La France peut souffler : selon PISA 2025, nos Ă©lĂšves restent globalement dans la moyenne de lâOCDE. Il suffit simplement dâoublier de prĂ©ciser que leurs rĂ©sultats baissent encore en mathĂ©matiques et en comprĂ©hension de lâĂ©crit, que lâOCDE vient elle-mĂȘme dâenregistrer ses plus mauvais scores historiques et quâun tiers des jeunes Français nâatteint mĂȘme plus le niveau de base dans certaines matiĂšres. Une mĂ©thode statistique assez pratique : quand toute la classe se prend une mauvaise note, il suffit de rester au milieu.
đ° Dans cet article
đ PISA 2025 : une moyenne qui descend avec nous
Les rĂ©sultats de PISA 2025 ont Ă©tĂ© publiĂ©s ce mardi 8 septembre. Cette vaste enquĂȘte de lâOCDE Ă©value les compĂ©tences des Ă©lĂšves de 15 ans dans plusieurs dizaines de pays.
En France, les scores atteignent 458 points en mathĂ©matiques, 456 en comprĂ©hension de lâĂ©crit et 483 en sciences.
Par rapport Ă 2022, cela reprĂ©sente une baisse de 16 points en maths et de 18 points en lecture. En sciences, le recul de 4 points nâest pas statistiquement significatif.
VoilĂ pour la partie oĂč lâon commence Ă chercher le Doliprane.
LâOCDE constate dâailleurs elle-mĂȘme que les performances françaises de 2025 figurent parmi les plus faibles jamais enregistrĂ©es par PISA dans les trois domaines.
Heureusement, il existe un remĂšde statistique extrĂȘmement efficace contre la dĂ©pression nationale : regarder les voisins.
La moyenne de lâOCDE sâĂ©tablit dĂ©sormais Ă 463 points en mathĂ©matiques et 461 en lecture. Elle a elle aussi plongĂ© : -9 points en maths et environ -14 en comprĂ©hension de lâĂ©crit depuis 2022.
La France reste donc statistiquement dans le groupe de la moyenne.
C’est un peu comme obtenir 8/20 aprĂšs avoir eu 10 l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, puis dĂ©couvrir que la moyenne de la classe est passĂ©e de 11 Ă 8,5.
On nâa pas progressĂ©. Mais la rĂ©union parents-profs sera plus facile Ă vendre.
â Un Ă©lĂšve sur trois sous le niveau de base
La moyenne a surtout le défaut de masquer ce qui se passe derriÚre. En mathématiques, seulement 64 % des élÚves français atteignent au moins le niveau 2 de PISA, considéré comme le niveau de compétence de base.
Autrement dit, environ 36 % ne lâatteignent pas.
En comprĂ©hension de lâĂ©crit, 67 % atteignent ce seuil : environ un tiers reste donc en dessous.
En sciences, la situation est un peu meilleure : 74 % atteignent le niveau de base, soit Ă peu prĂšs exactement la moyenne de lâOCDE.
« Une baisse des rĂ©sultats commune Ă lâOCDE, un relĂšvement Ă poursuivre »
MinistĂšre de l’Ăducation Nationale – DĂ©partement des statistiques
Ă lâautre bout du tableau, seuls 5 % des Ă©lĂšves français sont considĂ©rĂ©s comme trĂšs performants en mathĂ©matiques, contre 8 % dans lâOCDE. MĂȘme proportion de 5 % pour les meilleurs lecteurs.
On ne se contente donc pas dâavoir beaucoup dâĂ©lĂšves en difficultĂ©. On produit Ă©galement assez peu de trĂšs bons rĂ©sultats.
à Singapour, 37 % des élÚves atteignent les deux meilleurs niveaux en maths.
Nous pourrions demander leur mĂ©thode. Ou organiser un groupe de travail pour rĂ©flĂ©chir Ă lâopportunitĂ© dâune mission destinĂ©e Ă prĂ©parer la crĂ©ation dâune commission chargĂ©e dâĂ©tudier leur mĂ©thode.
âïž LâĂ©galitĂ© progresse : les meilleurs baissent
Il existe cependant une formidable nouvelle sociale. En sciences, les 25 % des élÚves français les plus favorisés devancent les 25 % les plus défavorisés de 100 points.
Câest encore beaucoup : la diffĂ©rence nâest « que » de 85 points en moyenne dans lâOCDE. Mais cet Ă©cart sâest rĂ©duit depuis 2015.
Enfin une bonne nouvelle ? Pas exactement.
LâOCDE prĂ©cise que, sur la pĂ©riode, les performances des Ă©lĂšves dĂ©favorisĂ©s sont restĂ©es stables tandis que celles des Ă©lĂšves favorisĂ©s ont baissĂ©.
L’Ă©cart s’est donc rĂ©duit parce que ceux d’en haut se rapprochent de ceux d’en bas.
LâOuest RĂ©publicain est heureux de vous prĂ©senter lâĂ©galitĂ© des chances par nivellement gravitationnel. Le procĂ©dĂ© prĂ©sente en plus un avantage considĂ©rable : il Ă©vite dâavoir Ă faire progresser qui que ce soit.
đ± Les tĂ©lĂ©phones ne semblent pas aider Ă rĂ©soudre les Ă©quations
PISA sâest aussi intĂ©ressĂ© aux conditions dans lesquelles les Ă©lĂšves essaient dâapprendre.
Et lâon dĂ©couvre avec stupeur quâun adolescent consultant autre chose que son cours pendant son cours apprend gĂ©nĂ©ralement moins bien son cours.
En France, 26 % des élÚves disent que leurs camarades sont souvent distraits par des appareils numériques pendant la plupart ou la totalité des cours de sciences.
Les élÚves déclarant cette distraction obtiennent, toutes choses comparables sur le plan socio-économique, 24 points de moins en sciences que ceux qui ne la signalent pas.
Dans lâOCDE, la diffĂ©rence moyenne nâest que de 11 points.
PISA apporte donc quelques arguments au principe consistant à éloigner les téléphones des élÚves pendant les cours.
Cela ne signifie toujours pas qu’il soit indispensable dâacheter des housses sophistiquĂ©es pour obtenir le mĂȘme rĂ©sultat quâun rĂšglement intĂ©rieur, un casier ou une boĂźte. Nos lecteurs haut-savoyards comprendront.
En 2025, seuls 27 % des Ă©lĂšves français interrogĂ©s Ă©taient dâailleurs scolarisĂ©s dans des Ă©tablissements interdisant le tĂ©lĂ©phone dans leur enceinte, contre 49 % dans lâOCDE.
Depuis, la France a dĂ©cidĂ© dâĂ©tendre lâinterdiction jusquâau lycĂ©e.
Nous disposerons donc lors du prochain PISA dâun excellent moyen de savoir si le problĂšme Ă©tait uniquement le tĂ©lĂ©phone.
Nous avons une intuition.
đŁïž Bruit, agitation et Ă©lĂšves qui nâĂ©coutent pas
Le tĂ©lĂ©phone nâest effectivement pas seul Ă ĂȘtre mentionnĂ©.
47 % des Ă©lĂšves français interrogĂ©s indiquent que le bruit et lâagitation perturbent la plupart ou la totalitĂ© de leurs cours de sciences.
La moyenne OCDE est de 31 %.
37 % expliquent que leurs camarades nâĂ©coutent pas ce que dit le professeur, contre 29 % dans lâOCDE.
Et 23 % déclarent ne pas pouvoir travailler correctement pendant la plupart ou tous leurs cours.
Pour ceux qui aiment les dĂ©bats Ă©ducatifs sophistiquĂ©s, PISA vient donc de dĂ©couvrir une hypothĂšse rĂ©volutionnaire : il semblerait quâune classe dans laquelle on peut entendre le professeur soit lĂ©gĂšrement plus propice aux apprentissages.

La recherche avance.
đ€ ChatGPT est dĂ©jĂ dans la classe
Ăvidemment, PISA 2025 ne pouvait pas Ă©viter lâintelligence artificielle.
37 % des Ă©lĂšves français dĂ©clarent utiliser au moins une fois par semaine un chatbot reposant sur lâIA pour les aider Ă apprendre.
29 % lâutilisent pour effectuer une recherche prĂ©liminaire sur un sujet, 21 % pour rĂ©sumer un texte Ă lire et 23 % pour rĂ©diger des textes lors dâexercices dâĂ©criture.
Seuls 15 % déclarent ne jamais ou presque jamais avoir recours à un chatbot pour les tùches scolaires étudiées par PISA.
DjĂ€ysonne tient donc Ă prĂ©ciser quâil se situe parfaitement dans la moyenne de sa gĂ©nĂ©ration et quâil refuse dĂ©sormais toute remarque concernant ses mĂ©thodes de stage Ă LâOuest RĂ©publicain.
đ Et mĂȘme lâOCDE perd parfois un chiffre
Notre passage prĂ©fĂ©rĂ© du rapport se trouve cependant sur la fiche française publiĂ©e par lâOCDE.
26 % des jeunes Français y dĂ©clarent considĂ©rer que lâĂ©cole a Ă©tĂ© « une perte de temps ».
Puis vient la comparaison internationale : « moyenne de lâOCDE : 4 % ».
Ănorme.
Sauf que la version anglaise de la mĂȘme fiche indique 24 %.
Ă moins dâune dĂ©couverte statistique majeure sur les consĂ©quences pĂ©dagogiques de la traduction française, le « 4 % » ressemble donc furieusement Ă un 24 ayant perdu son 2 en traversant la frontiĂšre.
Au moment mĂȘme oĂč PISA mesure les difficultĂ©s françaises en comprĂ©hension de lâĂ©crit, la version française de PISA nous offre ainsi un petit exercice pratique de comprĂ©hension des nombres.
Merci pour ce moment pédagogique.
đŻ MĂȘme le ministĂšre parle de baisse
Le ministĂšre de lâĂducation nationale ne cherche dâailleurs pas complĂštement Ă maquiller le thermomĂštre.
Pour présenter officiellement les résultats de PISA 2025, il a choisi ce titre :
« PISA 2025 : une baisse des rĂ©sultats commune Ă lâOCDE, un relĂšvement Ă poursuivre »
Ce sont bien les mots du ministĂšre, dans son dossier publiĂ© le 8 septembre 2026. Il reconnaĂźt un « nouveau recul » de la France en comprĂ©hension de lâĂ©crit et en mathĂ©matiques, tandis que les rĂ©sultats restent quasi stables en sciences.
Traduction LâOuest RĂ©publicain : quand toute la classe se prend 8/20, on appelle ça rester dans la moyenne.
Le ministĂšre fixe dĂ©sormais un objectif : dĂ©passer la moyenne de lâOCDE dĂšs 2029, puis replacer la France dans le premier tiers des pays de lâOCDE Ă lâhorizon PISA 2033.
Pour 2029, il vise une progression de 20 points, soit, selon sa propre prĂ©sentation, lâĂ©quivalent dâune annĂ©e dâapprentissage.
Parmi les mesures annoncĂ©es : davantage dâautonomie pĂ©dagogique pour les collĂšges, le dĂ©veloppement de la pĂ©dagogie explicite, une formation continue davantage adaptĂ©e aux besoins, des objectifs annuels prĂ©sentĂ©s aux familles, des listes de lecture pendant les vacances et la poursuite de la dĂ©connexion numĂ©rique.
Les mises Ă jour des ENT et logiciels de vie scolaire doivent notamment ĂȘtre suspendues entre 20 heures et 7 heures ainsi que le week-end dâici la fin de lâannĂ©e scolaire 2026-2027.
Rendez-vous donc en 2029.
La France a trois ans pour gagner 20 points.
Ou pour espérer que les autres en perdent 20.
Techniquement, dans les deux cas, nous dépasserions la moyenne.

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PISA 2025 đ : la France reste dans la moyenne parce que tout le monde baisse
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