui trouvent l’affaire discutable, et tout le Haut-Doubs qui observe en se demandant si Besançon n’aurait pas dĂ©finitivement pris le tournant de la Riviera comtoise. Franchement, on a connu des dĂ©bats municipaux moins inspirĂ©s.

Et pendant ce temps-lĂ , dans nos contrĂ©es plus au nord, on continue Ă  mener les vrais combats : tenir une terrasse exposĂ©e au vent, faire dĂ©marrer un diesel rĂ©calcitrant, identifier si le hĂ©risson au bord de la route traverse vraiment ou s’il rĂ©flĂ©chit simplement Ă  l’état du pays, et prĂ©server un minimum de cohĂ©rence climatique dans un dĂ©partement qui a dĂ©jĂ  fort Ă  faire avec ses saisons de neuf mois.

🌮 La prochaine Ă©tape : des cocotiers Ă  la Citadelle ?

Soyons honnĂȘtes : tout cela est surtout une formidable matiĂšre premiĂšre pour la satire locale. Parce qu’au fond, personne ne va faire une dĂ©pression nerveuse Ă  cause de trois palmiers en bac. Mais politiquement, symboliquement et rĂ©gionalement, la scĂšne est parfaite. Besançon veut fleurir. TrĂšs bien. Besançon veut ĂȘtre agrĂ©able. TrĂšs bien aussi. Mais Besançon installe des palmiers, et lĂ  tout le Doubs se remet Ă  discuter du sens de la vie, de l’argent public, du climat, de l’identitĂ© rĂ©gionale et de la frontiĂšre invisible entre embellissement et lĂ©gĂšre montĂ©e en tempĂ©rature cĂ©rĂ©brale.

Dans le Haut-Doubs, nous resterons donc vigilants. Le jour oĂč l’on verra une plage artificielle Ă  Chamars, une paillote pĂ©dagogique au pied de la Citadelle ou un concours de bronzage place de la RĂ©volution, nous monterons immĂ©diatement un dossier spĂ©cial. Avec sĂ©rieux, modĂ©ration et mauvaise foi territoriale, comme toujours.

En attendant, chacun son ambiance. Besançon plante des palmiers. Mouthe garde ses doudounes. Et tout le monde, au fond, reste fidÚle à sa vocation : le Doubs-Du-Bas expérimente, le Haut-Doubs hausse un sourcil.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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