🚓 SĂ©bastien Delogu en garde Ă  vue : le dialogue rĂ©publicain dĂ©bloque le niveau « commentaires Facebook »

Sébastien Delogu en garde à vue aprÚs une altercation avec trois policiers : la République découvre le vocabulaire des commentaires Facebook.

SĂ©bastien Delogu en garde Ă  vue ce jeudi 27 aoĂ»t Ă  Marseille aprĂšs une altercation avec trois policiers : jusqu’ici, une actualitĂ© judiciaire assez classique. Sauf que le dossier comprend un voleur de montre prĂ©sumĂ©, des policiers en civil, une porte d’immeuble, un voisin, une trottinette et un dĂ©bat contradictoire autour des expressions « tu pues de la gueule », « bande de fatiguĂ©s » et « trou du cul ». La RĂ©publique n’est peut-ĂȘtre pas apaisĂ©e, mais elle possĂšde manifestement encore du vocabulaire.

🚔 SĂ©bastien Delogu en garde Ă  vue pour outrage

Le dĂ©putĂ© LFI des Bouches-du-RhĂŽne s’est prĂ©sentĂ© jeudi aprĂšs-midi Ă  l’hĂŽtel de police de Marseille pour ĂȘtre entendu Ă  la suite d’une altercation survenue lundi 24 aoĂ»t dans l’immeuble oĂč il rĂ©side.

Quelques heures plus tard, le parquet de Marseille confirmait son placement en garde Ă  vue dans le cadre d’une enquĂȘte de flagrance pour « outrage sur personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique ». Trois policiers avaient dĂ©posĂ© plainte aprĂšs l’incident. SĂ©bastien Delogu a, lui aussi, saisi la justice, dĂ©nonçant notamment des violences et des insultes.

Pour comprendre comment nous sommes parvenus à ce sommet de la vie institutionnelle française, il faut revenir au début.

Les policiers ne venaient pas arrĂȘter le dĂ©putĂ©.

Ils ne venaient mĂȘme pas chez lui.

Ils cherchaient un homme soupçonnĂ© d’un vol de montre et qui se trouvait, selon les Ă©lĂ©ments rapportĂ©s par la presse, dans un appartement voisin.

Sébastien Delogu était donc, au départ, essentiellement un figurant dans son propre fait divers.

C’est une performance.

đŸšȘ Une porte, trois policiers et beaucoup trop de dialogue

Selon la version de SĂ©bastien Delogu, il rentre chez lui et dĂ©couvre un homme en civil qui lui demande de laisser ouverte la porte de la rĂ©sidence. L’élu dit ne pas savoir qu’il s’agit d’un policier et rĂ©clame que les agents justifient leur qualitĂ©.

Ceux-ci finissent par entrer dans l’immeuble.

Et c’est Ă  peu prĂšs Ă  cet instant que la conversation semble avoir abandonnĂ© les standards habituels des relations entre parlementaires et forces de l’ordre pour adopter ceux d’une dispute Ă  23 h 40 sur le parking d’un kebab.

Le dĂ©putĂ© affirme qu’un policier l’aurait notamment traitĂ© de « bon Ă  rien » et lui aurait lancĂ© qu’il « puait de la gueule ». Il dĂ©nonce Ă©galement un geste violent au niveau de la poitrine.

Les policiers livrent une tout autre version. Selon leurs dĂ©clarations, SĂ©bastien Delogu se serait physiquement opposĂ© Ă  leur entrĂ©e et les aurait notamment gratifiĂ©s de « bande de fatiguĂ©s », ainsi que d’un « trou du cul » adressĂ© Ă  l’un d’eux.

À ce stade, L’Ouest RĂ©publicain n’était Ă©videmment pas dans la cage d’escalier et se gardera donc d’établir qui a commencĂ©.

Sébastien Delogu en garde à vue aprÚs une altercation avec trois policiers : la République découvre le vocabulaire des commentaires Facebook.
Autour des foodtrucks place Saint-BĂ©nigne, point d’altercation, que du bon

Nous avons déjà suffisamment de difficultés à déterminer qui commence dans les commentaires Facebook.

L’endroit, en revanche, est dĂ©jĂ  connu : entre la balançoire et le bac Ă  sable.

đŸ—Łïž Le grand dĂ©bat rĂ©publicain

Une partie de l’altercation a Ă©tĂ© filmĂ©e et les images de vidĂ©osurveillance de l’immeuble ont Ă©galement Ă©tĂ© consultĂ©es par Le Monde. Elles montrent notamment un policier en civil prĂ©sent devant le bĂątiment avant l’arrivĂ©e du dĂ©putĂ©. Le quotidien relĂšve aussi que les images disponibles ne permettent pas de documenter l’intĂ©gralitĂ© de l’incident et que les versions restent contradictoires.

VoilĂ  qui est regrettable.

Parce qu’avec « tu pues de la gueule », « bande de fatiguĂ©s » et « trou du cul », nous disposions enfin d’un dĂ©bat politique capable d’ĂȘtre compris sans infographie, sans Ă©ditorialiste et sans avoir effectuĂ© Sciences Po.

Le niveau est mĂȘme suffisamment accessible pour permettre une transposition immĂ©diate dans le Haut-Doubs.

  • « Vous ne savez pas prendre le rond-point. »
  • « Et toi tu mets jamais ton clignotant. »
  • « FatiguĂ©. »
  • « Trou du cul. »

Plainte.

Contre-plainte.

Garde Ă  vue.

Le tout avant 9 heures Ă  La Vrine.

Finalement, Marseille et Pontarlier ne sont peut-ĂȘtre sĂ©parĂ©es que par quelques degrĂ©s Celsius. Et par une conception diffĂ©rente de l’anisĂ©.

⌚ Et pendant ce temps, le voisin


Il reste néanmoins un personnage injustement oublié dans cette histoire : le suspect que les policiers étaient initialement venus interpeller.

Car pendant qu’un dĂ©putĂ© et trois fonctionnaires de police produisaient suffisamment de matiĂšre pour occuper chaĂźnes d’information, rĂ©seaux sociaux, syndicats, partis politiques et parquet de Marseille, leur opĂ©ration concernait Ă  l’origine un homme soupçonnĂ© d’un vol de montre.

L’interpellation aurait d’ailleurs finalement eu lieu dans l’appartement voisin sans nouvel incident.

Le type doit encore se demander comment une histoire dans laquelle il occupait théoriquement le premier rÎle a pu se transformer en « affaire Sébastien Delogu ».

C’est peut-ĂȘtre cela, finalement, le vĂ©ritable privilĂšge parlementaire : rĂ©ussir Ă  voler la vedette au suspect d’un vol de montre sans mĂȘme avoir besoin de voler la montre.

⚖ Pas de vainqueur avant l’enquĂȘte

Reste donc la justice.

Au moment oĂč nous Ă©crivons ces lignes jeudi en dĂ©but de soirĂ©e, la garde Ă  vue de SĂ©bastien Delogu a Ă©tĂ© confirmĂ©e par le parquet et aucune issue dĂ©finitive Ă  la procĂ©dure n’a encore Ă©tĂ© annoncĂ©e dans les sources que nous avons pu vĂ©rifier.

Il faudra donc attendre les investigations pour savoir ce qui peut ĂȘtre Ă©tabli concernant les comportements des uns et des autres.

En attendant, chacun pourra naturellement choisir sa version en fonction de ses convictions politiques, de son rapport à la police et de l’algorithme qui lui sert habituellement de tribunal.

Nous conserverons pour notre part une seule certitude.

À une Ă©poque oĂč l’on s’inquiĂšte rĂ©guliĂšrement de la baisse du niveau du dĂ©bat public, la sĂ©quence marseillaise apporte au moins une excellente nouvelle : tout le monde parle dĂ©sormais la langue des commentaires Facebook.

N’en dĂ©plaise Ă  certains, La RĂ©publique, c’est Zuckerberg !

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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