đŸ“± RĂ©seaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Conseil constitutionnel remet le comptoir au milieu du village

Le Conseil constitutionnel vient de censurer l’interdiction gĂ©nĂ©rale des rĂ©seaux sociaux aux moins de 15 ans. Le gouvernement voulait rĂ©gler TikTok, Instagram et compagnie avec une grande barriĂšre Ă  l’entrĂ©e. Les Sages lui rappellent qu’entre protĂ©ger les gamins et demander sa carte d’identitĂ© Ă  tout le pays pour regarder Facebook, il reste Ă©ventuellement quelques nuances. Pendant ce temps-lĂ , dans les villages, les ragots circulent toujours trĂšs bien sans algorithme, sans compte utilisateur et parfois mĂȘme sans connexion internet.

⚖ RĂ©seaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : les Sages disent « beaucoup trop large »

C’était l’une des mesures politiques les plus visibles de ces derniers mois : interdire l’accĂšs aux rĂ©seaux sociaux aux mineurs de moins de quinze ans.

Le Parlement avait dĂ©finitivement adoptĂ© le texte le 21 juillet, avec une premiĂšre application prĂ©vue dĂšs le 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes. Mais avant mĂȘme que Kevin ait eu le temps de dĂ©placer son annĂ©e de naissance de 2013 Ă  1997, le Conseil constitutionnel s’est penchĂ© sur l’affaire. (LCP-AssemblĂ©e nationale)

Et ce vendredi 14 août, paf.

Article 1er : censuré.

Les Sages reconnaissent pourtant parfaitement l’objectif de protection des mineurs et mĂȘme « l’exigence constitutionnelle de protection de l’intĂ©rĂȘt supĂ©rieur de l’enfant ». Le problĂšme, c’est la mĂ©thode.

L’interdiction retenue pouvait toucher trĂšs largement les services permettant Ă  des utilisateurs d’échanger et de partager des contenus, y compris lorsque les risques particuliers pour les mineurs n’étaient pas Ă©tablis. Pour le Conseil constitutionnel, l’atteinte Ă  la libertĂ© d’expression et de communication n’était donc pas suffisamment adaptĂ©e, nĂ©cessaire et proportionnĂ©e. (Conseil Constitutionnel)

Traduction de zinc :

— On interdit tout ?

— Pourquoi ?

— Parce qu’il y a des trucs dangereux dedans.

— Dans tout ?

— Non.

— Ah.

đŸȘȘ Pour protĂ©ger les mineurs, merci Ă  tous les majeurs de montrer leurs papiers

DeuxiÚme petite difficulté : pour interdire un réseau social aux moins de 15 ans, il faut assez logiquement savoir qui a moins de 15 ans.

Et donc vĂ©rifier l’ñge des utilisateurs. Y compris celui des adultes.

C’est lĂ  que le mĂ©canisme commençait Ă  devenir particuliĂšrement dĂ©licieux : pour empĂȘcher TimĂ©o de regarder des vidĂ©os dĂ©biles Ă  14 ans, Jean-Michel, 54 ans, aurait lui aussi dĂ» pouvoir dĂ©montrer qu’il avait passĂ© l’ñge de recevoir un carnet de correspondance.

Le Conseil constitutionnel relĂšve que le texte ne dĂ©terminait pas suffisamment les conditions et les limites de cette vĂ©rification d’ñge et n’apportait donc pas les garanties nĂ©cessaires au respect de la vie privĂ©e.

Ce qui nous rappelle une rĂšgle administrative française assez constante : lorsqu’on cherche Ă  simplifier la vie de quelqu’un, il faut gĂ©nĂ©ralement commencer par demander des justificatifs Ă  tout le monde.

« Non, c’est non. »

Technologie de pointe utilisée par certains parents avant-gardistes

đŸ» Le ragot n’a pas attendu Zuckerberg

Évidemment, les rĂ©seaux sociaux posent de vraies questions chez les mineurs.

HarcĂšlement, contenus violents, mĂ©canismes addictifs, recommandations algorithmiques, pression sociale : personne Ă  L’Ouest ne va sĂ©rieusement soutenir que quatre heures de TikTok par jour constituent une activitĂ© pĂ©dagogique aussi enrichissante qu’une sortie scolaire au chĂąteau de Joux.

Mais il y a peut-ĂȘtre un moment oĂč il faut distinguer le problĂšme et le tuyau.

Les rĂ©seaux sociaux n’ont inventĂ© ni la rumeur, ni la connerie, ni la mĂ©chancetĂ© collective, ni le besoin irrĂ©pressible de raconter Ă  son voisin une information concernant quelqu’un qu’on ne connaĂźt pas personnellement mais dont la cousine travaille avec sa belle-sƓur.

Dans le Haut-Doubs, ce systÚme fonctionnait déjà parfaitement avant Facebook.

On appelait ça le comptoir. De préférence chez GisÚle.

La diffusion Ă©tait simplement un peu moins rapide : au lieu de faire 40 000 vues en une heure, il fallait attendre la sortie de l’usine, le cafĂ© du matin et Ă©ventuellement la messe du dimanche.

Mais en matiĂšre de dĂ©sinformation locale, nos anciens disposaient dĂ©jĂ  d’une infrastructure robuste, dĂ©centralisĂ©e, gratuite et fonctionnant mĂȘme en zone blanche.

🧠 Le gouvernement va donc refaire un nƓud

L’ÉlysĂ©e n’a d’ailleurs pas rangĂ© le dossier dans un tiroir.

AprĂšs la dĂ©cision du Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron a demandĂ© au Premier ministre SĂ©bastien Lecornu de travailler Ă  une nouvelle rĂ©daction « juridiquement robuste », tenant compte Ă  la fois de la dĂ©cision des Sages et du cadre europĂ©en. L’objectif affichĂ© reste de faire aboutir une rĂ©forme d’ici au printemps 2027.

Nous allons donc probablement repartir pour quelques mois de rapports, commissions, amendements, auditions, dĂ©bats sur la vĂ©rification d’ñge, discussions avec Bruxelles et recherche du mĂ©canisme permettant d’empĂȘcher un adolescent de 14 ans de cliquer sur « J’ai plus de 15 ans ».

Les réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans, ça attendra. Le Conseil Constitutionnel dit non

Tout cela pour dĂ©couvrir Ă©ventuellement, Ă  la fin, une technologie extrĂȘmement ancienne appelĂ©e parents.

Ceux-ci disposent de plusieurs fonctionnalitĂ©s assez poussĂ©es : parler avec leurs enfants, fixer des horaires, confisquer momentanĂ©ment un tĂ©lĂ©phone, regarder ce qu’il se passe dessus et, dans certaines versions premium, prononcer la phrase :

« Non, c’est non. »

Technologie rustique, certes.

Mais jusqu’ici, le Conseil constitutionnel ne l’a pas censurĂ©e.

đŸ„ƒ Conclusion : rendez-nous le comptoir

La dĂ©cision du 14 aoĂ»t ne signifie Ă©videmment pas qu’il ne faut rien faire concernant les mineurs et les rĂ©seaux sociaux.

Elle signifie surtout qu’une interdiction gĂ©nĂ©rale n’est peut-ĂȘtre pas la rĂ©ponse juridiquement magique Ă  un phĂ©nomĂšne infiniment plus compliquĂ©.

Les plateformes amplifient à une échelle industrielle des comportements humains qui existaient déjà. Elles accélÚrent les rumeurs, grossissent les meutes et transforment parfois une saloperie racontée à trois personnes en spectacle national.

Ça mĂ©rite donc probablement mieux qu’un Ă©norme interrupteur marquĂ© « INTERDIT AUX MOINS DE 15 ANS ».

Parce que si le gouvernement compte supprimer les potins, les ragots, les dĂ©fis idiots et les gens qui racontent n’importe quoi en interdisant les rĂ©seaux sociaux aux adolescents, il va avoir une deuxiĂšme Ă©tape autrement plus difficile.

Interdire les comptoirs aux adultes.

Et lĂ , dans le Haut-Doubs, on aimerait bien voir le Conseil constitutionnel ĂȘtre saisi avant la promulgation. Le MHDGA veille au Pont.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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