🛑 Taxe sur le scroll : STOP, les socialistes ont trouvĂ© le bouton « € »

Budget 2027 : Ă  deux milliards d’économies abandonnĂ©es par jour, tout disparaĂźtrait le 2 novembre. Les chrysanthĂšmes sont prĂȘts, le pognonier aussi.

STOP ! ArrĂȘtez de scroller ! Non, nous n’allons pas vous vendre une crĂšme miracle, une mĂ©thode pour devenir riche en dormant ou la formation que les millionnaires veulent vous cacher. Cette fois, le piĂšge Ă  clics est parlementaire : les socialistes ont fait adopter une taxe sur les donnĂ©es qui dĂ©filent sur vos Ă©crans, une taxe sur le scroll et les autres flux que vous accueillez gentiment chez vous. Bienvenue dans l’ùre du scroll fiscal.

Vous connaissez ces publicitĂ©s qui interrompent votre fil d’actualitĂ© avec un « STOP ! » en lettres gĂ©antes ? Nous aussi. La diffĂ©rence, c’est qu’ici, personne ne promet de vous faire perdre dix kilos en sept jours. On parle plutĂŽt de faire gagner jusqu’à 10 milliards d’euros par an Ă  l’État.

Vendredi 30 octobre 2026, les dĂ©putĂ©s ont adoptĂ© l’amendement socialiste n° I-1358 au projet de budget 2027 : 11 voix pour, 10 contre, 14 abstentions, soit 35 votants d’aprĂšs le scrutin public officiel. Une victoire Ă  la Pyrrhus — ou Ă  la Cahuzac, c’est selon — remportĂ©e par 11 voix favorables dans une AssemblĂ©e comptant 577 siĂšges. Le gigaoctet pĂšse soudain plus lourd que le dĂ©putĂ©, sauf exception.

đŸ“± Taxe sur le scroll : 5,5 centimes par gigaoctet

La mĂ©canique est simple sur le papier. Quand vous regardez des vidĂ©os, faites dĂ©filer Instagram, lancez Netflix ou tĂ©lĂ©chargez du contenu, des donnĂ©es vous sont envoyĂ©es. C’est pareil quand vous lisez les frasques de DjĂ€ysonne dans les colonnes de L’Ouest RĂ©publicain. Eh oui, mĂȘme les Ăąneries de notre stagiaire consomment de la bande passante.

Et quand Internet tombe, plus de frasques du tout : la panne Free qui a touchĂ© le Haut-Doubs nous avait dĂ©jĂ  permis de mesurer combien la vie numĂ©rique dĂ©pend d’un tuyau qui fonctionne.

Les socialistes proposent de taxer les entreprises qui Ă©mettent ces donnĂ©es Ă  hauteur de 0,055 € par gigaoctet, et non les utilisateurs qui les reçoivent.

Les fournisseurs d’accĂšs Ă  Internet seraient chargĂ©s de mesurer les volumes acheminĂ©s et d’identifier les entreprises Ă©mettrices, dans un dispositif annoncĂ© comme anonymisĂ© et supervisĂ© par l’Arcep et le fisc. Le texte prĂ©voit Ă©galement un plafonnement de la taxe en fonction du chiffre d’affaires des entreprises.

Prenons le chiffre de 500 Go par mois citĂ© dans le dĂ©bat public. Une multiplication donne 27,50 € : c’est le montant thĂ©orique associĂ© Ă  500 Go de flux imposables avant plafonnement, Ă  la charge des fournisseurs de contenus.

Ce ne sont pas 27,50 € automatiquement ajoutĂ©s Ă  la facture du foyer. Pas davantage 330 € de nouvelle taxe personnelle annuelle. Le pouce n’a pas encore sa dĂ©claration fiscale.

STOP ! Les socialistes veulent taxer les gigaoctets envoyés par les plateformes. Qui paiera vraiment la taxe sur le scroll ?

🍿 Dix minutes de scroll ou un film Netflix ?

Dix minutes Ă  faire dĂ©filer des photos, Ă  raison d’une toutes les dix secondes : cela fait 60 images. En prenant une hypothĂšse volontairement gĂ©nĂ©reuse de 0,0005 € par image, l’addition virtuelle atteint 3 centimes pour dix minutes de scroll. Ce n’est pas un prix facturĂ© aux utilisateurs, ni un tarif fixe par photo : une image n’a pas toujours le mĂȘme poids, et les plateformes compressent et mettent des fichiers en cache.

Un film de 1 h 30 sur Netflix en 4K ? Netflix indique jusqu’à 7 Go par heure en ultra haute dĂ©finition. Dans cette hypothĂšse haute, cela reprĂ©sente 10,5 Go, soit environ 58 centimes de contribution thĂ©orique. L’apĂ©ro du canapĂ© vient d’entrer dans la comptabilitĂ© nationale. LĂ  encore, il ne s’agit pas d’un supplĂ©ment de 58 centimes annoncĂ© sur l’abonnement.

đŸ—œïž Compresser les images et les vidĂ©os : merci, c’est dĂ©jĂ  fait

La taxe sur le scroll aurait, assurent ses auteurs, une autre vertu : pousser les plateformes Ă  compresser les images et les vidĂ©os pour rĂ©duire les volumes transmis. Dans l’exposĂ© des motifs de l’amendement, ils vont mĂȘme jusqu’à expliquer que les entreprises ne le feraient pas encore, les rĂ©seaux fonctionnant pour elles comme un « tuyau sans limite de volume ».

Petit problĂšme : Meta dĂ©taille l’utilisation du codec AV1 pour les Reels Facebook et Instagram dĂšs 2022. Et Netflix expliquait fin 2025 qu’AV1 reprĂ©sentait environ 30 % de ses visionnages, avec moins de donnĂ©es consommĂ©es Ă  qualitĂ© comparable. Pour les photos, les formats WebP et AVIF ne sont pas prĂ©cisĂ©ment des inventions du week-end. Bref, les ingĂ©nieurs n’ont pas attendu un amendement du vendredi pour dĂ©couvrir la compression.

Le tout sans produire des horreurs comme ici, pour le plus grand bonheur des utilisateurs. Vous reprendrez bien un modem 56k et la tĂ©lĂ© en noir et blanc avec, c’est offert de bon cƓur.

STOP ! Les socialistes veulent taxer les gigaoctets envoyés par les plateformes. Qui paiera vraiment la taxe sur le scroll ?

Moins de gigaoctets transmis, c’est mĂ©caniquement moins de taxe avant plafonnement. Une compression plus efficace peut conserver une excellente qualitĂ©. Mais si l’on finit par Ă©conomiser des donnĂ©es en diminuant le dĂ©bit ou la dĂ©finition, le spectateur risque de le voir Ă  l’écran.

À force de vouloir taxer les pixels, on finira peut-ĂȘtre par regarder Netflix en qualitĂ© Minitel. Et lĂ , mĂȘme GĂ©rard Poncet demandera le remboursement de son abonnement.

Ces arbitrages comptent aussi pour nos calculs : les 3 centimes de scroll restent une simulation volontairement majorée, pas le prix réel de 60 images servies par Instagram. Et les 58 centimes du film en 4K correspondent à la consommation maximale retenue, non à tous les films visionnés.

đŸ’¶ « C’est gratuit », donc personne ne paie ?

Le meilleur moment est arrivĂ© pendant les dĂ©bats Ă  l’AssemblĂ©e. Le dĂ©putĂ© socialiste Laurent Lhardit, auteur de l’amendement, s’est demandĂ© comment une telle taxe pourrait ĂȘtre rĂ©percutĂ©e sur les utilisateurs de Facebook, Instagram ou TikTok, puisque ces services sont gratuits.

Les professionnels de la publicité viennent de renverser leur café.

Jacques SĂ©guĂ©la avait fixĂ© le niveau de rĂ©ussite sociale Ă  la Rolex. Chez nous, GĂ©rard Poncet l’a placĂ© Ă  son poids en Mont d’Or. Visiblement, Ă  l’AssemblĂ©e, le marketing n’a toujours pas passĂ© le contrĂŽle technique.

Gratuit Ă  l’entrĂ©e ne signifie pas gratuit Ă  produire, ni dĂ©pourvu de modĂšle Ă©conomique : les rĂ©seaux sociaux vivent notamment de la publicitĂ©. Nous avions dĂ©jĂ  dĂ©taillĂ© comment un appel lancĂ© sur TikTok pouvait devenir viral. Cette diffusion reprĂ©sente de l’attention, de l’audience et, potentiellement, des recettes publicitaires.

La taxe pourrait ĂȘtre absorbĂ©e dans les marges, modifier les tarifs publicitaires, encourager la compression ou se retrouver en partie dans certains abonnements. Ce sont des possibilitĂ©s, pas des hausses dĂ©jĂ  annoncĂ©es.

STOP ! Les socialistes veulent taxer les gigaoctets envoyés par les plateformes. Qui paiera vraiment la taxe sur le scroll ?

L’objectif de mieux faire contribuer les multinationales du numĂ©rique peut se discuter sĂ©rieusement ; encore faut-il prouver que le poids des fichiers est la meilleure base pour le faire.

🌳 Dix milliards attendus : un nouveau pognonier ?

Les auteurs de l’amendement tablent sur environ 10 milliards d’euros de recettes annuelles. VoilĂ  qui aurait mĂ©ritĂ© de figurer dans notre manuel de culture du Pognonier : planter une taxe, arroser de gigaoctets, rĂ©colter des milliards. Delphine Hans-Public insiste toutefois sur un dĂ©tail : un rendement projetĂ© n’est pas une recette encaissĂ©e.

« Si Ă  50 ans on n’a pas mangĂ© son poids en Mont d’Or, on a quand mĂȘme ratĂ© sa vie. »

Gérard Poncet, publicitaire pionnier

L’arbre pousse prĂ©cisĂ©ment au milieu de la discussion sur le budget 2027 et les 54 milliards d’économies annoncĂ©es. AprĂšs avoir regardĂ© les Ă©conomies s’envoler, voilĂ  qu’on promet de faire entrer 10 milliards par les tuyaux d’Internet. Il faudra quand mĂȘme vĂ©rifier le dĂ©bit du robinet.

Sur le plan environnemental, diminuer les volumes de donnĂ©es peut prĂ©senter un intĂ©rĂȘt, sans que le nombre de gigaoctets constitue Ă  lui seul un bilan Ă©cologique. Le poids du fichier ne mesure pas non plus l’intĂ©rĂȘt du contenu. Notre article sur la recherche en ligne et les contenus fabriquĂ©s par IA rappelait dĂ©jĂ  qu’un fichier trĂšs convaincant n’est pas forcĂ©ment une information trĂšs fiable. On ne taxera pas les pixels selon leur degrĂ© d’intelligence.

Et la rĂ©daction de l’amendement ne se limite pas nominalement aux cinq gĂ©ants qu’elle cite. Un petit Ă©diteur peut Ă©galement envoyer des donnĂ©es : il faudra voir comment les rĂšgles, les plafonds et les modalitĂ©s d’application s’articuleraient pour chacun. L’Ouest RĂ©publicain se demande dĂ©sormais s’il lui faut retirer la photo de DjĂ€ysonne. GisĂšle assure qu’elle aurait dĂ» le faire depuis longtemps.

đŸ§Ÿ Vous pouvez reprendre votre scroll. Pour l’instant.

Attention : l’adoption d’un amendement n’est pas une loi dĂ©finitivement votĂ©e. La mesure peut encore ĂȘtre modifiĂ©e ou supprimĂ©e avant la fin de l’examen du budget 2027. Aucune disposition ne prĂ©voit de facturer chaque mouvement de pouce Ă  l’internaute.

Pour ce samedi, nous avions seulement une raison sĂ©rieuse de vous interrompre au milieu de vos vidĂ©os de chats. Vous pouvez reprendre votre scroll : nous ne vous demanderons ni votre carte bancaire, ni votre adresse mail pour dĂ©couvrir la suite. Et, pour une fois, la publicitĂ© n’était pas mensongĂšre : quelqu’un a vraiment proposĂ© de taxer les gigaoctets.

Paul Emique
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