🌳 Mélenchon met 60 milliards sur le logement : reste à trouver où construire

À l’approche de 2027, le pognonier prolifère. Delphine Hans-Public passe les premières promesses économiques des candidats au pognonomètre.

Jean-Luc Mélenchon promet 12 milliards d’euros supplémentaires d’investissement public par an pour le logement et le bâtiment. Sur un quinquennat, le pognonomètre affiche donc 60 milliards, soit environ un demi-Bernard Arnault dans l’unité de mesure officielle de L’OR.

Reste un petit détail : pour construire des logements, il faut aussi du foncier. Et celui-là ne pousse pas sur le pognonier.

🌳 12 milliards par an : le pognonier immobilier est planté par Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a profité vendredi 25 septembre d’une visite dans un centre de formation aux métiers du bâtiment à Noisy-le-Grand pour dévoiler les grandes lignes du plan logement que La France insoumise doit détailler ce lundi.

Objectif affiché : 400 000 logements par an, dans le cadre d’une « planification pluriannuelle et territorialisée ». Pour y parvenir, LFI prévoit notamment 12 milliards d’euros supplémentaires d’investissements de l’État chaque année dans le logement et le BTP.

Djäysonne a sorti la calculatrice. 12 milliards multipliés par cinq ans : 60 milliards d’euros sur un quinquennat.

Soit, dans le système métrique désormais utilisé par le service économie de L’Ouest Républicain, environ un demi-BA.

Donald K. Marx nous rappelle toutefois que, rapporté au PIB, ce n’est probablement pas énorme.

Delphine Hans-Public, elle, a simplement sorti le pognonomètre.

À ce stade, les premiers éléments rendus publics présentent bien ces 12 milliards comme des investissements supplémentaires. Il faudra néanmoins attendre le plan détaillé pour savoir quelles recettes ou économies LFI entend mettre précisément en face et donc connaître le coût réellement non financé.

Mélenchon sort un pognonier de 60Md€ pour le logement. Reste à trouver le foncier disponible là où il y en a besoin

🏗️ 400 000 logements : un objectif qui en rappelle un autre

La promesse a d’ailleurs quelque chose de familier.

Le gouvernement vise lui aussi 400 000 logements construits par an, soit deux millions d’ici 2030. Son plan Relance logement combine notamment incitations fiscales à l’investissement privé, logement social et assouplissements réglementaires.

La différence porte donc moins sur le chiffre magique que sur la méthode permettant de l’atteindre.

LFI prévoit notamment que plus de 35 % des logements annoncés proviennent de la mobilisation du parc existant, grâce aux logements vacants, aux réquisitions ou aux changements d’usage. Cela réduit mécaniquement la part devant sortir réellement de terre.

Mais même ainsi, demeure une matière première que ni une loi de finances ni un plan quinquennal ne peuvent fabriquer : l’emplacement où mettre les logements dont on a besoin.

🏡 Le foncier ne pousse pas sur le pognonier

C’est déjà le problème que nous avions rencontré en nous penchant sur le financement du logement par le Livret A.

Injecter davantage d’argent peut rendre davantage d’opérations finançables. Cela ne crée pas automatiquement des terrains disponibles au bon endroit, au bon prix et au moment où les habitants en ont besoin.

Et le problème est plus subtil qu’un simple « il suffit de supprimer le ZAN ».

Une mission conjointe de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable a justement étudié en 2026 les conséquences économiques de la sobriété foncière. Sa conclusion n’est pas que le ZAN empêcherait mécaniquement de construire.

En revanche, il transforme profondément l’économie de l’aménagement.

Construire davantage sans poursuivre indéfiniment l’étalement urbain suppose de densifier, recycler des friches, réhabiliter du bâti dégradé et assurer parfois pendant longtemps le portage du foncier. Et tout cela peut coûter plus cher que d’étendre tranquillement une commune sur un champ voisin.

Même un ZAN assoupli ne résout donc pas l’équation d’un claquement de doigts.

Un terrain peut exister sans être disponible. Être disponible sans être constructible. Être constructible mais beaucoup trop cher. Ou être parfaitement constructible à un endroit où personne n’a particulièrement besoin de 200 logements supplémentaires.

Le foncier immobilier possède cette désagréable particularité : il est immobile.

🏘️ L’argent finance les logements, pas leur adresse

C’est là que l’objectif de 400 000 logements devient beaucoup plus intéressant que son seul coût budgétaire.

La France n’a pas simplement besoin d’un nombre national de logements. Elle a besoin de logements là où se trouvent les besoins : bassins d’emploi, grandes métropoles, zones touristiques, secteurs frontaliers ou territoires dans lesquels les prix ont décroché des revenus.

Dans le Haut-Doubs, on connaît assez bien le problème.

Vous pouvez augmenter les capacités de financement d’un bailleur, mobiliser l’épargne ou voter une subvention supplémentaire : cela ne fait pas apparaître spontanément un terrain abordable à Pontarlier, Morteau ou dans une commune frontalière où le foncier est déjà sous pression.

Le Sénat souligne d’ailleurs lui-même l’intérêt de dispositifs comme le bail réel solidaire précisément parce qu’ils permettent de dissocier le prix du terrain de celui du logement ; selon son rapport budgétaire, cette séparation peut réduire le prix d’acquisition de 20 à 40 % selon les secteurs.

Autrement dit, le terrain n’est pas un détail du financement du logement.

Il en est une partie du problème.

💶 Un demi-BA cherche donc un terrain

Les 12 milliards supplémentaires promis chaque année par Jean-Luc Mélenchon peuvent financer des constructions, des rénovations, des bailleurs ou des opérations que le marché ne réaliserait pas seul.

Sur cinq ans, 60 milliards d’euros, ce n’est évidemment pas rien. Mais le véritable test du plan ne sera pas seulement de savoir où LFI trouve son demi-BA.

Il faudra aussi regarder combien de logements supplémentaires ces milliards permettent effectivement de produire, combien proviennent réellement du parc vacant, et surtout comment la « planification territorialisée » annoncée compte résoudre la question du foncier dans les endroits où il est rare, cher et disputé.

Car même avec beaucoup d’engrais budgétaire, il existe encore une chose que le pognonier ne produit pas.

Des mètres carrés de terrain.

Paul Emique
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