Ă Besançon (Doubs-Du-Bas), le dĂ©bat sur le pont de la RĂ©publique vient de franchir une nouvelle Ă©tape dans lâobjectivation scientifique. Mardi matin, des Ă©lus et militants Ă©cologistes ont comptĂ© les piĂ©tons et les cyclistes qui empruntent un pont actuellement rĂ©servĂ© aux piĂ©tons, cyclistes et tramways. RĂ©sultat : il y a effectivement des piĂ©tons et des cyclistes. La RĂ©publique peut souffler.
đ° Dans cet article
đPont de la RĂ©publique : deux heures pour objectiver la RĂ©publique
Mardi 8 septembre, dÚs 7 heures, une quinzaine de militants écologistes ont pris position aux extrémités du pont de la République à Besançon.
Pas de barricades. Pas de chaĂźne humaine. Pas mĂȘme de soupe jetĂ©e sur un tableau. Des compteurs Ă main pour seul Ă©quipement.
Lâobjectif de lâopĂ©ration Ă©tait annoncĂ© avant mĂȘme le premier clic : sâopposer au projet du nouveau maire Ludovic Fagaut de rouvrir le pont Ă la circulation automobile.
Entre 7 h et 9 h, les militants ont donc recensé 290 vélos et trottinettes entrant vers le centre-ville et 82 en sortant. CÎté piétons : 495 entrées et 187 sorties.
Soit 372 vélos ou trottinettes et 682 piétons en deux heures.
Et, contre toute attente, le pont actuellement aménagé pour les vélos et les piétons est effectivement utilisé par⊠des vélos et des piétons.
LâOuest RĂ©publicain avait initialement envisagĂ© de dĂ©pĂȘcher Jean-Enguerrand avec son vĂ©lo cargo afin de procĂ©der Ă un contre-comptage.
Il nâĂ©tait malheureusement pas disponible : mardi matin, Apolline avait solfĂšge.

đŹUne conclusion connue avant le dĂ©but de lâexpĂ©rience
Anthony Poulin, conseiller municipal dâopposition, explique que lâenjeu consiste notamment Ă dĂ©montrer lâutilitĂ© de la configuration actuelle et estime quâun retour en arriĂšre constituerait un contresens.
Sur le fond, rien dâabsurde. Une infrastructure cyclable frĂ©quentĂ©e constitue Ă©videmment un Ă©lĂ©ment Ă prendre en compte avant de la modifier.
Sur la mĂ©thode, câest plus amusant. Car nous disposons ici dâun protocole scientifique assez novateur :
- HypothĂšse : le pont doit rester sans voitures.
- Expérience : compter les usagers qui utilisent le pont sans voitures.
- Résultat : les usagers utilisent le pont sans voitures.
- Conclusion : le pont doit rester sans voitures.
Ă ce rythme-lĂ , LâOuest RĂ©publicain devrait pouvoir dĂ©montrer dĂšs demain matin la nĂ©cessitĂ© absolue de maintenir les boulangeries ouvertes en comptant le nombre de personnes qui y achĂštent du pain.
Attention toutefois Ă ne pas transformer lâopĂ©ration en ce quâelle nâest pas : selon nos confrĂšres de MaCommune.info, les Ă©cologistes prĂ©voient de poursuivre leurs comptages Ă dâautres moments de la journĂ©e et sur une ou deux autres journĂ©es. Les chiffres communiquĂ©s mardi matin ne constituent donc quâune premiĂšre photographie.
Mais mĂȘme avec davantage de clics sur les compteurs, une question subsistera : mesurer la frĂ©quentation actuelle ne permet pas, Ă elle seule, de mesurer les consĂ©quences dâun nouvel amĂ©nagement.
đ§Il existait justement un truc appelĂ© le Cerema
Le plus savoureux est que le pont de la RĂ©publique nâest pas exactement une terra incognita de la mobilitĂ© urbaine.
Avant sa fermeture aux voitures en 2022, le Cerema avait dĂ©jĂ Ă©tudiĂ© le sujet avec une mĂ©thode lĂ©gĂšrement plus Ă©laborĂ©e quâun mardi matin passĂ© Ă cliquer sur un compteur.
Lâorganisme public avait utilisĂ© des donnĂ©es quantitatives, des analyses vidĂ©o, des entretiens avec les usagers, un bilan de lâaccidentalitĂ©, lâĂ©tude des interactions entre cyclistes, piĂ©tons et tramway, ainsi quâune analyse de lâimpact de la fermeture du pont sur le trafic automobile.
Plus de 400 interactions entre usagers avaient notamment été observées et quatre scénarios différents avaient été comparés.
Ă lâissue de ce travail, le Cerema avait conclu aux avantages du scĂ©nario consistant Ă supprimer la voie de circulation gĂ©nĂ©rale et Ă crĂ©er une piste cyclable bidirectionnelle de 3,30 mĂštres. Câest ce scĂ©nario qui a finalement Ă©tĂ© mis en Ćuvre en 2022.
Autrement dit : il existe déjà de vrais arguments techniques en faveur de la configuration actuelle.
Ce qui rend presque dommage de prĂ©fĂ©rer donner lâimpression quâil suffit de compter des gens pour clore le dĂ©bat.
đFagaut nâa pourtant pas promis de jeter les vĂ©los dans le Doubs
De lâautre cĂŽtĂ© du pont, Ludovic Fagaut a effectivement fait de la rĂ©ouverture aux voitures une promesse de campagne.
Mais son programme ne prĂ©voit pas de transformer lâouvrage en autoroute urbaine Ă huit voies avec station-service au milieu.
La proposition est formulée ainsi : rouvrir le pont à la circulation « en intégrant tous les usages », avec voitures, vélos, bus, tram et piétons.
Depuis son Ă©lection, le maire affirme dâailleurs que plusieurs scĂ©narios sont Ă©tudiĂ©s et promet une cohabitation entre les diffĂ©rents modes de dĂ©placement. Aucun amĂ©nagement dĂ©finitif nâa, Ă ce jour, Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© publiquement.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que lâopposition Ă©cologiste soulĂšve probablement son meilleur argument : elle rĂ©clame Ă la municipalitĂ© la publication des comptages existants, des Ă©tudes et des diffĂ©rents scĂ©narios envisagĂ©s.
Et lĂ -dessus, LâOuest RĂ©publicain est parfaitement disposĂ© Ă cliquer dans le mĂȘme sens.
đ§źComptez tout, et publiez tout
Parce que le vrai débat ne consiste pas à déterminer si 372 vélos peuvent franchir un pont entre 7 h et 9 h.
Ils le peuvent. Nous disposons désormais de quinze témoins équipés de compteurs pour le certifier.
La question est de savoir ce que produirait une rĂ©ouverture : combien de voitures utiliseraient rĂ©ellement le pont, quel gain de temps en rĂ©sulterait, quel impact cela aurait sur les axes voisins, quelle largeur resterait disponible pour chaque mode, quelles consĂ©quences seraient observĂ©es sur la sĂ©curitĂ© et quel serait le coĂ»t de lâopĂ©ration.
Bref, exactement le genre de choses quâune Ă©tude comparative permet dâobjectiver.
La municipalitĂ© dispose apparemment de donnĂ©es et travaille sur plusieurs scĂ©narios ? Quâelle les publie.
Les Ă©cologistes poursuivent leurs propres comptages ? Quâils publient la mĂ©thode, les horaires et lâintĂ©gralitĂ© des rĂ©sultats.
Ensuite seulement, Besançon pourra accomplir cette expĂ©rience dĂ©mocratique extrĂȘmement audacieuse consistant Ă regarder les mĂȘmes chiffres avant de recommencer Ă sâengueuler.
En attendant, nous pouvons au moins considérer un premier résultat comme définitivement acquis : mardi 8 septembre 2026, à Besançon, des gens ont emprunté le pont de la République.
La science avance.
Le rétropédalage, potentiellement, aussi.
Et si les scĂ©narios finissent par sortir avec une facture, le pognonier ne devrait pas ĂȘtre trĂšs loin.

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đČPont de la RĂ©publique : les Ă©cologistes comptent les vĂ©los pour dĂ©montrer quâil y a des vĂ©los
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.
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đ Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ćil Ă notre glossaire.
