Comme chaque dĂ©but dâĂ©tĂ©, les mĂ©dias nationaux ont ressorti leurs sujets prĂ©fĂ©rĂ©s : le budget vacances, le prix des glaces, le coĂ»t du trajet jusquâĂ la mer, les familles qui âarbitrentâ, les vacanciers qui ârenoncentâ, les Ă©conomistes qui âobserventâ, et les journalistes en chemisette qui demandent Ă une dame devant un glacier si trois euros cinquante la boule, âça commence Ă faire beaucoupâ.
Dans le Haut-Doubs, on a regardĂ© tout ça avec respect, mais aussi avec une certaine distance. Parce quâici, lâĂ©tĂ© ne se mesure pas uniquement au prix du parasol, ni au coĂ»t dâun cornet vanille-fraise sur une promenade maritime oĂč personne ne connaĂźt la diffĂ©rence entre une vraie canicule et une aprĂšs-midi un peu lourde Ă Pontarlier.
Ici, le vĂ©ritable indicateur de tension Ă©conomique reste plus prĂ©cis : est-ce quâon peut encore faire un barbecue sans vendre un rein, casser un PEL ou demander Ă lâoncle GĂ©rard de ramener âjuste deux-trois bricolesâ avant de le voir dĂ©barquer avec 4 kilos de chipolatas, un pack, trois sauces et une phrase dĂ©finitive sur la jeunesse qui ne sait plus allumer un feu ?
LâOuest RĂ©publicain a donc menĂ© lâenquĂȘte. Et le rĂ©sultat est formel : malgrĂ© lâinflation, les arbitrages budgĂ©taires et les reportages anxiogĂšnes sur les glaces, le barbecue reste le placement prĂ©fĂ©rĂ© des Haut-Doubistes devant lâassurance-vie.
đ° Dans cet article
đ„ Barbecue : une valeur refuge qui fume un peu
Lâassurance-vie a ses qualitĂ©s. Elle rassure les conseillers, elle remplit les classeurs, elle permet de parler de fiscalitĂ© Ă table quand lâambiance Ă©tait pourtant encore rĂ©cupĂ©rable. Mais dans le Haut-Doubs, elle souffre dâun handicap majeur : personne nâa jamais invitĂ© ses voisins un samedi soir pour leur montrer la performance annuelle de son fonds euros.
Le barbecue, lui, parle Ă tout le monde.
Il crĂ©pite, il sent fort, il attire les gens, il justifie les apĂ©ros, il permet Ă un homme normalement discret de se transformer en maĂźtre du feu dĂšs quâil tient une pince mĂ©tallique dans la main. Mieux : il donne une impression immĂ©diate de richesse. MĂȘme quand tout a coĂ»tĂ© trop cher.
Car câest lĂ tout le paradoxe. Un barbecue nâest jamais vraiment Ă©conomique. On part acheter âde quoi faire simpleâ et on revient avec une addition qui ressemble Ă un acompte de chaudiĂšre. De la viande, du pain, des chips, des cruditĂ©s pour la bonne conscience, du ComtĂ© pour lâapĂ©ritif, du charbon, des allume-feux, deux salades industrielles, des boissons, des glaçons, une sauce ânouvelle recetteâ que personne ne demandait, et parfois mĂȘme des lĂ©gumes Ă griller, achetĂ©s pour faire croire quâon a changĂ©.
Mais psychologiquement, ça passe. Parce que ce nâest pas une dĂ©pense. Câest un moment. Et dans le Haut-Doubs, un moment qui sent la saucisse grillĂ©e reste plus acceptable quâune ligne âfrais de gestionâ sur un relevĂ© annuel.
đ§Ș Mondoraoult compare la merguez et lâETF
Pour donner une base scientifique Ă ce constat, LâOuest RĂ©publicain a sollicitĂ© le professeur Didoubs Mondoraoult, rĂ©fĂ©rence locale en Ă©conomie de comptoir, biologie approximative et cuisson indirecte sous surveillance.
Le professeur a publiĂ© une Ă©tude exclusive intitulĂ©e : âRendement comparĂ© de la merguez et de lâETF en milieu haut-doubiste semi-ensoleillĂ©â.
Le protocole est simple. Dâun cĂŽtĂ©, un ETF monde, produit financier diversifiĂ©, raisonnable, recommandĂ© par des gens qui ont des lunettes fines et disent âhorizon long termeâ sans rire. De lâautre, une merguez posĂ©e sur une grille un peu trop basse, surveillĂ©e par trois adultes qui ne sont pas dâaccord sur le moment exact oĂč il faut la retourner.
Conclusion : Ă court terme, la merguez Ă©crase lâETF.
âUn ETF peut progresser sur vingt ans, mais il ne nourrit personne Ă 12 h 43â, explique le professeur Mondoraoult, blouse ouverte, pince Ă barbecue dans la main droite et verre de Pontarlier dans la gauche.
âLa merguez offre un rendement immĂ©diat, une chaleur humaine mesurable, et un risque de perte uniquement si quelquâun va chercher du pain au mauvais moment.â

Son Ă©tude note toutefois plusieurs facteurs de volatilitĂ© : le vent, les enfants qui veulent une saucisse puis nâen veulent plus, le voisin qui âa connu mieux comme braiseâ, et lâindividu qui perce systĂ©matiquement les merguez âpour que ça cuise dedansâ, provoquant une crise de liquiditĂ© majeure.
Le professeur ajoute enfin que la merguez trop cuite se rapproche dâun produit structurĂ© : personne ne comprend exactement ce qui sâest passĂ©, mais tout le monde fait semblant que câĂ©tait prĂ©vu.
đ„© Assurance-vie : trop propre pour convaincre une tablĂ©e
Le problĂšme de lâassurance-vie, dans le Haut-Doubs, ce nâest pas son rendement. Câest son absence totale de fumĂ©e.
Un contrat bien construit peut avoir du sens, bien sĂ»r. Mais il ne fait pas venir le voisin. Il ne fait pas lever GisĂšle de sa chaise en disant : âĂa sent bon chez vous, non ?â Il ne permet pas Ă un cousin de dĂ©clarer solennellement quâil ne mange jamais de merguez, avant dâen reprendre deux.
Le barbecue, au contraire, transforme nâimporte quel jardin en assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale. On y parle mĂ©tĂ©o, routes, frontaliers, prix du carburant, qualitĂ© du charbon, cuisson des cĂŽtes, souvenirs de vacances, enfants qui grandissent trop vite, et parfois mĂȘme politique, mais seulement quand la deuxiĂšme tournĂ©e est dĂ©jĂ passĂ©e.
Dans une commune du Haut-Doubs que nous ne citerons pas pour Ă©viter une enquĂȘte de voisinage, un habitant nous a confiĂ© avoir rĂ©duit ses placements financiers âpour renforcer son stock stratĂ©gique de grilladesâ.
âJâai regardĂ© mon assurance-vie, jâai regardĂ© mon congĂ©lateur, et franchement, le congĂ©lateur me parlait plusâ, explique-t-il. âAu moins, quand ça baisse, câest quâon a mangĂ©.â
Une phrase que mĂȘme les marchĂ©s financiers nâavaient pas vue venir.
đŠ Les glaces inquiĂštent Paris, les chipolatas inquiĂštent le Haut-Doubs
Pendant que les chaĂźnes nationales calculent le prix dâune boule de glace sur le littoral, le Haut-Doubs surveille un autre panier de rĂ©fĂ©rence : le pack de chipolatas, le kilo de merguez, la barquette de brochettes et le sac de charbon.
La glace, ici, reste un sujet secondaire. On en mange quand il fait chaud, câest-Ă -dire quand quelquâun du Doubs-Du-Bas commence Ă parler dâalerte orange alors quâun Haut-Doubiste hĂ©site encore Ă enlever son gilet.
Le barbecue, en revanche, engage tout le foyer. Il faut prĂ©voir. Il faut stocker. Il faut organiser. Il faut savoir qui vient, qui ne vient pas, qui vient quand mĂȘme, qui amĂšne une salade, qui oublie, qui dit âje passerai juste cinq minutesâ et finit par commenter la cuisson jusquâĂ 23 h 12.
âLa merguez offre un rendement immĂ©diat, une chaleur humaine mesurable, et un risque de perte uniquement si quelquâun va chercher du pain au mauvais moment.â
Pr Didoubs Mondoraoult, chimiste de cuisine émérite
Dans le budget dâĂ©tĂ©, le barbecue occupe donc une place Ă part. Ce nâest pas une dĂ©pense alimentaire. Câest une institution saisonniĂšre. Un patrimoine fumant. Un rituel collectif. Une preuve que mĂȘme quand tout augmente, il reste possible de rĂ©unir des gens autour dâune grille en prĂ©tendant quâon maĂźtrise la situation.
Ce qui, reconnaissons-le, est déjà plus convaincant que beaucoup de politiques publiques.
đ„ Le Haut-Doubiste diversifie, mais toujours avec une pince
Les experts recommandent souvent de diversifier ses placements. Le Haut-Doubiste applique ce principe depuis longtemps, mais Ă sa maniĂšre.
Un peu de merguez pour le risque. De la chipolata pour la stabilitĂ©. Une cĂŽte de porc pour le rendement. Des brochettes marinĂ©es pour lâeffet vitrine. Des lĂ©gumes grillĂ©s pour lâimage responsable. Du ComtĂ© en amont pour sĂ©curiser lâapĂ©ritif. Et du pain en quantitĂ© excessive, parce quâon nâa jamais vu une crise sociale naĂźtre dâun excĂšs de baguette.
Cette stratĂ©gie, appelĂ©e localement âallocation braisĂ©eâ, repose sur une rĂšgle simple : ne jamais mettre toute sa confiance dans celui qui tient la bouteille dâallume-feu.
Le professeur Mondoraoult recommande dâailleurs une prudence Ă©lĂ©mentaire : âIl faut toujours prĂ©voir une poche de secours. La poche de secours, câest ce sachet de saucisses quâon garde au frigo en disant quâon nâen aura pas besoin. On en a toujours besoin.â
Cette découverte a été saluée par plusieurs familles haut-doubistes, qui la pratiquaient déjà depuis trente ans sans avoir pensé à déposer un brevet.
đŹ Dans le Haut-Doubs, lâĂ©tĂ© se gĂšre Ă la braise
Au fond, la vraie question nâest pas de savoir si le barbecue rapporte plus que lâassurance-vie. La vraie question est de savoir ce quâon attend dâun placement.
Si lâobjectif est de transmettre un capital, de prĂ©parer une succession ou de dormir avec un tableau Excel dans la tĂȘte, lâassurance-vie garde ses arguments.
Mais si lâobjectif est de faire venir du monde, de nourrir la tablĂ©e, de se brĂ»ler lĂ©gĂšrement lâavant-bras, de dĂ©battre pendant vingt minutes de la bonne hauteur de grille et de finir par dire âon avait encore trop prĂ©vuâ, alors le barbecue reste imbattable.
Dans le Haut-Doubs, on nâappelle pas ça consommer. On appelle ça tenir lâĂ©tĂ©.
Et pendant que les mĂ©dias nationaux continueront Ă compter les boules de glace, les serviettes de plage et les kilomĂštres dâautoroute, LâOuest RĂ©publicain suivra lâindicateur le plus fiable du pouvoir dâachat local : le nombre de barbecues encore possibles avant que quelquâun dise âon fera plus simple la prochaine foisâ.
Personne ne fera plus simple.
La braise est déjà repartie.

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đ„ Barbecue : le placement prĂ©fĂ©rĂ© des Haut-Doubistes devant lâassurance-vie
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