Bruxelles – Commission Européenne Du Bas – Le carburant commence à manquer dans certaines stations françaises, les prix grimpent et les files d’attente apparaissent. Paris vient donc de faire quelque chose d’assez banal en économie : lorsqu’une partie des produits raffinés importés devient plus difficile à obtenir, essayer d’en produire davantage en Europe.
Mais pour augmenter rapidement la production de diesel et de kérosène, la France demande à la Commission européenne d’assouplir temporairement certaines règles techniques sur les carburants. Autrement dit : Paris ne demande pas à Ursula von der Leyen combien de litres la France a le droit de raffiner. Paris demande de modifier temporairement la recette pour pouvoir en fabriquer davantage.
Et c’est probablement à cet endroit précis que les prochains commentaires Facebook vont commencer à devenir intéressants.
📰 Dans cet article
🛢️ Carburant : le sujet est d’abord l’approvisionnement
Depuis quelques jours, le débat français se concentre beaucoup sur le prix à la pompe.
C’est logique : le panneau lumineux de la station est nettement plus visible depuis son pare-brise que les flux mondiaux de produits raffinés. Mais le prix est ici largement la conséquence visible d’un problème d’offre.
Les tensions au Moyen-Orient ont réduit les exportations de produits raffinés, en particulier de diesel. Reuters relève que les expéditions de diesel du Moyen-Orient ont fortement chuté et que les marchés européens du diesel ont atteint des niveaux records. Les capacités de raffinage mondiales tournent par ailleurs déjà à des niveaux élevés.
Le kérosène connaît le même genre de problème : l’Europe doit chercher des cargaisons jusque beaucoup plus loin, notamment en Corée du Sud, tandis que les stocks du grand hub Amsterdam-Rotterdam-Anvers ont atteint leur plus bas niveau depuis sept ans.
Quand le sage montre l’approvisionnement, l’idiot regarde donc parfois le panneau à 2,40 €.
Le panneau n’est pourtant pas complètement innocent : il est simplement placé au bout de la chaîne.
🧪 Paris ne demande pas plus de volume, mais davantage de souplesse
La demande française adressée à la Commission européenne est assez simple dans son principe.
Emmanuel Macron demande notamment davantage de flexibilité sur certaines spécifications des carburants et sur les mélanges de biocarburants, afin que les raffineries européennes puissent sortir davantage de diesel et de kérosène avec leurs installations existantes. Selon les estimations rapportées par Reuters, ces assouplissements pourraient permettre d’accroître la production de 5 à 20 %, selon les mesures retenues.
Le levier est donc réglementaire. L’objectif est quantitatif.
Normes plus souples temporairement → davantage de produit conforme commercialisable → davantage de carburant disponible.
Il ne s’agit pas de décider à Bruxelles que la raffinerie X produira 12 748 barils supplémentaires mardi entre 14 h et 16 h.
Les pistes portent notamment sur certaines caractéristiques techniques du carburant et sur la part de biocarburants pouvant entrer dans les mélanges.
On peut discuter des conséquences environnementales ou techniques de ces assouplissements. Mais du strict point de vue de l’approvisionnement à court terme, la logique est difficile à rendre beaucoup plus exotique. Quand les importations deviennent plus difficiles, on essaie de tirer davantage de produits des capacités de raffinage disponibles chez soi.
🇪🇺 Mais qu’est-ce que Bruxelles vient faire dans une raffinerie ?
C’est ici qu’un détail institutionnel pénible intervient. Les caractéristiques des carburants vendus dans l’Union européenne sont en partie harmonisées au niveau européen.
La Commission explique elle-même que ces règles communes de qualité servent notamment à limiter certaines émissions, à protéger la santé et à garantir qu’un véhicule puisse fonctionner avec des carburants compatibles dans l’ensemble du marché intérieur. Elles fixent notamment des exigences relatives au soufre, aux hydrocarbures et à la composition des carburants.
Pour le diesel commercialisé dans l’Union, la réglementation européenne encadre par exemple la densité, la teneur en soufre et la proportion de certains biocarburants. Donc quand Paris veut temporairement desserrer ces caractéristiques, il ne peut pas simplement publier un arrêté à 17 h 42 disant :
« Finalement, demain, mettez ce que vous voulez dans le gazole. »
Le carburant circule entre les pays européens, les raffineries alimentent plusieurs marchés et les constructeurs ont besoin de spécifications communes. Voilà pourquoi Bruxelles apparaît dans l’histoire.
Pas parce que le Luxembourg réclame enfin son terminal pétrolier sur la Méditerranée.
🏭 « Produire chez nous » signifie ici largement produire en Europe
C’est également ce qui rend l’expression « production domestique » un peu trompeuse.
Pour un consommateur français, « produire chez nous » évoque naturellement une raffinerie française. Mais le marché réel fonctionne à une échelle beaucoup plus large. Du brut arrive dans différents ports européens, est raffiné aux Pays-Bas, en Belgique, en France, en Allemagne ou ailleurs, puis les produits finis circulent à leur tour entre les États.
Le problème actuel ne se résout donc pas uniquement en demandant à une raffinerie française de tourner plus fort. Le bon périmètre économique est largement européen. C’est précisément pour cela qu’un assouplissement commun peut avoir davantage d’effet qu’une succession de dérogations nationales.
Et, accessoirement, cela évite d’avoir vingt-sept recettes différentes pour remplir le même réservoir.
🚗 Pendant ce temps, les vroomers travaillent aussi sur l’offre
Nous avions déjà observé la première expérience grandeur nature lorsque des pêcheurs avaient décidé de protester contre le prix du carburant… en bloquant sa distribution. L’économie circulaire avait trouvé une nouvelle définition.
Les barrages ont depuis été levés. Mais un autre phénomène a pris le relais : lorsqu’une station bon marché est réapprovisionnée, les automobilistes peuvent s’y précipiter suffisamment nombreux pour la vider à nouveau en quelques heures.
Dans le Doubs, nous avons déjà vu apparaître des files d’attente importantes autour de certaines stations. Le mécanisme n’est pas très mystérieux.
- Une tension réelle existe sur l’approvisionnement.
- On annonce la possibilité d’une pénurie.
- Celui qui possède encore un demi-réservoir décide de le remplir immédiatement.
- La demande de demain se déplace sur aujourd’hui.
- La station se vide.
- Puis la station vide devient la preuve que la pénurie annoncée existait bien.
Pour les propriétaires de Hummer et assimilés, nous avions déjà résumé le phénomène :
Ici, quand les vroomers paniquent, les cuves le sentent passer.

La fameuse taxe vroomer volontaire, elle, avait commencé à grimper bien avant cette séquence.
📺 Bruxelles produit déjà le prochain malentendu
La mécanique est désormais prête pour le journal de 20 heures.
- Le carburant devient plus difficile à approvisionner.
- La France veut accroître la production européenne.
- Certaines normes techniques sont européennes.
- Paris demande donc à Bruxelles de les assouplir.
- Et cette phrase peut très rapidement être traduite en :
« Macron demande à l’Europe l’autorisation de produire du carburant. »
Puis un tweet d’un soutien de Sarah Knafo :
« Bruxelles nous empêche de produire. »
À ce stade, le carburant n’a toujours pas changé de composition. Le débat public, si.
Et, avec un peu d’entraînement, quelqu’un finira probablement par proposer d’aller montrer les Gilets jaunes à Ursula von der Leyen à Berlin. Ce qui permettra au moins de vérifier que le marché intérieur fonctionne également pour les autocars.
Pour mémoire, nous avions déjà constaté que le rond-point français présentait quelques limites opérationnelles lorsqu’il s’agissait de rouvrir le détroit d’Ormuz.
🌍 Le problème est mondial, la règle européenne, la pompe locale
Au fond, la chaîne est assez simple.
- Le problème initial se trouve sur les marchés internationaux et dans les routes d’approvisionnement.
- Le raffinage se raisonne largement à l’échelle européenne.
- Certaines règles techniques sont européennes.
- La distribution devient nationale puis locale.
- Et c’est finalement Gérard qui découvre tout cela devant une pompe Total à Pontarlier.
La demande française adressée à Bruxelles n’a donc rien de particulièrement mystérieux : desserrer temporairement certaines contraintes de qualité pour transformer davantage de matière disponible en carburant commercialisable.
On pourra ensuite discuter du prix. Mais avant de savoir combien coûtera le litre, encore faut-il avoir quelque chose à mettre dedans.

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