đŸ“ș GisĂšle snobĂ©e par le 13h de TF1, le Haut-Doubs en colĂšre

Dans le Haut-Doubs, on ne plaisante pas avec le 13h. Alors quand TF1 choisit Isabelle Ithurburu et snobe GisĂšle du tabac-presse, c’est tout un territoire qui monte au crĂ©neau

Dans le Haut-Doubs, on ne regarde pas le journal : on l’incarne.

C’est une annonce qui a fait tousser dans les chaumiùres comtoises : jusqu’ici connue pour sa carriùre dans le sport, Isabelle Ithurburu devient la remplaçante officielle de Jacques Legros au journal de 13h de TF1.

Une nomination applaudie Ă  Paris et dans les bureaux feutrĂ©s de Boulogne-Billancourt. Mais dans le Haut-Doubs, on a l’impression d’avoir ratĂ© une marche — ou plutĂŽt, qu’on nous a poussĂ©s dans l’escalier.

La Paloise confie Ă  nos confrĂšres du Figaro avoir regardĂ©, “petite” le 13h en compagnie de ses parents “Ă©piciers en Province”.

« On avait GisÚle ! »

Car ici, tout le monde le sait : la vraie prĂȘtresse du 13h, c’est GisĂšle. Celle du tabac-presse de Morteau, l’institution. Celle qui commente les reportages avant mĂȘme qu’ils commencent. Celle qui connaĂźt la mĂ©tĂ©o de Frasne trois jours Ă  l’avance « Ă  l’odeur de l’air ».

Et GisĂšle, ce n’est pas qu’avec ses parents qu’elle regardait le 13h : depuis la premiĂšre du 16 fĂ©vrier 1981, elle ne rate jamais un journal.

« Elle avait tout ! La gouaille, les fiches recettes, la mĂ©tĂ©o locale en direct du trottoir ! », s’emporte Roger, 71 ans, en enfilant sa soupe aux vermicelles.

« Isabelle Ithurburu, c’est sĂ»rement une chic fille, mais elle n’a jamais alertĂ© sur une foire aux escargots annulĂ©e pour cause de pluie horizontale. »

Isabelle Ithurburu petite "regardait le 13h de TF1 avec [ses] parents", confie-t-elle au Figaro
TF1 choisit son 13h, mais le Haut-Doubs maintient que GisÚle avait le profil, la diction et le tabac-presse nécessaires.

Le JT, c’est pas un journal. C’est un patrimoine.

À Pontarlier, Jougne, Gilley et jusqu’à Arçon, c’est la stupeur. « TF1, ils veulent reconnecter avec la France des villages, qu’ils disent », souffle Jocelyne, ancienne prĂ©sidente du comitĂ© des fĂȘtes de Goux-les-Usiers.

« Et ils passent Ă  cĂŽtĂ© de GisĂšle, qui incarne tout ce qu’ils cherchent, en mieux. Elle avait mĂȘme prĂ©vu le redoux de janvier 1998. À l’époque, Lacarrau Ă©tait encore au lycĂ©e. »

Car le 13h, ici, c’est sacrĂ©. Une sorte de messe laĂŻque, oĂč l’on apprend la fermeture d’une Ă©picerie de CorrĂšze, le lancement d’une fĂȘte du potiron, ou les dĂ©boires d’un menuisier reconverti dans la sculpture Ă  la tronçonneuse dans la baie de Somme.

Et ça, GisÚle le vivait. Elle vibrait avec les sujets.

« MĂȘme Ă  la retraite, elle corrigeait les infographies »

Aujourd’hui Ă  la retraite, GisĂšle continue de commenter le JT depuis son fauteuil en rotin, une main sur sa tĂ©lĂ©commande, l’autre sur son ticket de loto. Mais la blessure est lĂ .

« On m’a mĂȘme pas contactĂ©e ! J’ai couvert 27 hivers, la crise du lait, l’ouverture du McDo de Pontarlier, et pas un mot. »

GisĂšle, du tabac-presse de Morteau

Elle lĂšve les yeux au ciel. « Qu’ils viennent faire un duplex sans rĂ©seau entre Chapelle-d’Huin et Le Souillot, on verra comment ils sourient. »

TF1 reste muette, le Haut-Doubs bougonne

Du cĂŽtĂ© de TF1, silence radio. Une source officieuse Ă©voque un « lĂ©ger dĂ©calage de ton » entre GisĂšle et la ligne Ă©ditoriale. Comprenez : trop de charentaises, pas assez de brushing. « Elle voulait imposer un gĂ©nĂ©rique Ă  l’accordĂ©on et une rubrique sur les recettes au ComtĂ© », glisse-t-on. « La direction a trouvĂ© ça trop segmentant. »

Dans le Haut-Doubs, on appelle ça ĂȘtre cohĂ©rent.

Et maintenant ? Le 13h sous surveillance populaire

Les tĂ©lĂ©s restent allumĂ©es, mais l’enthousiasme est refroidi.

« Isabelle, elle est souriante, rien Ă  dire », admet Ginette, 83 ans. « Mais elle prononce “Levier” comme “le vieil homme”. Et elle a confondu “Montlebon” avec “Montauban”. GisĂšle, elle, elle aurait fait une grimace rien qu’en entendant ça. »

Les anciens espĂšrent encore. Un petit rĂŽle pour GisĂšle ? Une chronique des cantons oubliĂ©s ? Une rubrique « nouvelles du Haut-Doubs » ? Mais pour l’instant, rien.

Et GisĂšle de conclure, depuis sa cuisine :

« De toute façon, moi je suis prĂȘte. S’ils m’appellent demain, je leur balance direct un sujet sur les mĂ©saventures d’un renard coincĂ© dans un tracteur Ă  Vercel. Avec tĂ©moignage et transition douce vers la mĂ©tĂ©o. »

GisĂšle derriĂšre son comptoir du tabac presse de Morteau, Ă  13h pile
Avec TF1, GisĂšle dĂ©couvre la cruautĂ© audiovisuelle : mĂȘme le 13h peut ignorer une voix pourtant validĂ©e par Morteau.

Peut-ĂȘtre que notre RĂ©daction pourrait envisager sereinement de recruter GisĂšle ?

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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