🍪 Ministre du Numérique : son site prend un aller simple pour Facebook

Le site de la ministre du Numérique redirige vers Facebook après un audit RGPD. Nos contrôles révèlent une redirection HTTP 301 permanente.

Épinglé sur X pour ses pratiques supposées en matière de cookies et de protection des données, le site personnel d’Anne Le Hénanff, ministre du Numérique, redirige désormais vers Facebook. L’Ouest Républicain a réalisé ses propres vérifications le 4 novembre 2026. Résultat : une redirection permanente, un hébergeur italien et un joli tour du monde de la souveraineté numérique.

Il y a deux façons d’aborder la souveraineté numérique.

La première consiste à expliquer qu’il faut réduire la dépendance de la France aux géants américains, mieux protéger les données personnelles et renforcer l’autonomie technologique européenne.

La seconde consiste à ouvrir les outils de développement de son navigateur pour voir comment tout cela fonctionne réellement.

La ministre du Numérique, Anne Le Hénanff, vient de découvrir les désagréments de la seconde méthode.

Et depuis, son site personnel semble avoir choisi la première destination disponible : Facebook.

🔎 Ministre du Numérique : les cookies sous la loupe de Kruptos

Le 3 novembre, l’internaute Kruptos, connu sur X pour ses investigations techniques, publie les résultats d’un examen du site personnel de la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique.

Les observations qu’il rapporte ne sont pas particulièrement flatteuses.

Selon lui, une visite depuis un navigateur vierge, sans interaction avec le bandeau de consentement, déclencherait 109 requêtes réseau, dont 70 vers les infrastructures de Google, Meta et X.

Il affirme également avoir constaté le dépôt de cookies Google Analytics avant tout consentement.

Mais le plus intéressant se trouverait dans le fonctionnement du bandeau.

Le visiteur pouvait choisir entre « J’accepte » et « Je continue sans les cookies ».

Deux propositions assez claires. Sauf que Kruptos affirme avoir retrouvé, derrière les deux boutons, un appel à la même fonction JavaScript : validBandeauCnil().

Il indique avoir effectué les deux tests et obtenu les mêmes résultats.

Précisons qu’appeler une fonction identique depuis deux boutons ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une anomalie : cette fonction peut parfaitement tenir compte du choix effectué. C’est le comportement constaté qui importe.

Or, si les observations publiées sont exactes, la liberté de consentement prendrait ici une tournure assez particulière.

Le choix entre accepter les cookies et continuer sans eux reviendrait à choisir entre accepter les cookies et accepter les cookies.

La CNIL rappelle pourtant deux principes simples : les traceurs soumis au consentement ne doivent pas être déposés avant celui-ci, et leur refus doit être aussi facile que leur acceptation.

On pourrait imaginer que ces règles soient particulièrement familières à la ministre chargée du Numérique.

🦕 Du PHP antique et des mentions légales approximatives

Kruptos poursuit son exploration et affirme avoir découvert une configuration logicielle peu rassurante.

Il évoque notamment PHP 5.6.40, une version dont le support de sécurité officiel a pris fin le 31 décembre 2018, ainsi que d’anciennes bibliothèques JavaScript présentant des vulnérabilités publiques connues.

L’utilisation de composants vieillissants ne signifie pas automatiquement qu’un site est compromis, mais elle soulève de légitimes questions sur sa maintenance.

Les mentions légales répertoriées par l’internaute méritent également quelques applaudissements.

À la rubrique responsable de publication, on aurait ainsi pu lire : « une personne physique ou une personne morale ».

Une précision considérable. On craignait effectivement que le site soit dirigé par un ficus.

Le document évoquait aussi des services commerciaux, des activités marketing et des recommandations concernant Internet Explorer, navigateur que Microsoft a retiré depuis plusieurs années.

Le site de la ministre du Numérique redirige vers Facebook après un audit RGPD. Nos contrôles révèlent une redirection HTTP 301 permanente.

Enfin, le site présentait encore Anne Le Hénanff comme députée du Morbihan. Or, l’intéressée est entrée au gouvernement le 12 octobre 2025 et son mandat parlementaire a pris fin le 12 novembre suivant.

Ces éléments proviennent des relevés publiés par Kruptos. L’Ouest Républicain n’a pas pu reproduire son audit de la configuration initiale.

Pour une raison assez simple : entre-temps, le site a changé de destination.

🚨 Le 4 novembre, L’Ouest Républicain découvre une redirection permanente

Le lendemain de la publication de Kruptos, la rédaction de L’Ouest Républicain décide de procéder à ses propres vérifications.

Mercredi 4 novembre 2026, vers 15 h 30, nous lançons un audit automatisé avec Playwright, un outil permettant de contrôler le comportement d’un site dans un véritable navigateur.

L’adresse demandée est celle du site personnel de la ministre : https://www.annelehenanff.bzh

Le résultat est immédiat. Le navigateur arrive sur la page Facebook d’Anne Le Hénanff.

Notre premier relevé comptabilise une centaine de requêtes réseau. Mais cette fois, elles concernent la page Facebook et ses ressources, pas l’ancien site personnel.

Impossible, dans ces conditions, de comparer ces données aux 109 requêtes signalées la veille par Kruptos.

À 15 h 39, nous effectuons alors un contrôle indépendant avec curl, en visant cette fois directement la page des mentions légales : https://www.annelehenanff.bzh/mentions-legales

Le serveur répond : HTTP/1.1 301 Moved Permanently

Et précise sa nouvelle destination : https://www.facebook.com/ALehenanff/?lang=fr&rublvl1=mentions-legales

Pour les non-initiés, le code HTTP 301 signifie que le serveur annonce une redirection permanente vers une autre adresse.

Ce n’est pas une publicité, un bouton ou une suggestion de navigation. Le serveur lui-même indique au navigateur qu’il doit désormais chercher la page ailleurs. Même les mentions légales prennent la direction de Facebook, avec leur ancien chemin transformé en paramètre d’URL.

Nos mesures sont horodatées et reproductibles. Elles établissent le comportement du site le 4 novembre, sans permettre de dater précisément la modification. Si Kruptos affirme avoir consulté les pages originales le 3 novembre, nous constatons, le lendemain, qu’elles ne sont plus accessibles par leurs adresses habituelles.

La chronologie est intéressante. Elle ne permet toutefois pas de démontrer que la redirection constitue une réaction aux révélations publiées sur X.

Mais le choix de la destination, lui, mérite quelques explications.

🌍 Souveraineté numérique : la Bretagne, l’Italie, la Russie et les États-Unis

Parce qu’un voyage vers Facebook ne suffisait visiblement pas, nous avons également examiné quelques éléments de l’infrastructure technique du domaine.

Le résultat ressemble à un itinéraire de vacances composé par une agence de voyages particulièrement enthousiaste.

  • Première escale : la Bretagne, avec l’extension .bzh.
  • Deuxième escale : l’Italie. L’infrastructure d’hébergement identifiée est associée à Register S.p.A., une entreprise italienne, notamment à travers le serveur lhwp1046.webapps.net et l’adresse IP 185.2.4.46.
  • Troisième escale : la Russie. Le serveur HTTP annonce utiliser nginx, un logiciel créé à l’origine par l’ingénieur russe Igor Sysoev.
  • Quatrième escale : les États-Unis, avec le certificat HTTPS délivré par Let’s Encrypt, autorité de certification américaine.
  • Cinquième escale : les États-Unis, encore, puisque les visiteurs sont finalement dirigés vers Facebook, propriété du groupe Meta.

Voilà qui fait beaucoup de kilomètres pour un nom de domaine breton.

Quelques précisions techniques s’imposent néanmoins.

  • Nginx est un excellent logiciel libre, utilisé partout dans le monde. Son origine russe ne signifie pas que le serveur se trouve en Russie. La société à l’origine de son développement commercial a d’ailleurs été rachetée en 2019 par l’entreprise américaine F5.
  • Register est une entreprise italienne, ce qui ne permet pas, à lui seul, de déterminer la localisation physique exacte des machines ou des données.
  • Enfin, Let’s Encrypt délivre des certificats à des millions de sites, sans que leur utilisation constitue une quelconque anomalie.

Nous avons vérifié le certificat effectivement présenté par le site : il est valide du 14 octobre 2026 au 12 janvier 2027.

Sur ce point, rien à signaler : le HTTPS fonctionne parfaitement. Il est donc toujours possible d’établir une connexion chiffrée et sécurisée avec le site de la ministre pour apprendre, en toute confidentialité, qu’il faut désormais aller chez Facebook.

La souveraineté numérique possède décidément des vertus touristiques insoupçonnées.

🇪🇺 Souveraineté numérique : quand le discours rencontre la pratique

Soyons précis : il s’agit du site personnel d’Anne Le Hénanff, pas du portail officiel de son ministère.

Son exploitation peut être assurée par un prestataire, et l’emploi de solutions techniques internationales n’est ni surprenant ni nécessairement contraire à la souveraineté numérique.

Il serait absurde d’exiger d’un responsable politique qu’il réécrive personnellement son serveur web, produise ses propres certificats TLS ou invente un langage de programmation français.

En revanche, il est parfaitement légitime de l’interroger sur la gestion des données personnelles des visiteurs de son propre site.

D’autant que la ministre s’est publiquement exprimée sur la protection des données et la réduction des dépendances technologiques extra-européennes.

Le problème ne réside donc pas dans le fait d’utiliser nginx ou Let’s Encrypt.

Il réside dans le contraste entre ces ambitions politiques et les dysfonctionnements dénoncés sur son site personnel, auxquels s’ajoute désormais une redirection vers l’une des plus grandes plateformes américaines.

La raison de ce changement de destination reste inconnue.

Le site de la ministre du Numérique redirige vers Facebook après un audit RGPD. Nos contrôles révèlent une redirection HTTP 301 permanente.

Une question simple se pose néanmoins : pourquoi le site personnel de la ministre chargée du Numérique renvoie-t-il désormais ses visiteurs directement vers Meta ?

🧮 Et pendant ce temps, les députés veulent taxer les gigaoctets

L’actualité numérique française ne manque décidément pas de ressources.

Le 30 octobre, les députés ont adopté, par 11 voix contre 10 et 14 abstentions, un amendement socialiste au projet de budget 2027, porté par Laurent Lhardit.

Son principe : instituer une contribution de 5,5 centimes d’euro par gigaoctet de données transmis aux internautes français.

Attention, le gouvernement s’est opposé à cette proposition, et son adoption en séance ne signifie absolument pas que la taxe est déjà applicable.

Le texte doit encore franchir les étapes de la procédure budgétaire. Son sort définitif ne sera connu qu’à l’issue de celle-ci.

Mais le principe mérite déjà d’être examiné.

Les fournisseurs de contenus seraient les redevables légaux de la taxe. Les internautes ne recevraient donc pas directement une facture supplémentaire correspondant aux gigaoctets qu’ils consomment.

Des répercussions indirectes sur les prix ou les modèles économiques restent toutefois envisageables.

Surtout, l’idée de taxer les volumes transmis rappelle que chaque chargement de page, chaque image, chaque vidéo et chaque script représente un volume de données.

Le site de la ministre du Numérique redirige vers Facebook après un audit RGPD. Nos contrôles révèlent une redirection HTTP 301 permanente.

Dans cette perspective, un site qui multiplie les appels vers des services extérieurs devient aussi un intéressant objet d’étude économique.

Précisons tout de même qu’une centaine de requêtes ne signifie pas une centaine de gigaoctets. Seul le volume réellement transféré permettrait de calculer une contribution théorique.

💸 L’Ouest Républicain met son Taxateur de gigaoctets à disposition

Puisque les parlementaires ont décidé d’ouvrir le débat sur le prix fiscal des données, nous avons mis en ligne notre propre outil.

Le Taxateur de gigaoctets de L’Ouest Républicain permet d’appliquer le taux proposé de 0,055 € par gigaoctet à plusieurs usages courants d’Internet.

Un téléchargement de 6 Go représente ainsi 33 centimes de contribution théorique. Un jeu vidéo de 100 Go, 5,50 €.

L’outil permet également de saisir ses propres volumes et de multiplier les opérations pour comprendre les ordres de grandeur.

L'OUEST RÉPUBLICAIN · LABORATOIRE FISCAL

🧮 Le taxateur de gigaoctets

Combien rapporterait votre consommation de données à Bercy ? Choisissez une situation ou saisissez votre volume.

0,055 € / GoTaux proposé dans l'amendement I-1358 au budget 2027

Un clic, une simulation :

💸 La douloureuse
—

Exemple : image ISO de 6 Go. Le volume réel d’Ubuntu dépend de la version téléchargée.

Il ne calcule pas un impôt effectivement dû, ni une augmentation certaine de l’abonnement Internet. Il illustre un mécanisme fiscal adopté à une étape de la discussion budgétaire, sous réserve des plafonds et modalités d’application prévus par le texte.

Nous avions déjà consacré un article à la taxe sur le scroll. Le Taxateur en constitue désormais le prolongement pratique.

Quant au site personnel de la ministre, nous ne pouvons plus mesurer le trafic qu’il produisait dans sa configuration précédente. Mais nous savons au moins où il envoie désormais ses visiteurs.

La ministre du Numérique voulait réduire les dépendances aux géants américains. Son site personnel, lui, a choisi la formule « 301 Moved Permanently » vers Facebook.

L’indépendance numérique attendra peut-être la prochaine mise à jour.

Paul Emique
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