📾 Ouestagrammable : l’IA invente des images, le Haut-Doubs invente encore mieux

#MeuhGPT : intelligence artificielle haut-doubienne de L’Ouest RĂ©publicain, dressĂ©e au comtĂ©, au C15 et aux commentaires de GisĂšle.

Un communiquĂ© de presse reçu par L’Ouest RĂ©publicain alerte sur les images inventĂ©es, les faux profils et la fabrication de l’opinion publique par l’intelligence artificielle. L’analyse, publiĂ©e par NetSkipper, prend pour point de dĂ©part la communication numĂ©rique autour de Reza Pahlavi et dĂ©crit des visuels suspects, des foules incohĂ©rentes, des Ă©critures illisibles et des scĂšnes recyclĂ©es sous plusieurs angles.

TrĂšs bien.

À L’Ouest RĂ©publicain, nous avons donc dĂ©cidĂ© de prendre le sujet trĂšs au sĂ©rieux. Ou presque. Car si l’intelligence artificielle peut fabriquer une foule en colĂšre Ă  l’autre bout du monde, elle peut aussi, plus modestement, inventer un Haut-Doubs oĂč les C15 ont quatre portes, oĂč le ComtĂ© ressemble Ă  de l’emmental et oĂč tout le monde rĂ©ussit son crĂ©neau devant la boulangerie.

C’est inquiĂ©tant.

📾Ouestagrammable, ou la grande confusion entre photo locale et image trop propre

Le problĂšme de l’intelligence artificielle n’est pas seulement qu’elle invente. C’est qu’elle invente parfois assez bien pour ĂȘtre partagĂ©e, commentĂ©e, repartagĂ©e, puis dĂ©fendue par quelqu’un qui Ă©crit “ouvrez les yeux” sous une image oĂč un rond-point de Pontarlier possĂšde huit sorties, trois saisons et un panneau en alphabet mi-javanais mi-ComtĂ© rĂąpĂ©.

C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que le concept d’Ouestagrammable prend toute sa dimension.

Une image peut ĂȘtre belle. Une image peut ĂȘtre plausible. Une image peut mĂȘme contenir un ciel gris, un hangar agricole, une dĂ©partementale humide et un monsieur en gilet sans manches. Mais cela ne suffit pas Ă  prouver qu’elle a Ă©tĂ© prise dans le Haut-Doubs.

Il faut regarder les détails.

Le Haut-Doubs rĂ©el a ses incohĂ©rences, certes. Mais elles sont rarement aussi nettes, aussi symĂ©triques et aussi bien Ă©clairĂ©es que dans une image IA. Dans la vraie vie, une voiture est garĂ©e Ă  moitiĂ© sur le trottoir, le panneau est un peu sale, le ciel menace sans s’engager, et quelqu’un a forcĂ©ment laissĂ© une poubelle jaune dans le champ.

Dans une image générée, tout semble avoir été rangé par une mairie qui aurait eu du budget.

C’est suspect.

🧀Quand les images IA ont des doigts, des drapeaux et des fromages problĂ©matiques

Les spĂ©cialistes de la dĂ©sinformation visuelle repĂšrent souvent les mĂȘmes signaux : doigts Ă©tranges, yeux instables, textes illisibles, motifs qui changent, foules qui ne bougent pas normalement, objets qui apparaissent avec une logique approximative.

Dans le Haut-Doubs, on peut adapter la grille.

Premier indice : le fromage.

Si une image prĂ©sente une meule de ComtĂ© avec des trous de la taille d’un tunnel sous la Cluse-et-Mijoux, il faut se mĂ©fier. Le ComtĂ© n’est pas de l’emmental. Cette phrase devrait mĂȘme ĂȘtre affichĂ©e dans toutes les rĂ©dactions, entre la charte dĂ©ontologique et la machine Ă  cafĂ©.

DeuxiÚme indice : le véhicule.

Un C15 gĂ©nĂ©rĂ© par IA est souvent trop propre, trop long, trop haut ou dotĂ© d’une roue supplĂ©mentaire par prĂ©caution. Parfois, il possĂšde une calandre de Kangoo, un arriĂšre de Berlingo et l’assurance tranquille d’un utilitaire qui n’a jamais transportĂ© ni bois, ni chien, ni sac de granulĂ©s.

LĂ  encore, prudence.

TroisiĂšme indice : les panneaux.

L’IA sait trĂšs bien Ă©crire “Pontarlier” quand elle y pense. Mais dĂšs qu’il faut produire “MĂ©tabief”, “La Cluse-et-Mijoux” ou “Grand’Combe-ChĂąteleu”, elle commence Ă  inventer une signalisation qui ressemble Ă  un mot de passe Wi-Fi. Si le panneau indique “PontarliĂšrre-les-Fourgs-sur-Morbier”, l’image mĂ©rite au minimum une vĂ©rification.

QuatriĂšme indice : la foule.

Une foule du Haut-Doubs ne ressemble pas Ă  une foule de bande-annonce Netflix. Elle ne se tient pas parfaitement en demi-cercle autour d’un sujet central. Elle garde une distance de sĂ©curitĂ© avec le ridicule, surveille la mĂ©tĂ©o, et quelqu’un finit toujours par dire qu’il faut rentrer parce qu’il y a de la route.

🐄Le Haut-Doubs, ce dĂ©tecteur naturel d’intelligence artificielle

Finalement, le Haut-Doubs possÚde un avantage inattendu dans la lutte contre les images IA : il est trÚs difficile à générer correctement.

Trop spécifique.

Une IA peut crĂ©er “un village français de montagne”. Elle peut produire une route, une forĂȘt, deux maisons, un clocher et un ciel couvert. Mais obtenir le bon mĂ©lange de pente, de brouillard, de stabulation, de rond-point, de panneau communal, de voiture allemande de frontalier et de monsieur qui regarde la scĂšne comme s’il avait connu mieux avant l’Europe, c’est une autre affaire.

Le vrai Haut-Doubs ne se contente pas d’ĂȘtre rural. Il est administratif, mĂ©tĂ©orologique, fromager, frontalier, lĂ©gĂšrement vexĂ© et ponctuellement enneigĂ© hors saison.

L’image IA, elle, a tendance à lisser.

Elle transforme le territoire en dĂ©cor. Elle supprime le dĂ©sordre. Elle oublie les cĂąbles Ă©lectriques, les trottoirs discutables, les panneaux dĂ©colorĂ©s, les bĂątiments moches construits Ă  une Ă©poque oĂč personne n’avait encore peur du mot “zone commerciale”.

Bref, elle embellit.

Et c’est souvent là qu’elle se trahit.

Dans le Haut-Doubs, une image trop belle est rarement une preuve. C’est parfois une carte postale. Parfois une promesse Ă©lectorale. Parfois une intelligence artificielle.

đŸ“±RĂ©seaux sociaux : le partage plus rapide que la vĂ©rification

Le vrai danger n’est pas seulement l’image. C’est la vitesse.

Sur les rĂ©seaux sociaux, une photo peut devenir une preuve avant d’avoir Ă©tĂ© regardĂ©e. Une vidĂ©o peut devenir un scandale avant d’avoir Ă©tĂ© situĂ©e. Un faux panneau peut devenir “encore une honte qu’on nous cache” avant mĂȘme que quelqu’un remarque que l’ombre part dans trois directions diffĂ©rentes.

Le mĂ©canisme est connu : l’image confirme ce que l’on voulait dĂ©jĂ  croire.

Si elle montre une route bouchĂ©e, elle prouve que “ça devient impossible”. Si elle montre une foule, elle prouve que “les gens se rĂ©veillent”. Si elle montre un Ă©lu devant un chantier, elle prouve soit qu’il travaille, soit qu’il fait semblant, selon le commentaire que l’on avait prĂ©vu d’écrire.

L’intelligence artificielle n’a donc pas besoin de tout inventer. Elle a seulement besoin de fournir une image assez crĂ©dible pour que chacun y projette son Ă©nervement.

Et sur Facebook, l’énervement a souvent une meilleure portĂ©e que la nuance.

đŸ€–MeuhGPT, l’IA locale nourrie Ă  l’herbe Ă  ComtĂ©

À L’Ouest RĂ©publicain, nous sommes Ă©videmment concernĂ©s par le sujet. Notre intelligence artificielle maison, MeuhGPT, est basĂ©e sur OpenAI, mais locale. Elle est nourrie Ă  l’herbe Ă  ComtĂ©, dort prĂšs d’un rond-point et refuse de gĂ©nĂ©rer une image du Haut-Doubs sans au moins un vĂ©hicule un peu douteux en arriĂšre-plan.

Nous l’utilisons avec prudence.

Enfin, avec une prudence relative.

Car contrairement aux grands rĂ©seaux d’influence, notre objectif n’est pas de faire croire Ă  une rĂ©volution politique mondiale. Nous visons plus modestement la panique locale autour d’un barbecue, d’un palmier municipal, d’un C15 mal alignĂ© ou d’un fromage psychologiquement instable.

La nuance est importante.

Mais mĂȘme dans la satire, la question reste sĂ©rieuse : une image gĂ©nĂ©rĂ©e peut ĂȘtre drĂŽle, utile, illustrative ou crĂ©ative, Ă  condition que le lecteur comprenne le pacte. Le problĂšme commence quand elle est publiĂ©e comme une preuve, reprise comme un document, puis dĂ©fendue comme une vĂ©ritĂ© par des internautes qui n’ont pas zoomĂ© sur les mains.

À ce titre, l’IA ne crĂ©e pas seulement des images. Elle teste notre paresse collective.

🔍Petit guide OR pour repĂ©rer une fausse image du Haut-Doubs

Avant de partager une image locale en Ă©crivant “on marche sur la tĂȘte”, quelques vĂ©rifications simples peuvent Ă©viter de marcher surtout sur un fake.

  1. Regardez les mains. Si le monsieur tient une pancarte avec sept doigts et une phalange optionnelle, méfiance.
  2. Regardez le texte. Si le panneau ressemble à du français traduit par un GPS sous anxiolytique, méfiance.
  3. Regardez les vĂ©hicules. Si le C15 a la posture d’un SUV premium ou les roues d’un poids lourd, mĂ©fiance.
  4. Regardez le fromage. Si le Comté ressemble à un décor de Tom et Jerry, méfiance absolue.
  5. Regardez la scĂšne. Si tout est trop propre, trop alignĂ©, trop spectaculaire, trop “photo de presse internationale”, demandez-vous si le Haut-Doubs a vraiment acceptĂ© de coopĂ©rer Ă  ce point avec l’esthĂ©tique.
  6. Enfin, regardez votre propre réaction.

Si l’image vous donne immĂ©diatement envie de commenter en majuscules, de taguer un cousin ou d’écrire “personne n’en parle”, prenez une respiration. C’est peut-ĂȘtre une information. C’est peut-ĂȘtre une blague. C’est peut-ĂȘtre une image IA.

Ou, pire encore, c’est peut-ĂȘtre rĂ©el.

Dans ce cas, L’Ouest RĂ©publicain s’en occupera.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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