Cagoules, brassards « police », gyrophare, clous semĂ©s sur la route et plusieurs dizaines de kilos dâor envolĂ©s : le braquage commis mardi 3 novembre dans une entreprise de joaillerie de TĂ©mis a tout dâun scĂ©nario de polar. De quoi imaginer, dans le Doubs-Du-Bas, un remake de La French â avec un casting maison et une « Doubs Connection » nĂ©e pour le clin dâĆil.
đ° Dans cet article
đ« Braquage Ă Besançon : un commando Ă©quipĂ© comme des policiers
Peu aprĂšs 7 heures, cinq hommes cagoulĂ©s, armĂ©s et Ă©quipĂ©s de gilets pare-balles ont fait irruption dans les locaux dâune entreprise de joaillerie, rue Marguerite-Syamour, dans le secteur de TĂ©mis. Selon les informations publiĂ©es dans la journĂ©e, ils portaient des brassards orange marquĂ©s « police » et leur vĂ©hicule Ă©tait Ă©quipĂ© dâun gyrophare. Un dispositif qui leur a permis de se prĂ©senter avec de faux attributs policiers avant de sâen prendre aux salariĂ©s.
Les malfaiteurs ont frappĂ© un employĂ© au visage. Dâautres salariĂ©s ont Ă©tĂ© menacĂ©s, tandis que le commando se dirigeait vers les coffres et repartait avec une importante quantitĂ© de mĂ©tal prĂ©cieux. Les premiĂšres estimations publiĂ©es situent le butin entre 20 et 50 kilos dâor ; le chiffre exact nâest pas encore Ă©tabli.
La fuite a, elle aussi, Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e pour gagner du temps. Des clous ont Ă©tĂ© jetĂ©s sur la chaussĂ©e et ont crevĂ© les pneus dâune moto ainsi que ceux dâun vĂ©hicule de police. La voiture utilisĂ©e par le commando, munie dâun gyrophare, a ensuite Ă©tĂ© retrouvĂ©e incendiĂ©e. Plusieurs coups de feu ont Ă©tĂ© tirĂ©s pendant lâattaque.

Le parquet national anticriminalitĂ© organisĂ©e a Ă©tĂ© saisi. La Division de la criminalitĂ© organisĂ©e et spĂ©cialisĂ©e mĂšne les investigations. Les enquĂȘteurs devront notamment dĂ©terminer comment les auteurs ont repĂ©rĂ© les lieux, identifier leur parcours et retrouver le butin.
đŹ De La French Ă la Doubs Connection, le casting est comtois
Câest le scĂ©nario qui fait surgir la rĂ©fĂ©rence Ă La French, le film de CĂ©dric Jimenez sorti en 2014. Jean Dujardin y incarne le juge Pierre Michel, lancĂ© contre GaĂ«tan « Tany » Zampa, figure du milieu marseillais interprĂ©tĂ©e par Gilles Lellouche. La confrontation entre le magistrat et le parrain a fourni Ă notre affiche sa composition en deux scĂšnes : le juge Ă gauche, main prĂšs du visage devant des stores ; le parrain Ă droite, tournĂ© de trois quarts derriĂšre une vitre.
Pour la version bisontine, nous avons distribuĂ© les rĂŽles Ă la comtoise : Ludovic Fagaut en juge Michel, GĂ©gĂ© en Tany Zampa. Câest une parodie Ă©ditoriale ; elle ne suggĂšre aucun lien entre eux et le braquage. Le maire sâest rendu sur place aprĂšs les faits pour rencontrer les salariĂ©s et les policiers ; GĂ©gĂ© endosse ici le costume du parrain de cinĂ©ma.
MĂȘme prĂ©caution pour le nom : « la Doubs Connection » est notre clin dâĆil Ă La French, pas le nom dâune organisation Ă©voquĂ©e par les enquĂȘteurs. LâenquĂȘte porte sur des hommes armĂ©s, une entreprise attaquĂ©e et des salariĂ©s confrontĂ©s Ă la violence. Le clin dâĆil sâarrĂȘte Ă notre affiche.
đïž Ă TĂ©mis, un dĂ©cor qui appelle aussi des rĂ©ponses
Cette attaque nâest pas le premier braquage visant une entreprise travaillant les mĂ©taux prĂ©cieux dans le secteur bisontin. En dĂ©cembre 2025, la sociĂ©tĂ© Losange, implantĂ©e rue Marguerite-Syamour, avait Ă©tĂ© attaquĂ©e Ă lâexplosif et un important stock dâor avait Ă©tĂ© dĂ©robĂ©. Une tentative visant dĂ©jĂ cette entreprise avait Ă©tĂ© dĂ©jouĂ©e quelques mois plus tĂŽt. Dâautres manufactures du Grand Besançon ont Ă©galement Ă©tĂ© ciblĂ©es ces derniĂšres annĂ©es.
Ces prĂ©cĂ©dents donnent une rĂ©sonance particuliĂšre au braquage de mardi, mais ils ne permettent pas dâaffirmer que les mĂȘmes Ă©quipes seraient derriĂšre les diffĂ©rentes affaires. Les enquĂȘteurs nâont pas Ă©tabli de lien entre elles dans les Ă©lĂ©ments publiĂ©s Ă ce stade.
Ludovic Fagaut a annoncĂ© une communication, le 19 novembre, sur un projet de sĂ©curisation de la zone dâactivitĂ©. Câest une Ă©chĂ©ance attendue par les entreprises qui travaillent des mĂ©taux prĂ©cieux et par leurs salariĂ©s. Dans le polar, le gĂ©nĂ©rique arrive aprĂšs la cavale ; dans la vie rĂ©elle, la suite se jouera aussi sur la protection des sites et lâavancĂ©e de lâenquĂȘte.
đ§ Le Doubs-Du-Bas monte en gamme
Il fut un temps oĂč le clichĂ© rĂ©gional tenait dans une carte postale : une horloge, une fortification et, pour les visiteurs les plus aventureux, une discussion sur la mĂ©tĂ©o. DĂ©sormais, il faut prĂ©voir une catĂ©gorie supplĂ©mentaire dans le dossier de presse : le polar industriel. Le territoire conserve son savoir-faire de prĂ©cision ; certains semblent surtout intĂ©ressĂ©s par la prĂ©cision avec laquelle on peut repartir avec ce qui brille.
Dans le Haut-Doubs, on avait dĂ©jĂ du mal Ă faire comprendre aux Parisiens que tout ne se passait pas « dans le Jura ». VoilĂ que le Doubs-Du-Bas complique encore le classement. Besançon, capitale du temps, voit surgir des hommes qui ont manifestement dĂ©cidĂ© de ne pas en perdre. Sept heures du matin : les uns prennent leur poste, les autres prennent les coffres. La diffĂ©rence mĂ©rite mieux quâune rubrique consacrĂ©e aux gens qui se lĂšvent tĂŽt.
Le rapprochement avec Marseille sâarrĂȘte Ă©videmment au cinĂ©ma. Pas besoin de transformer toute une ville en succursale du grand banditisme pour constater que les Ă©lĂ©ments connus composent une sĂ©quence spectaculaire. Le gyrophare apporte le dĂ©cor, les brassards fournissent les costumes et la voiture incendiĂ©e termine la scĂšne. Il ne manque plus quâun producteur pour expliquer que le scĂ©nario est trop chargĂ© et quâil faudrait retirer deux accessoires pour rester crĂ©dible.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui rend lâaffaire saisissante : les accessoires sont rapportĂ©s par la presse, tandis que le spectateur aurait spontanĂ©ment tendance Ă les attribuer Ă un scĂ©nariste particuliĂšrement enthousiaste. Le rĂ©el fait parfois preuve dâun manque de sobriĂ©tĂ© qui devrait lui interdire de participer aux commissions dâaide Ă lâĂ©criture. Ă TĂ©mis, le bureau des scĂ©narios pourrait au moins demander un second avis.
đȘ Fagaut et GĂ©gĂ© passent le casting
Pour lâaffiche, inutile dâajouter une Citadelle en flammes, des lingots flottants ou un ciel de fin du monde. La rĂ©fĂ©rence fournie est plus simple et plus efficace : deux hommes, deux regards et une sĂ©paration verticale. Ă gauche, Fagaut reprend la pose du juge Michel, en costume, la main prĂšs du visage. Ă droite, GĂ©gĂ© prend la place de Zampa, regard par-dessus lâĂ©paule derriĂšre une fenĂȘtre. Le Doubs-Du-Bas gagne son face-Ă -face sans avoir besoin dâune explosion supplĂ©mentaire.
La moustache de GĂ©gĂ© fait presque tout le travail. Sa casquette termine la distribution : mĂȘme reconverti en parrain de cinĂ©ma, lâancien de la DDE ne va pas abandonner son Ă©quipement personnel au vestiaire. On peut discuter le costume, le cadrage et la lumiĂšre ; pour obtenir quâil retire sa casquette, il faudra probablement une nĂ©gociation distincte et un ordre de mission signĂ©.
Reste une diffĂ©rence avec la sĂ©ance de cinĂ©ma : les salariĂ©s ne pourront pas simplement sortir de la salle et commenter la performance des acteurs. Ils ont vĂ©cu une attaque sur leur lieu de travail. La satire vise le dĂ©cor de polar et notre casting comtois ; elle laisse aux victimes leur place, aux enquĂȘteurs leur travail et aux collectivitĂ©s la responsabilitĂ© dâapporter des rĂ©ponses concrĂštes. Le gĂ©nĂ©rique ne suffira pas Ă sĂ©curiser une zone dâactivitĂ©.
La French Connection exportait lâhĂ©roĂŻne. Dans notre Doubs Connection, le scĂ©nario a remplacĂ© la poudre par lâor â mais le casting reste un clin dâĆil parodique.

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