🐗 Trail des Sangliers : 22, revoilà les traileurs
 et courir devient un luxe

Le Trail des Sangliers revient Ă  Pontarlier pendant que Paris affiche son marathon Ă  169 €. Comment courir est-il devenu un marchĂ© ?

Le Trail des Sangliers revient ce dimanche 27 septembre sur les hauteurs de Pontarlier. Pendant que les coureurs du Haut-Doubs s’apprĂȘtent Ă  grimper autour du Gounefay, le Marathon de Paris ouvre son tirage au sort : 169 euros le dossard. Courir Ă©tait pourtant une idĂ©e assez simple. Puis sont arrivĂ©s Strava, le carbone, les hĂŽtels, les loteries et Jacques-Édouard.

22, revoilĂ  les traileurs.

Le Trail des Sangliers revient Ă  Pontarlier pendant que Paris affiche son marathon Ă  169 €. Comment courir est-il devenu un marchĂ© ?

Dimanche matin, au Gounefay, il y aura ceux qui auront mis le rĂ©veil beaucoup trop tĂŽt, ceux qui annonceront qu’ils sont « partis tranquille » avant de consulter leur classement toutes les trois minutes, ceux qui connaissent exactement le nombre de grammes de glucides qu’ils doivent absorber par heure et ceux qui dĂ©couvriront au huitiĂšme kilomĂštre que le Larmont monte davantage sur le terrain que sur Google Maps.

Le Trail des Sangliers revient ce 27 septembre avec cinq distances : 5, 10, 14, 24 et 34 kilomĂštres. Toutes peuvent ĂȘtre courues en solo ou en duo, Ă  l’exception du 5 kilomĂštres dĂ©couverte.

Bref : le Haut-Doubs va courir.

Et ailleurs, on commence sérieusement à se demander combien cela doit coûter.

đŸ’¶ Trail des Sangliers : ici, souffrir reste encore relativement abordable

La grande Ă©preuve du Trail des Sangliers, 34 kilomĂštres au dĂ©part et Ă  l’arrivĂ©e du Gounefay, s’élancera dimanche Ă  8 h 30.

« C’est assez proche du private equity »

Jacques-Édouard, parisiano-trailer 4.0, pas encore 30 ans

Pour les retardataires qui s’inscrivent ce samedi, le tarif atteint 49 euros en solo. Le rùglement impose notamment une ceinture porte-gourde ou un Camelbak ; les bñtons sont interdits et chacun doit venir avec son propre gobelet pour les ravitaillements.

Tout cela a évidemment un coût.

Il faut baliser, chronomĂ©trer, ravitailler, organiser les secours, gĂ©rer les dĂ©parts, les arrivĂ©es et les navettes vers le Gounefay. L’évĂ©nement prĂ©voit d’ailleurs de reverser un euro par coureur engagĂ© Ă  l’association Des pas pour Hugo.

À 49 euros pour 34 kilomĂštres, le Sanglier reste donc encore relativement raisonnable. Parce qu’au mĂȘme moment, Jacques-Édouard vient de dĂ©couvrir qu’à Paris, il ne suffit mĂȘme plus d’avoir de l’argent.

Il faut d’abord gagner le droit de le dĂ©penser.

🏃 À Paris, Jacques-Édouard doit ĂȘtre tirĂ© au sort pour payer 169 euros

La cinquantiÚme édition du Marathon de Paris aura lieu le 4 avril 2027.

Cette fois, les inscriptions grand public passent par un tirage au sort. On s’inscrit gratuitement, on attend le rĂ©sultat et, si l’on est sĂ©lectionnĂ©, on dispose de 72 heures pour confirmer sa participation.

Et payer 169 euros. C’est le tarif unique annoncĂ© pour le dossard grand public, hors rĂ©duction rĂ©servĂ©e aux licenciĂ©s FFA.

Jacques-Édouard, 28 ans, HEC, trois ans Ă  DubaĂŻ, un semi-marathon Ă  Lisbonne et le Mont-Blanc dĂ©jĂ  cochĂ©s sur sa todo list d’avant 30 ans, trouve le dispositif « assez exclusif ».

Il ne peut mĂȘme plus simplement payer pour souffrir pendant 42,195 kilomĂštres. Il faut d’abord qu’on l’autorise Ă  payer.

« C’est assez proche du private equity », estime-t-il en consultant son Garmin. « Beaucoup de candidats, peu de places et, Ă  la fin, ceux qui restent mettent de l’argent. »

Son parcours personnel est pourtant solide.

  • HEC : fait.
  • DubaĂŻ : fait.
  • Mont-Blanc : fait.
  • Photo face Ă  une piscine Ă  dĂ©bordement : fait.
  • Publication LinkedIn sur le dĂ©passement de soi : Ă©videmment fait.
  • Marathon de Paris : pending.

⛳ Le running, ce golf oĂč l’on transpire davantage

Le plus fascinant reste l’évolution Ă©conomique du truc.

Pendant trĂšs longtemps, courir disposait d’un avantage concurrentiel assez sĂ©rieux sur le golf : c’était pratiquement gratuit.

  • Deux jambes.
  • Une paire de chaussures.
  • Une route ou un chemin.
  • MĂȘme l’infrastructure Ă©tait gĂ©nĂ©ralement dĂ©jĂ  construite.
  • Puis quelqu’un a ajoutĂ© une montre GPS.
  • Quelqu’un d’autre une plaque en carbone.
  • Un troisiĂšme un sac d’hydratation.

Puis sont arrivĂ©s les gels Ă©nergĂ©tiques, les chaussettes techniques, les lunettes techniques, les vestes techniques, les plans d’entraĂźnement, les nuits d’hĂŽtel, les dĂ©placements et la deuxiĂšme paire de chaussures parce que la premiĂšre « commence quand mĂȘme Ă  avoir 450 bornes ».

Le Trail des Sangliers revient Ă  Pontarlier pendant que Paris affiche son marathon Ă  169 €. Comment courir est-il devenu un marchĂ© ?

Le golf avait au moins la franchise d’annoncer le green fee. Le trail, lui, vous avait attirĂ© dans la forĂȘt en vous promettant que courir dehors Ă©tait gratuit.

đŸ“± Courir ne suffit plus, il faut aussi pouvoir le publier

Évidemment, Jacques-Édouard n’achĂšte pas seulement 42,195 kilomĂštres. Les kilomĂštres, Paris les fournit gratuitement tous les jours, embouteillages et Seine polluĂ©e inclus.

  • Il achĂšte un Ă©vĂ©nement.
  • Un chrono officiel.
  • Un dossard.
  • Une mĂ©daille.
  • Des photos.
  • Une activitĂ© Strava.
  • Une story Instagram.

Et surtout la possibilitĂ©, le lundi matin, d’arriver au bureau en marchant comme un Playmobil dĂ©fectueux avant de rĂ©pondre trĂšs modestement :

« Ouais, j’ai fait Paris hier. »

Personne n’avait demandĂ©, mais toute l’entreprise le saura avant 9 h 15. C’est probablement lĂ  que le running a le plus changĂ©.

La pratique sportive n’a pas disparu. Les kilomĂštres sont toujours aussi longs, les montĂ©es toujours aussi pentues et le cardio ne se laisse toujours pas impressionner par le prix de la montre.

Mais autour de la course s’est dĂ©veloppĂ© tout un marchĂ© de l’expĂ©rience, de l’équipement et du rĂ©cit de soi. Le coureur n’achĂšte plus seulement de quoi courir.

Il peut dĂ©sormais acheter la preuve qu’il a couru — et surtout celle qu’il est finisher.

🐗 Au Gounefay, le sanglier n’a pas encore dĂ©couvert le personal branding

Dimanche, au Larmont, cela restera tout de mĂȘme un peu plus rustique.

À 8 h 30, les participants du 34 kilomĂštres partiront du Gounefay avec leurs chaussures, leur rĂ©serve d’eau et probablement une idĂ©e assez prĂ©cise de la raison pour laquelle ils Ă©taient mieux dans leur lit deux heures plus tĂŽt.

  • Certains iront trĂšs vite.
  • D’autres beaucoup moins.
  • Quelques-uns publieront leur trace GPS.
  • Et la grande majoritĂ© aura surtout passĂ© quelques heures Ă  courir dans le Haut-Doubs.

Ce qui reste, au fond, le concept initial.

DjÀysonne a néanmoins demandé des précisions sur le modÚle économique.

« Donc le mec paie 49 balles et aprÚs il court 34 bornes ? »

Oui.

« Et s’il arrive premier, on lui rend ses 49 balles ? »

Non.

« Il est payé ? »

Non plus.

« Et personne le poursuit ? »

Toujours pas.

Notre stagiaire a prĂ©fĂ©rĂ© interrompre l’enquĂȘte. Il rentrera en bus.

Paul Emique
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