Besançon fĂȘte la musique ce dimanche 21 juin, et LâOuest RĂ©publicain a donc pris une dĂ©cision Ă©ditoriale courageuse : envoyer un correspondant spĂ©cial dans le Doubs-Du-Bas pour observer, carnet en main, comment une ville entiĂšre peut transformer ses places, ses terrasses et ses trottoirs en laboratoire sonore Ă ciel ouvert. Pendant que dans le Haut-Doubs on hĂ©site encore entre barbecue, sieste et stratĂ©gie anti-canicule, les Bisontins, eux, ont choisi de rĂ©gler la question en mettant des amplis partout.
đ° Dans cet article
đ· Besançon fĂȘte la musique, et tout le monde a une bonne raison de sortir
Ă Besançon, la FĂȘte de la musique nâest jamais seulement une affaire de musique. Câest aussi une affaire de mĂ©tĂ©o, de chaussures mal choisies, de terrasses pleines Ă 19 h 12, de gobelets consignĂ©s, de parents qui expliquent Ă leurs enfants que non, le monsieur qui hurle dans un micro nâest pas forcĂ©ment fĂąchĂ©, et de gens qui assurent âon passe juste une heureâ avant de se retrouver Ă 23 h 47 place Granvelle Ă applaudir un solo de saxophone quâils ne comprennent pas vraiment.
Dans le Doubs-Du-Bas, cette soirĂ©e a quelque chose de profondĂ©ment rituel. La Boucle devient un archipel de scĂšnes, de groupes, de DJ, de chorales, de reprises plus ou moins heureuses et dâinitiatives que seule la magie rĂ©publicaine du 21 juin peut rendre socialement acceptables. Le dimanche 21 juin, la Ville de Besançon organise bien sa FĂȘte de la musique, ouverte aux groupes, musiciens et commerçants bisontins, avec une programmation rĂ©partie dans le centre-ville et une carte interactive actualisĂ©e pour suivre les initiatives dĂ©clarĂ©es. Les animations sont annoncĂ©es de 17 h 30 Ă minuit dans le centre-ville sĂ©curisĂ©. Les transports Ginko adaptent Ă©galement leur offre pour la soirĂ©e, preuve quâune RĂ©publique sĂ©rieuse sait reconnaĂźtre un pic dâaccordĂ©on Ă temps.
đ» Dans le Doubs-Du-Bas, la Boucle devient une zone de brassage sonore
Il faut voir la Boucle de Besançon un soir de FĂȘte de la musique pour comprendre ce quâest une dĂ©mocratie locale en mouvement. Dâun cĂŽtĂ©, des gens venus Ă©couter âun peu de jazz tranquilleâ. De lâautre, des Ă©tudiants qui cherchent surtout un lieu oĂč parler fort sans que personne ne puisse leur reprocher. Au milieu, des passants attirĂ©s par un refrain connu, happĂ©s ensuite par un rythme latino, puis redirigĂ©s trois rues plus loin par un batteur enthousiaste qui tape comme sâil rĂ©glait personnellement les comptes de lâannĂ©e fiscale.
Le plus fascinant, peut-ĂȘtre, reste la variĂ©tĂ© humaine de lâĂ©vĂ©nement. Le retraitĂ© mĂ©lomane y cĂŽtoie le jeune homme qui nâĂ©coute de musique quâen voiture avec les basses Ă 94 %, la famille en promenade croise la bande de copains qui sâest jurĂ© de âfaire toutes les scĂšnesâ, et le Haut-Doubien de passage regarde lâensemble avec ce mĂ©lange unique de perplexitĂ© et de supĂ©rioritĂ© climatique qui le caractĂ©rise. Chez lui, dans le Haut-Doubs, la musique dâambiance reste souvent un moteur diesel au ralenti, un ballon de foot frappĂ© trop prĂšs dâun garage, ou un voisin qui sâobstine Ă tondre Ă lâheure oĂč les autres prennent lâapĂ©ro. Ă Besançon, on a industrialisĂ© le procĂ©dĂ©.
đ FĂȘte de la musique Besançon : chacun veut sa scĂšne, son style et son moment de gloire
La vĂ©ritĂ©, câest que la FĂȘte de la musique Besançon repose sur un grand compromis national : tout le monde doit pouvoir jouer, et tout le monde doit faire semblant dâaimer ça au moins un peu. Le guitariste de reprises françaises a le droit dâexister. Le groupe de rock local qui rĂšgle son ampli sur âcatastrophe ferroviaireâ aussi. Le DJ persuadĂ© de sauver la nuit bisontine Ă coups de transitions brutales, pareil. MĂȘme la petite chorale appliquĂ©e, installĂ©e Ă quelques mĂštres dâune terrasse dĂ©jĂ bien chargĂ©e, doit ĂȘtre respectĂ©e. Câest la rĂšgle.
Et câest justement cette anarchie courtoise qui fait le charme de la soirĂ©e. Besançon fĂȘte la musique comme une ville qui veut prouver quâelle sait vivre dehors, occuper ses places, se rassembler et faire sociĂ©tĂ© autour dâun principe simple : si le morceau est moyen, il y aura au moins une buvette correcte Ă cinquante mĂštres. En ce sens, la FĂȘte de la musique Besançon est moins un Ă©vĂ©nement culturel quâun grand test de cohabitation acoustique.
đ§ Le Haut-Doubs observe Besançon comme on observe une espĂšce cousine un peu bruyante
Vu depuis Pontarlier, Mouthe ou Labergement-Sainte-Marie, lâexpĂ©dition dans le Doubs-Du-Bas garde quelque chose dâethnographique. On descend Ă Besançon comme on partirait en mission dâĂ©tude. On veut comprendre pourquoi les gens y trouvent naturel de sâagglutiner sur des places pavĂ©es pour Ă©couter des reprises dâIndochine, pourquoi certains applaudissent aprĂšs un solo de djembĂ© comme sâils validaient un traitĂ© international, et comment une ville entiĂšre accepte de marcher au ralenti derriĂšre trois poussettes et un saxophoniste dans la mĂȘme rue.

Mais il faut reconnaĂźtre Ă Besançon une qualitĂ© rare : elle sait offrir Ă ses habitants lâillusion que tout le monde sort pour la mĂȘme chose. En rĂ©alitĂ©, les uns viennent pour la musique, les autres pour les amis, les autres encore pour lâambiance, les terrasses ou le simple plaisir dâĂȘtre lĂ oĂč il se passe quelque chose. Et câest peut-ĂȘtre ça, au fond, le vrai succĂšs du rendez-vous.
đ Ă minuit, la musique sâarrĂȘte, mais les commentaires commencent
Comme toujours, la fin de soirĂ©e laissera derriĂšre elle plusieurs catĂ©gories de citoyens. Ceux qui diront que câĂ©tait formidable, vivant, populaire, presque mĂ©diterranĂ©en. Ceux qui estimeront quâon nâentendait rien, quâil y avait trop de monde, trop de basses, pas assez de vraie musique, et quâon Ă©tait finalement mieux dans le Haut-Doubs. Et ceux, plus nombreux quâon ne croit, qui posteront le lendemain matin une story floue avec trois notes de guitare et la lĂ©gende âBelle ambiance Ă Besacâ, comme si cela suffisait Ă rĂ©sumer la civilisation.
LâOuest RĂ©publicain, lui, ne tranchera pas. Notre envoyĂ© spĂ©cial est simplement remontĂ© du Doubs-Du-Bas avec une conclusion solide : Ă Besançon, on ne fĂȘte pas seulement la musique. On fĂȘte surtout la possibilitĂ©, pendant quelques heures, de faire beaucoup de bruit tout en appelant cela de la culture.

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đ” Besançon fĂȘte la musique : LâOuest RĂ©publicain en reportage dans le Doubs-Du-Bas
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