Expressions de bureau, rĂ©unions molles et anglicismes en chemise repassĂ©e : une Ă©tude Preply vient de confirmer ce que beaucoup soupçonnaient dĂ©jĂ entre deux cafĂ©s tiĂšdes et une imprimante en souffrance. La formule professionnelle la plus agaçante de France serait donc âOn revient vers toiâ, devant âCâest OKâ, âCâest dans le pipeâ, âsortir de sa zone de confortâ, âbrainstormerâ, âprendre le leadâ ou encore âASAPâ.
Dans le Haut-Doubs, la nouvelle nâa surpris personne. Ici, âon revient vers toiâ est utilisĂ© depuis longtemps dans les administrations, les entreprises, les associations sportives, les rĂ©unions de parents dâĂ©lĂšves et certains groupes WhatsApp de lotissement. Sa signification est connue : personne ne reviendra. Ou alors quand le sujet sera devenu inutile, pĂ©rimĂ©, fiscalement prescrit ou recouvert par vingt centimĂštres de neige.
Selon plusieurs tĂ©moins, cette expression aurait mĂȘme remplacĂ© lâancien âje regarde et je te disâ, formule plus rustique mais dĂ©jĂ porteuse dâun mensonge socialement acceptĂ©.
 Dans cet article
đ€ Expressions de bureau : la langue française mise en PLS entre deux PowerPoint
LâĂ©tude nationale tombe Ă point nommĂ©. Dans les bureaux, les open-spaces, les espaces de coworking et les salles municipales chauffĂ©es ânormalement mais pas tropâ, les expressions de bureau ont envahi les conversations.
Avant, on disait : âTu peux tâen occuper ?â
Aujourdâhui, on dit : âTu peux prendre le lead sur ce sujet, avec un retour ASAP, pour quâon mette tout le monde dans la boucle ?â
La phrase est plus longue, moins claire, mais elle donne lâimpression que quelque chose dâimportant se passe. Câest tout lâintĂ©rĂȘt du management contemporain : transformer une demande simple en mission floue, puis mesurer la motivation de celui qui nâa pas osĂ© demander ce quâon attendait vraiment de lui.
Dans le Haut-Doubs, plusieurs salariĂ©s interrogĂ©s disent avoir dĂ©jĂ entendu âCâest dans le pipeâ sans savoir sâil sâagissait dâun projet informatique, dâun chantier de plomberie ou dâun problĂšme de chauffage Ă la salle des fĂȘtes. Un doute raisonnable, selon un ancien adjoint aux bĂątiments communaux, qui rappelle que âdans le pipe, chez nous, ça finit souvent par coĂ»ter 18 000 euros et trois rĂ©unionsâ.
â Brainstormer : discussion niveau cafĂ© du commerce autour dâune bouteille de Pont
Parmi les expressions les plus agaçantes, âbrainstormerâ mĂ©rite une adaptation locale immĂ©diate.
Ă Paris, âbrainstormerâ consiste Ă rĂ©unir cinq cadres autour dâun tableau blanc pour gĂ©nĂ©rer des idĂ©es innovantes que personne ne lira.
Dans le Haut-Doubs, brainstormer, câest une discussion niveau cafĂ© du commerce autour dâune bouteille de Pont, gĂ©nĂ©ralement entre deux personnes qui avaient prĂ©vu de parler dâautre chose. Le cadre est plus simple : une table, trois verres, un sujet approximatif et quelquâun qui finit par dire âfaudrait quand mĂȘme faire quelque choseâ.

Les grandes orientations stratégiques suivent ensuite naturellement :
DâaprĂšs nos informations, plusieurs projets locaux auraient ainsi vu le jour : une pĂ©tition contre un ralentisseur, une rĂ©union sur les ralentisseurs, une contre-rĂ©union sur la rĂ©union, et un comitĂ© de pilotage chargĂ© de ne surtout pas dĂ©cider trop vite.
âDans le pipe, chez nous, ça finit souvent par coĂ»ter 18 000 euros et trois rĂ©unionsâ
Un ancien adjoint aux bĂątiments communaux, sous couvert d’anonymat
đ§ ASAP : dans le Haut-Doubs, ça dĂ©pend surtout de la mĂ©tĂ©o
Autre expression relevĂ©e : âASAPâ.
Dans le monde professionnel classique, ASAP signifie âas soon as possibleâ, câest-Ă -dire âdĂšs que possibleâ. Dans le Haut-Doubs, la traduction officielle reste plus prudente : âAprĂšs Soupe, AprĂšs Pontarlierâ. Certains services lâinterprĂštent Ă©galement comme âAprĂšs Salage, AprĂšs Passageâ, notamment entre novembre et avril, soit Ă peu prĂšs huit mois par an selon les annĂ©es ressenties.
Un manager frontalier rĂ©cemment converti au vocabulaire corporate aurait tentĂ© dâimposer âASAPâ dans une PME locale. LâexpĂ©rience aurait durĂ© trois jours, avant quâun salariĂ© lui rĂ©ponde : âTu veux dire aujourdâhui, demain, ou quand le chasse-neige aura fini son tour ?â
Depuis, lâentreprise utilise de nouveau âquand tâas le temps, mais avant vendrediâ. La productivitĂ© aurait augmentĂ© de 14 %, et les arrĂȘts de regard noir en salle de pause auraient diminuĂ© de moitiĂ©.
đ§ Sortir de sa zone de confort : aller Ă Besançon sans raison valable
âSortir de sa zone de confortâ figure aussi dans le classement national des expressions irritantes. LĂ encore, le Haut-Doubs propose une dĂ©finition concrĂšte.
Sortir de sa zone de confort, ici, ce nâest pas âoser prendre la parole en rĂ©unionâ ou âaccepter un nouveau challengeâ. Câest descendre Ă Besançon (et plus gĂ©nĂ©ralement dans le Doubs-Du-Bas) un samedi, se garer dans un parking souterrain, comprendre un panneau de travaux, puis revenir sans avoir insultĂ© intĂ©rieurement trois ronds-points et une limitation Ă 30.
Câest aussi accepter une rĂ©union Ă 8 h 30 avec des gens qui disent âprocessâ, âlivrableâ et âquick winâ, alors quâon aurait trĂšs bien pu rĂ©gler le sujet en deux phrases au bord dâun comptoir.
Pour GĂ©rard Poncet, observateur local de la modernitĂ© quâil refuse avec mĂ©thode, âsortir de sa zone de confort, câest dĂ©jĂ enlever sa veste sans manches avant le mois de juinâ.
Selon lui, le reste relÚve de la provocation managériale.
đ On revient vers toi : formule magique pour enterrer un dossier vivant
Reste la grande gagnante : âOn revient vers toiâ.
Dans sa version douce, elle signifie : âNous avons bien reçu ta demande.â
Dans sa version rĂ©elle, elle signifie : âTon dossier est dĂ©sormais dans une zone administrative grise, entre la boĂźte mail de quelquâun en congĂ© et un tableau Excel intitulĂ© Suivi_final_v7_corrigĂ©_OK.xlsx.â
GisÚle, ancienne tenanciÚre du tabac-presse de Morteau et spécialiste autoproclamée des formules hypocrites, résume le sujet avec sobriété :
âQuand on me disait âon revient vers vousâ, je savais que la personne nâĂ©tait pas morte physiquement, mais que le dossier, lui, avait dĂ©jĂ reçu les derniers sacrements.â
La formule serait particuliĂšrement utilisĂ©e dans trois situations : quand personne ne sait rĂ©pondre, quand tout le monde sait rĂ©pondre mais prĂ©fĂšre Ă©viter, ou quand la rĂ©ponse est non mais quâil faut prĂ©server lâambiance collaborative.
đŠ Prendre le lead : passer devant le hĂ©risson sans consulter le collectif
Enfin, âprendre le leadâ continue sa progression dans les rĂ©unions locales.
Dans les grandes entreprises, prendre le lead signifie piloter un sujet. Dans le Haut-Doubs, cela signifie plus souvent âparler plus fort que les autres jusquâĂ ce que quelquâun note ton prĂ©nom dans le compte renduâ.
Un tĂ©moin affirme avoir vu un hĂ©risson traverser une route dĂ©partementale avec plus de leadership quâun comitĂ© de pilotage entier. âIl avait une direction, un objectif, et il nâa demandĂ© aucun feedbackâ, prĂ©cise-t-il, encore marquĂ©.
Ă LâOuest RĂ©publicain, nous ne sommes pas opposĂ©s Ă lâĂ©volution de la langue. Nous demandons simplement quâelle conserve un lien minimal avec la rĂ©alitĂ©. Par exemple, âje te rĂ©ponds mardiâ reste prĂ©fĂ©rable Ă âon revient vers toiâ. Surtout si personne ne revient jamais.
Et si vraiment il faut moderniser le vocabulaire professionnel local, proposons au moins des expressions compréhensibles :
La langue française nâen sortira pas forcĂ©ment grandie. Mais au moins, dans le Haut-Doubs, tout le monde comprendra.

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đ€ Top 6 des expressions de bureau : dans le Haut-Doubs, âon revient vers toiâ signifie officiellement âjamaisâ
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