Alcool, FĂȘte de la musique, canicule et voie publique : il aura suffi de quatre mots pour plonger une partie du pays dans une crise existentielle. Alors que le gouvernement a demandĂ© lâinterdiction de la consommation dâalcool sur la voie publique dans les dĂ©partements placĂ©s en vigilance rouge canicule, une partie des commentaires en ligne a immĂ©diatement compris quâon sâattaquait aux fondements mĂȘmes de la civilisation occidentale : le droit sacrĂ© de transpirer sur un trottoir avec une biĂšre chaude Ă la main.
Officiellement, lâidĂ©e est pourtant assez simple. Quand il fait trĂšs chaud, lâalcool ne rafraĂźchit pas. Il donne parfois lâimpression de dĂ©tendre, certes, mais il favorise surtout la dĂ©shydratation, les malaises, les comportements hasardeux, et cette Ă©trange conviction quâun homme torse nu peut parfaitement expliquer la politique Ă©nergĂ©tique française Ă une barriĂšre Vauban.
Mais en France, et plus encore dĂšs quâil est question de voie publique, dâarrĂȘtĂ© prĂ©fectoral et de FĂȘte de la musique, la simplicitĂ© sanitaire devient immĂ©diatement un dĂ©bat de civilisation.
đ° Dans cet article
đ„” Alcool et canicule : le duo que mĂȘme la mĂ©tĂ©o regarde de travers
On aurait pu croire que le sujet ne mĂ©ritait pas trois commissions parlementaires, deux dĂ©bats Facebook et un oncle HervĂ© en majuscules dans les commentaires. Il fait chaud. TrĂšs chaud. Les autoritĂ©s sanitaires rĂ©pĂštent depuis des annĂ©es quâen pĂ©riode de fortes chaleurs, il faut boire de lâeau, rester au frais, limiter les efforts et Ă©viter lâalcool.
Rien de trĂšs rĂ©volutionnaire. MĂȘme dans le Haut-Doubs, oĂč lâon considĂšre parfois quâune tempĂ©rature supĂ©rieure Ă 27 °C relĂšve dĂ©jĂ dâun dysfonctionnement administratif, lâidĂ©e quâune biĂšre forte sous le soleil ne remplace pas une gourde dâeau peut finir par ĂȘtre comprise. Lentement, mais comprise.
Sauf que la FĂȘte de la musique nâest pas un dimanche ordinaire. Câest ce moment national oĂč chacun estime avoir le droit imprescriptible de chanter faux, de bloquer une rue avec une enceinte Bluetooth et dâexpliquer que âça va, on est entre nousâ, alors quâil y a dĂ©jĂ deux policiers municipaux, trois secouristes et un voisin au bord de la dĂ©nonciation spontanĂ©e.
Dans ce contexte, interdire lâalcool sur la voie publique revient, pour certains, Ă interdire la joie, la spontanĂ©itĂ©, le peuple, la libertĂ©, et peut-ĂȘtre mĂȘme lâaccordĂ©on, ce qui serait pourtant une piste Ă Ă©tudier sĂ©parĂ©ment.
đ° Une mesure sanitaire, pas une croisade contre lâapĂ©ro
Le gouvernement a donc demandĂ© que la consommation dâalcool soit interdite sur la voie publique dans les dĂ©partements placĂ©s en vigilance rouge canicule. Techniquement, la mesure nationale est ciblĂ©e : elle ne vise pas tout le territoire, mais les zones les plus exposĂ©es Ă la chaleur extrĂȘme. Dans les faits, les prĂ©fets prennent ensuite les arrĂȘtĂ©s qui permettent dâappliquer concrĂštement cette interdiction.
Dit autrement : ce nâest pas âParis interdit Ă la France de boireâ. Câest plutĂŽt âquand une partie du pays approche les 40 °C, Ă©vitons de multiplier les malaises au rosĂ© tiĂšde entre deux reprises approximatives de TĂ©lĂ©phoneâ.
Mais plusieurs prĂ©fectures ont aussi profitĂ© du contexte pour prendre des mesures plus larges, y compris lĂ oĂč la vigilance rouge nâĂ©tait pas forcĂ©ment le seul motif. Et lĂ encore, lâexplication tient en deux mots que les commentaires en ligne accueillent gĂ©nĂ©ralement avec la mĂȘme sĂ©rĂ©nitĂ© quâun frontalier coincĂ© derriĂšre un camping-car : ordre public.
Car lâalcool, la chaleur, la foule, la musique trop forte et la voie publique forment rarement une symphonie de retenue. Sur le papier, on parle de prĂ©vention. Sur le terrain, on parle aussi dâĂ©viter trois malaises, deux bagarres, un abribus vexĂ© et un type qui finit par confondre une jardiniĂšre municipale avec son destin.
đ¶ La FĂȘte de la musique, ou lâart français de transformer lâeau en polĂ©mique
Ce qui est fascinant, ce nâest pas tant lâinterdiction. Câest la rĂ©action.
Ă lire certains commentaires, la France ne vient pas de limiter temporairement lâalcool sur la voie publique pendant un Ă©pisode de canicule. Elle vient dâabolir la RĂ©publique, de fermer les terrasses, de confisquer les tire-bouchons familiaux et de mettre le pays sous tutelle dâune brigade internationale du Perrier.
Il y a ceux qui hurlent Ă la dictature. Ceux qui expliquent quâils ont toujours bu en plein soleil et quâils sont encore vivants, argument gĂ©nĂ©ralement utilisĂ© par des gens qui nâont pas encore compris que survivre Ă ses propres dĂ©cisions nâen fait pas une politique publique. Ceux qui rĂ©clament quâon sâoccupe âdes vrais problĂšmesâ, comme si les urgences, les pompiers, la sĂ©curitĂ© publique et les malaises collectifs nâĂ©taient quâun petit loisir administratif du dimanche.
Et puis il y a lâinĂ©vitable commentaire : âBientĂŽt on nâaura plus le droit de respirer.â
Rassurons tout le monde : respirer reste autorisĂ©. En revanche, respirer trĂšs fort en insultant un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral depuis un banc brĂ»lant, avec une canette Ă 8,6 degrĂ©s dâalcool et 31 degrĂ©s de tempĂ©rature ambiante, demeure dĂ©conseillĂ©.
đ§ Dans le Haut-Doubs, on observe la scĂšne avec un sĂ©rieux humide
Dans le Haut-Doubs, lâaffaire est Ă©videmment regardĂ©e avec une certaine distance. Ici, la chaleur reste une anomalie saisonniĂšre que lâon soupçonne vaguement dâĂȘtre venue de Dijon sans prĂ©venir. Les Doubistes savent vivre avec le froid, les pneus hiver, les routes qui brillent, les matins Ă -12 °C et les dĂ©bats essentiels sur la bonne maniĂšre de couper le ComtĂ©.
Mais la canicule, câest autre chose. Elle dĂ©sorganise tout. Les volets se ferment, les chiens cherchent lâombre, les anciens disent que âça va tourner Ă lâorageâ, et certains commencent Ă se demander si Mouthe ne devrait pas exporter officiellement du frais en bidons de cinq litres.
Quant Ă lâalcool, le sujet est sensible. Dans une rĂ©gion oĂč lâon ne confond pas un Pont avec un pastis, chacun sait que lâapĂ©ritif relĂšve presque du patrimoine immatĂ©riel. Mais mĂȘme le patrimoine immatĂ©riel peut patienter deux heures quand le thermomĂštre commence Ă se comporter comme un influenceur mĂ©tĂ©o en burn-out.
Il ne sâagit pas dâinterdire la convivialitĂ©. Il sâagit simplement de rappeler quâune FĂȘte de la musique peut Ă©ventuellement se survivre Ă lâeau, au sirop, Ă la limonade, voire Ă cette chose Ă©trange quâon appelle âsobriĂ©tĂ© temporaireâ.
đš Moins de malaises, moins de casse, moins de Jean-Mi en mission
La vĂ©ritĂ©, câest que personne ne le dira trop fort, mais beaucoup y pensent : si lâinterdiction de lâalcool sur la voie publique permet Ă la fois de rĂ©duire les malaises liĂ©s Ă la chaleur et dâĂ©viter que certains transforment la place du village en extension non dĂ©clarĂ©e dâun festival de fin de soirĂ©e, lâarrĂȘtĂ© ne sera peut-ĂȘtre pas totalement absurde.
Moins dâalcool en pleine canicule, câest moins de risques sanitaires. Moins dâalcool dans une foule, câest aussi moins dâembrouilles idiotes Ă 23h47 pour une histoire de regard, de enceinte posĂ©e trop prĂšs ou de reprise de Goldman jugĂ©e âpas assez habitĂ©eâ.
Ăvidemment, cela nâempĂȘchera pas tout. Il restera toujours quelquâun pour chanter trop fort, quelquâun pour danser mal, quelquâun pour poster âon ne peut plus rien faireâ depuis son tĂ©lĂ©phone neuf, et quelquâun pour expliquer que âdans le temps, on avait chaud aussi et on ne faisait pas tout ce cirqueâ.
Dans le temps, certes. Mais dans le temps, on ne commentait pas chaque arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral comme si Robespierre venait de confisquer le cubi.
đ€ La libertĂ©, câest aussi rentrer chez soi sans finir aux urgences ou en garde Ă vue
La FĂȘte de la musique devrait rester une fĂȘte. Une vraie. Avec des gens dehors, de la musique, des terrasses, des voisins qui rĂąlent, des enfants qui courent, des reprises discutables et une guitare qui a toujours un peu trop confiance en elle.
Mais une fĂȘte nâa pas besoin de devenir une Ă©preuve de rĂ©sistance physiologique pour ĂȘtre rĂ©ussie. On peut aimer la musique sans se dessĂ©cher. On peut dĂ©fendre la libertĂ© sans exiger le droit fondamental Ă la canette tiĂšde. On peut mĂȘme, dans les cas les plus extrĂȘmes, boire de lâeau sans y voir une capitulation morale devant lâĂtat.
Câest peut-ĂȘtre cela, finalement, le vrai scandale : rappeler quâen pĂ©riode de canicule, le corps humain reste soumis Ă quelques rĂšgles biologiques que mĂȘme un commentaire Facebook ne peut pas abroger.
Ă LâOuest RĂ©publicain, nous ne sommes pas mĂ©decins. Mais nous avons dĂ©jĂ vu assez de gens sâengueuler avec du mobilier urbain pour savoir quâentre une bouteille dâeau et une biĂšre forte sous 38 °C, le dĂ©bat nâest pas toujours aussi philosophique quâil en a lâair.
La rĂ©daction appelle donc au calme, Ă lâhydratation, et Ă cette forme supĂ©rieure de civisme qui consiste Ă ne pas finir la FĂȘte de la musique allongĂ© sur un trottoir en accusant la prĂ©fecture dâavoir sabotĂ© lâapĂ©ro national.
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đș Alcool interdit pour cause de canicule : la France dĂ©couvre quâune 8.6 tiĂšde nâest pas un dispositif de survie
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.
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