🚹 Bruno Retailleau : la RĂ©publique en danger, sauvetage aprĂšs l’élection

Bruno Retailleau veut sauver la RĂ©publique avec une charte soumise Ă  rĂ©fĂ©rendum aprĂšs son Ă©lection. Le soir, il rĂ©clame l’état d’urgence.

Bruno Retailleau veut une République qui contre-attaque. Dans un communiqué daté du dimanche 18 octobre, consacré aux violences du 17 octobre, il propose blindés, prison et accÚs aux messageries cryptées. Le tout doit prendre place dans une charte constitutionnelle soumise à référendum aprÚs son élection à la présidence.

Le soir mĂȘme, il rĂ©clame Ă  Emmanuel Macron de dĂ©crĂ©ter l’état d’urgence. Pour l’intervention immĂ©diate, appeler le prĂ©sident en place. Pour le changement de systĂšme, Ă©lire le suivant.

On avait ouvert un communiquĂ© de presse sur l’ordre public. On l’a refermĂ© avec l’impression d’avoir reçu un prospectus Ă©lectoral accompagnĂ© d’un canon Ă  eau. Entre les deux, la RĂ©publique a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e en danger, ses ennemis intĂ©rieurs recensĂ©s et les conditions de sa remise en service prĂ©cisĂ©es. Il faudra d’abord passer par l’isoloir. Pour le service aprĂšs-vente, conserver son bulletin.

🚔 Bruno Retailleau sort les grands moyens du catalogue

Le texte commence par un soutien aux prĂ©fets, aux personnels de l’État, aux policiers et aux gendarmes, avec une pensĂ©e pour les blessĂ©s. Puis Bruno Retailleau rĂ©clame un changement de systĂšme dans la conception de l’ordre public. Le programme ne s’embarrasse pas d’un stage de cohĂ©sion avec paperboard : dĂ©ploiement visible de blindĂ©s et de canons Ă  eau, prĂ©somption de lĂ©gitimitĂ© de l’usage de la force, davantage d’interpellations et extension des pouvoirs des polices municipales.

« Moi, j’ai sorti la pelle pour nettoyer les dĂ©gĂąts. Lui, il a sorti le programme pour rĂ©cupĂ©rer les voix. On ne ramasse pas les mĂȘmes choses »

Gérard Poncet, plus régalien que Ronald Reagan

Il propose Ă©galement d’autoriser systĂ©matiquement le recours aux armes de maintien de l’ordre qu’il Ă©numĂšre — LBD, grenades et taser — face aux casseurs et aux Ă©meutiers. À ce stade de la lecture, GisĂšle a posĂ© le communiquĂ© Ă  cĂŽtĂ© de son cafĂ© pour vĂ©rifier qu’il ne vibrait pas.

« Au tabac-presse, quand on recevait un catalogue aussi Ă©quipĂ©, c’était pour remplacer le coffre-fort. LĂ , apparemment, c’est pour remplacer le prĂ©sident », nous confie, intriguĂ©e, GisĂšle, ancienne du tabac-presse de Morteau.

🔹 « Casser les casseurs », le devis tient en trois mots

La deuxiĂšme orientation porte un titre qui ferait une excellente enseigne pour une entreprise de dĂ©molition : « Casser les casseurs ». Bruno Retailleau y demande d’engager la responsabilitĂ© civile et pĂ©nale des fauteurs de troubles pour les dommages causĂ©s, d’instaurer des peines incompressibles privatives de libertĂ© pour les violences et les pillages, de systĂ©matiser les trĂšs courtes peines de prison et d’abaisser la majoritĂ© pĂ©nale Ă  15 ans.

Le communiquĂ© Ă©nonce les mesures. Il ne dĂ©taille pas leur mise en Ɠuvre, leurs moyens ni leur articulation. Il faut dire qu’avec un slogan pareil, ajouter une annexe technique casserait un peu l’ambiance. On imagine mal la foule reprendre en chƓur « sous rĂ©serve du calendrier de dĂ©ploiement et des capacitĂ©s disponibles ».

Bruno Retailleau veut sauver la RĂ©publique avec une charte soumise Ă  rĂ©fĂ©rendum aprĂšs son Ă©lection. Le soir, il rĂ©clame l’état d’urgence.
DjĂ€ysonne, stagiaire Ă  L’Ouest RĂ©publicain, inquiet de la possible responsabilitĂ© pĂ©nale dĂšs 15 ans

DjĂ€ysonne, 14 ans, a surtout repĂ©rĂ© la ligne sur les 15 ans. Notre stagiaire avait prĂ©vu de demander un nouveau casque pour son anniversaire. Il rĂ©clame dĂ©sormais qu’on lui laisse le temps de lire les programmes avant de souffler les bougies. Carine Terre-Vioux lui a rappelĂ© qu’un communiquĂ© n’était pas une loi. Il a paru rassurĂ©, puis a demandĂ© pourquoi ça ressemblait autant Ă  une convocation, avant de se jurer d’ouvrir ses oreilles en cours d’EMC.

đŸ“± Les messageries aussi sont priĂ©es de se tenir Ă  carreau

Pour « rĂ©armer l’État », Bruno Retailleau propose de donner aux services de renseignement accĂšs aux messageries cryptĂ©es utilisĂ©es par les casseurs, les voyous et les dĂ©linquants, et de pouvoir couper ces messageries lorsqu’elles servent Ă  organiser des violences. Il rĂ©clame Ă©galement l’expulsion systĂ©matique des fauteurs de troubles Ă©trangers.

Sur les messageries, le texte donne la destination sans fournir le mode d’emploi : quel accĂšs, quelle coupure, quel pĂ©rimĂštre ? Rien de tout cela n’est prĂ©cisĂ© dans ce communiquĂ©. Le lecteur dispose donc du bouton rouge, mais pas encore de la notice. C’est dommage : dans le Haut-Doubs, on aime savoir ce qu’on dĂ©branche avant que le congĂ©lateur ne commence Ă  dĂ©congeler. Sauf Ă  Mouthe.

GisĂšle a demandĂ© si son groupe familial survivrait Ă  l’opĂ©ration. Il s’y organise rĂ©guliĂšrement des violences contre l’orthographe, mais aucune autoritĂ© compĂ©tente n’a encore dĂ©terminĂ© si les messages « bon lundi Ă  tous » accompagnĂ©s de huit roses clignotantes relevaient de l’ennemi intĂ©rieur.

đŸ—łïž Pour dĂ©bloquer la contre-attaque, veuillez Ă©lire le candidat

Et puis arrive la phrase qui transforme l’alerte nationale en rendez-vous de campagne. Ce rĂ©armement, annonce Bruno Retailleau, sera inscrit dans une « charte constitutionnelle de l’ordre rĂ©publicain », approuvĂ©e par un rĂ©fĂ©rendum qu’il soumettra aux Français « dĂšs l’élection Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique ».

VoilĂ  donc le calendrier. Le danger est immĂ©diat ; le grand remĂšde promis dĂ©pend d’une victoire Ă©lectorale, puis d’une consultation populaire. Le communiquĂ© ne dit pas qu’il faudrait cesser d’agir entre-temps. Mais pour le changement total de systĂšme annoncĂ© en ouverture, il dĂ©signe trĂšs clairement la porte d’entrĂ©e : l’ÉlysĂ©e, avec son auteur Ă  l’intĂ©rieur.

La ficelle a l’avantage d’ĂȘtre robuste. Si vous ĂȘtes inquiet, le candidat possĂšde la solution. Si vous ĂȘtes trĂšs inquiet, raison de plus pour l’élire. Et si vous demandez quand elle arrive, la rĂ©ponse figure juste aprĂšs le bon de commande dĂ©mocratique.

Bruno Retailleau veut sauver la RĂ©publique avec une charte soumise Ă  rĂ©fĂ©rendum aprĂšs son Ă©lection. Le soir, il rĂ©clame l’état d’urgence.

« On nous explique que la maison brĂ»le, puis on nous demande de voter pour le futur chef de caserne. Les gens qui ont encore de la fumĂ©e dans la boutique apprĂ©cieront le calendrier. » ironise Carine Terre-Vioux, plume de L’OR.

đŸ“ș AprĂšs l’allocution, le meuble tĂ©lĂ© ne suffit plus

Dimanche soir, aprĂšs l’allocution prĂ©sidentielle, Bruno Retailleau ajoute un Ă©tage Ă  son dispositif. Dans un message publiĂ© sur X Ă  20 h 26, il juge l’intervention d’Emmanuel Macron « trĂšs inquiĂ©tante » et le prĂ©sident « totalement dĂ©passĂ© », incapable selon lui d’opposer la force de l’État Ă  la « chienlit ». Il lui demande de prendre ses responsabilitĂ©s et de dĂ©crĂ©ter l’état d’urgence pour protĂ©ger les Français.

À L’OR, on avait surtout retenu le meuble tĂ©lĂ©.

Retailleau emploie un vocabulaire plus institutionnel, mais, Ă  le lire, il n’a pas davantage Ă©tĂ© convaincu par ce qui passait au-dessus. GisĂšle a mĂȘme vĂ©rifiĂ© les piles de la tĂ©lĂ©commande : elle voulait ĂȘtre certaine que cette impression d’immobilitĂ© ne venait pas de chez elle.

PrĂ©cisons donc le partage des tĂąches : Retailleau ne propose pas d’attendre son Ă©lection pour toute action. Il rĂ©clame une dĂ©cision immĂ©diate au prĂ©sident actuel, tout en rĂ©servant son grand rĂ©armement constitutionnel Ă  sa propre arrivĂ©e Ă  l’ÉlysĂ©e.

À Macron l’état d’urgence ; Ă  Retailleau l’état des lieux avant emmĂ©nagement.

« Il demande au locataire de rĂ©parer la porte et rappelle qu’il est disponible pour reprendre le bail. Au moins, la visite n’aura pas Ă©tĂ© perdue et l’Ă©tat des lieux sera rapide » commente GisĂšle, jointe Ă  un comptoir.

đŸ§č GĂ©rard Poncet prĂ©fĂšre ramasser avant de se prĂ©senter

Dans le gouvernement du Mouvement du Haut-Doubs – Gens Authentiques, GĂ©rard Poncet accueille cette concurrence avec la cordialitĂ© d’un chasse-neige dĂ©couvrant une voiture garĂ©e en travers. Lui qui ambitionne le ministĂšre de l’IntĂ©rieur et de la PropretĂ© des dalles estime que l’ordre commence par libĂ©rer le trottoir.

« Moi, j’ai sorti la pelle pour nettoyer les dĂ©gĂąts. Lui, il a sorti le programme pour rĂ©cupĂ©rer les voix. On ne ramasse pas les mĂȘmes choses » s’inquiĂšte-t-il.

GĂ©gĂ© prĂ©cise que sa pelle fonctionne sans rĂ©fĂ©rendum, que son balai n’exige aucune rĂ©vision constitutionnelle et qu’il accepte de commencer avant la proclamation des rĂ©sultats. Une mĂ©thode dangereusement improvisĂ©e : on risquerait de constater un rĂ©sultat avant d’avoir installĂ© le candidat.

En attendant, la République est priée de tenir bon. Bruno Retailleau a les mesures, les formules et le titre du futur texte. Il lui manque encore les clés. GisÚle, qui a fermé son commerce assez souvent pour connaßtre la différence entre une urgence et une réservation, propose une affichette : « Sauvetage de la République : ouverture aprÚs élection. »

Paul Emique
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