Pain tranchĂ©, Opinel, boulangerie, Haut-Doubs et ComtĂ© : il nâen fallait pas davantage pour transformer une question de supplĂ©ment en crise locale du couteau personnel.
En rebond Ă un article de RMC/BFMTV consacrĂ© au supplĂ©ment parfois facturĂ© pour trancher le pain, une interrogation existentielle traverse dĂ©sormais les files dâattente des boulangeries : faut-il vraiment payer quelquâun pour couper quelque chose que tout habitant du Haut-Doubs estime savoir faire depuis lâĂąge de six ans, souvent avec un Opinel offert par un grand-pĂšre, un oncle ou un voisin qui âen avait un deuxiĂšme dans la boĂźte Ă gantsâ ?
Sur le fond, les boulangers restent libres de fixer leurs prix, Ă condition que lâinformation soit clairement affichĂ©e. La rĂ©glementation impose notamment un affichage prĂ©cis du prix du pain, avec dĂ©nomination, poids, prix Ă la piĂšce et prix au kilo pour les pains concernĂ©s. Mais dans le Haut-Doubs, la lĂ©galitĂ© nâa jamais suffi Ă Ă©teindre une discussion commencĂ©e devant une vitrine entre deux clients munis dâun cabas, dâune mauvaise foi solide et dâune connaissance approximative du droit commercial.
đ° Dans cet article
đ Pain tranchĂ© : une affaire qui coupe le territoire en deux
Ă Pontarlier, Morteau, MaĂźche ou MĂ©tabief, lâaffaire a immĂ©diatement pris une dimension patrimoniale. Car ici, le pain nâest pas seulement un produit de boulangerie. Câest un support Ă ComtĂ©, un outil de raclage de cancoillotte, un amortisseur Ă saucisse de Morteau, parfois mĂȘme une unitĂ© de mesure pour savoir si le repas âva tenir jusquâĂ ce soirâ.
Le trancher Ă la machine, pourquoi pas. Le facturer, en revanche, a rĂ©veillĂ© une partie du pays que lâon croyait calmĂ©e depuis la derniĂšre hausse du prix du Pontarlier-Anis.
âMoi, je veux bien payer le pain, la farine, le four, le travail du boulanger, mĂȘme le sourire sâil est sincĂšreâ, soupire un client rencontrĂ© devant une boulangerie du secteur. âMais payer pour quâune machine fasse tchac-tchac-tchac, lĂ , on entre dans une logique suisse.â
Le mot Ă©tait lĂąchĂ©. Suisse. Dans le Haut-Doubs, il suffit parfois dâun supplĂ©ment de quinze centimes pour que tout reparte vers la frontiĂšre.
đȘ Opinel : le dernier service public non subventionnĂ©
Le vrai cĆur du dĂ©bat, toutefois, reste lâOpinel. Dans beaucoup de foyers haut-doubistes, il nâest pas considĂ©rĂ© comme un couteau, mais comme une extension administrative de la main droite. Il ouvre les cartons, coupe le saucisson, retaille une ficelle, menace vaguement un emballage trop solide et, accessoirement, tranche le pain.
âOn a survĂ©cu Ă des hivers Ă moins quinze, Ă des routes non salĂ©es, Ă des vacances scolaires avec des Parisiens en chaussures basses, et maintenant il faudrait demander Ă une machine de nous dĂ©couper une boule ?â sâindigne GisĂšle, ancienne tenanciĂšre du tabac-presse de Morteau, qui assure possĂ©der âun Opinel par piĂšce, sauf dans la salle de bain, par principeâ.
Pour elle, la question nâest mĂȘme pas Ă©conomique. Elle est civilisationnelle.
âUn pain, ça se tranche soi-mĂȘme. Sinon demain, on nous facturera le trou dans le ComtĂ©, la peau de la saucisse et le silence gĂȘnĂ© quand on croise son ex au marchĂ©.â
đ„ Boulangerie : les artisans pris entre service et couteau personnel
Du cĂŽtĂ© des boulangers, lâaffaire prĂȘte davantage Ă la lassitude quâĂ la rĂ©volution. Trancher un pain prend du temps, use une machine, mobilise du personnel et rĂ©pond Ă une vraie demande, notamment pour les pains spĂ©ciaux, les gros pains de campagne ou les clients qui veulent prĂ©parer des tartines sans transformer leur plan de travail en carriĂšre de chapelure.
Mais lâexplication technique passe mal auprĂšs dâune clientĂšle locale convaincue quâun service devient suspect dĂšs quâil nĂ©cessite une affichette plastifiĂ©e.
âOn nâest pas contre le progrĂšsâ, prĂ©cise GĂ©rard Poncet, observateur non sollicitĂ© du dossier, casquette vissĂ©e et regard de commission extra-municipale. âMais le progrĂšs doit rester entier. DĂšs quâon commence Ă trancher, on prĂ©pare le dĂ©coupage du territoire. Aujourdâhui le pain, demain le Haut-Doubs en rondelles.â

Le MHDGA, prudemment, nâa pas encore publiĂ© de communiquĂ© officiel. Une note interne Ă©voquerait nĂ©anmoins âla crĂ©ation dâun droit opposable Ă lâOpinelâ, ainsi quâun moratoire sur les machines Ă pain tranchĂ© situĂ©es Ă moins de 12 kilomĂštres dâune fruitiĂšre.
đ§ Haut-Doubs : le supplĂ©ment qui passe mal avec le ComtĂ©
La tension atteint son maximum lorsquâon Ă©voque le sandwich du midi. Dans le Haut-Doubs, le pain tranchĂ© nâest pas quâune commoditĂ© domestique. Il est lâinfrastructure de base du frontalier pressĂ©, du retraitĂ© cycliste en pause au lac de Saint-Point, du collĂ©gien oubliĂ© Ă lâarrĂȘt de bus et du salariĂ© qui dĂ©couvre Ă 12 h 04 quâil a encore une rĂ©union Ă 12 h 30.
Or, si chaque tranche devient potentiellement un acte tarifĂ©, certains commencent dĂ©jĂ Ă recalculer le coĂ»t complet dâun casse-croĂ»te au ComtĂ© sur vingt ans, avec inflation, amortissement de la lame et prise en compte du risque chapelure dans la voiture.
DjĂ€ysonne, stagiaire multidirectionnel de LâOuest RĂ©publicain, a tentĂ© une simulation sur tableur avant de âtout fermer parce que ça faisait des chiffresâ. Sa conclusion reste nĂ©anmoins ferme : âSi on paye pour trancher le pain, faut au moins que les tranches soient toutes pareilles, sinon câest du vol gĂ©omĂ©trique.â
đȘ Opinel contre machine : le match est lancĂ©
Dans plusieurs foyers, on annonce dĂ©jĂ un retour au tranchage manuel. Certains ressortent les planches en bois. Dâautres affĂ»tent leur Opinel avec une gravitĂ© proche dâune mobilisation gĂ©nĂ©rale. Un habitant affirme mĂȘme avoir transmis Ă ses enfants âles gestes essentielsâ : tenir le pain, ne pas regarder ailleurs, accepter que la premiĂšre tranche soit toujours ratĂ©e et ne jamais couper directement sur la nappe âsauf si elle est dĂ©jĂ morteâ.
Cette rĂ©sistance artisanale ne devrait toutefois pas empĂȘcher les clients de continuer Ă demander du pain tranchĂ©, surtout quand il sâagit dâĂ©viter les tranches Ă©paisses comme des bastaings ou les dĂ©coupes obliques capables de faire glisser une tranche de ComtĂ© dans lâassiette du voisin.
Car câest bien lĂ toute la subtilitĂ© locale : dans le Haut-Doubs, on refuse parfois de payer un service que lâon continuera Ă demander, par principe, mais avec indignation.
La boulangerie française survivra sans doute Ă cette nouvelle crise. Le Haut-Doubs aussi. Mais quelque chose a changĂ©. DĂ©sormais, devant chaque machine Ă pain tranchĂ©, chacun se demandera silencieusement si le confort vaut vraiment quelques centimes, ou sâil ne serait pas plus digne de rentrer chez soi, poser le pain sur une planche, sortir lâOpinel et produire soi-mĂȘme des tranches irrĂ©guliĂšres, dangereuses, mais profondĂ©ment libres.
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đ Pain tranchĂ© : le Haut-Doubs refuse de payer pour une opĂ©ration âque tout le monde sait faire avec un Opinelâ
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.
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