Pendant que Paris se demande sâil faut sauver lâaudiovisuel public, le fusionner, le privatiser, lâauditionner, le dĂ©couper en tranches ou le confier Ă quelquâun qui a dĂ©jĂ trois chaĂźnes, deux journaux, un empire culturel et une bonne tĂȘte de conseil dâadministration, LâOuest RĂ©publicain a dĂ©cidĂ© de prendre ses responsabilitĂ©s.
Lâaudiovisuel public traverse une nouvelle crise nationale, sur fond de rapport parlementaire, de tensions politiques, de soupçons dâinfluence, dâaccusations croisĂ©es et de gens trĂšs sĂ©rieux qui expliquent, sur des plateaux tĂ©lĂ©visĂ©s appartenant Ă des milliardaires, quâil faut absolument garantir lâindĂ©pendance de lâinformation.
Dans le Haut-Doubs, la rédaction a regardé tout cela avec calme, recul et une légÚre odeur de café réchauffé.
Puis GisÚle a tranché.
« Bon. Sâils ne savent pas quoi faire avec leur tĂ©lĂ© publique, on va crĂ©er la nĂŽtre. Mais uniquement pour les infos importantes. Le reste, franchement, quâils se dĂ©brouillent. »
Câest donc officiel : LâOuest RĂ©publicain lance lâORTF du Haut-Doubs, un grand service public local, indĂ©pendant, impartial, humide, lĂ©gĂšrement bougon, et entiĂšrement consacrĂ© Ă une seule question : est-ce que lâinformation concerne vraiment le Haut-Doubs ?
Si la rĂ©ponse est non, elle sera traitĂ©e en bas dâĂ©cran, entre la mĂ©tĂ©o de La Cluse-et-Mijoux et une alerte hĂ©risson sur chaussĂ©e glissante.
 Dans cet article
đș Audiovisuel public : GisĂšle nommĂ©e prĂ©sentatrice vedette du journal de 20 h 25
Le journal principal sera prĂ©sentĂ© par GisĂšle, ancienne tenanciĂšre du tabac-presse de Morteau, promue visage officiel de lâinformation locale aprĂšs un vote interne organisĂ© Ă main levĂ©e, puis annulĂ©, puis recommencĂ© parce que DjĂ€ysonne avait levĂ© les deux mains pour faire rire.
LâĂ©dition commencera chaque soir Ă 20 h 25.
- Pas 20 h, parce que « câest un horaire parisien ».
- Pas 20 h 30, parce que « les gens sérieux ont déjà mis la soupe ».
- 20 h 25, donc, compromis haut-doubien entre lâinformation, la digestion et la fermeture mentale progressive devant les chaĂźnes dâinfo continue.
« Nous sommes parfaitement neutres. Nous méprisons tout le monde à égalité, sauf les gens qui savent écrire Haut-Doubs correctement. »
GisĂšle, nouvelle vedette de l’audiovisuel haut-doubien
GisÚle ouvrira chaque édition par une formule désormais gravée dans le marbre éditorial :
« Bonsoir. Avant toute chose, nous rappelons que LâOuest RĂ©publicain est un mĂ©dia parodique et satirique. Ceux qui dĂ©couvrent lâironie en 2026 peuvent nĂ©anmoins rester, mais sans toucher aux commentaires. »
Son rĂŽle sera clair : prĂ©senter les informations, interrompre les invitĂ©s, corriger DjĂ€ysonne en direct, et rappeler que toute polĂ©mique nationale doit ĂȘtre ramenĂ©e Ă sa juste proportion.
Exemple :
« La gauche sâen prend Ă la galaxie BollorĂ©. TrĂšs bien. Mais est-ce que BollorĂ© sait pourquoi il y a encore des camions coincĂ©s sous certains ponts quand il y a une dĂ©viation ? VoilĂ . Sujet suivant. »
đ§ą GĂ©gĂ© prend lâĂ©conomie : âun mĂ©dia indĂ©pendant, câest un mĂ©dia qui sait rĂ©parer son antenneâ
Pour garantir lâĂ©quilibre des opinions, la rĂ©daction a confiĂ© lâĂ©ditorial politico-pragmatico-Ă©conomique Ă GĂ©gĂ©, retraitĂ© local, moustache fiable, casquette vissĂ©e, raisonnement circulaire mais enracinĂ©.
Sa chronique sâintitulera : âLâavis de GĂ©gĂ©, mais avec des chiffres approximatifsâ.
Chaque soir, il analysera les grandes questions nationales Ă travers quatre indicateurs simples :
- le prix du gasoil ;
- le prix du comté ;
- lâĂ©tat de la RN57 ;
- la capacitĂ© dâun C15 Ă traverser la crise institutionnelle sans contrĂŽle technique.

Sur la concentration des médias, Gégé se veut lucide.
« Moi, je suis contre les milliardaires qui possĂšdent tout. Sauf sâils rachĂštent la RN57, lĂ on peut discuter, parce quâau moins il y aurait peut-ĂȘtre un budget marquage au sol. »
Sur lâaudiovisuel public, son analyse est plus nuancĂ©e :
« France TĂ©lĂ©visions, Radio France, tout ça, câest bien joli. Mais qui retransmet le concours de bĂ»cheronnage, les alertes neige et le type qui a encore confondu Morteau et MontbĂ©liard ? Personne. Donc il faut un service public du Haut-Doubs. Câest une question de souverainetĂ© fromagĂšre. »
Selon GĂ©gĂ©, un mĂ©dia indĂ©pendant ne doit dĂ©pendre ni de lâĂtat, ni dâun industriel, ni dâun groupe politique. Il peut en revanche dĂ©pendre dâune rallonge Ă©lectrique, dâun abonnement WordPress, dâun voisin qui connaĂźt quelquâun chez Orange et dâun vieux routeur qui redĂ©marre quand on tape dessus.
đ” DjĂ€ysonne hĂ©rite des faits divers subalternes, donc de lâessentiel
La rĂ©daction a Ă©galement confirmĂ© que DjĂ€ysonne resterait chargĂ© des faits divers subalternes, câest-Ă -dire de 72 % de lâactualitĂ© rĂ©elle du Haut-Doubs.
Il traitera notamment :
- les poubelles déplacées de plus de 40 centimÚtres ;
- les hérissons traversant sans clignotant ;
- les touristes en sandales dans des zones manifestement non prévues pour cela ;
- les frontaliers qui mettent les warnings âjuste deux minutesâ ;
- les camions qui dĂ©couvrent trop tard quâun panneau nâest pas une opinion.
DjĂ€ysonne a proposĂ© une rubrique TikTok intitulĂ©e âLes news qui claquent sa mĂšreâ. GisĂšle a refusĂ© pour trois raisons : le titre, le format vertical, et le fait quâelle « ne veut pas dâune information qui danse ».
Il pourra nĂ©anmoins utiliser un fond musical discret, Ă condition quâil sâagisse dâun bruit de chasse-neige, dâun moteur diesel ou dâun soupir de GĂ©gĂ©.
đŠïž La mĂ©tĂ©o confiĂ©e Ă La MĂ©tĂ©o Franc-Comtoise, parce quâil faut bien quelquâun de sĂ©rieux
Dans cette nouvelle architecture mĂ©diatique, la mĂ©tĂ©o sera confiĂ©e Ă La MĂ©tĂ©o Franc-Comtoise, vraie page locale sĂ©rieuse, que LâOuest RĂ©publicain reconnaĂźt officiellement comme « autoritĂ© compĂ©tente pendant que nous faisons les idiots ».
La transition sera assurée par GisÚle :
« On retrouve maintenant les seules personnes de cette antenne qui regardent les cartes avant de parler. »
La mĂ©tĂ©o bĂ©nĂ©ficiera dâun statut particulier : elle pourra contredire GĂ©gĂ©, corriger DjĂ€ysonne et annoncer de la neige sans ĂȘtre accusĂ©e dâalarmisme parisien.
En cas de bise, brouillard, verglas, pluie froide, redoux traĂźtre, neige molle, neige lourde, neige de travers ou âtemps bizarre mais typiqueâ, lâantenne sera automatiquement basculĂ©e en Ă©dition spĂ©ciale.
GisĂšle rappelle toutefois que la mĂ©tĂ©o nâest pas une opinion.
« Quand il fait -8 Ă Mouthe, on ne dĂ©bat pas avec deux chroniqueurs autour dâune table. On met une veste. »
đž Carine Terre-Vioux aux reportages photos : âle rĂ©el, mais cadrĂ© de travers sâil le fautâ
Les reportages photos seront confiĂ©s Ă Carine Terre-Vioux, envoyĂ©e spĂ©ciale permanente sur les routes secondaires, les chemins blancs, les bords de Doubs et les endroits oĂč le soleil se couche pile au moment oĂč tout le monde a dĂ©jĂ rangĂ© son tĂ©lĂ©phone.
Sa mission : documenter visuellement le Haut-Doubs tel quâil est.
Pas tel que Paris lâimagine.
Pas tel que les brochures touristiques le vendent.
Pas tel que les influenceurs le filtrent.
Tel quâil est vraiment : beau, froid, tĂȘtu, mal Ă©clairĂ© par endroits, mais globalement photogĂ©nique dĂšs quâune vache accepte de regarder lâobjectif.

Carine Terre-Vioux couvrira notamment les grands formats suivants :
- âBrouillard sur la fruitiĂšre : immersion dans un monde gris mais sincĂšreâ ;
- âUn tracteur au soleil couchant : enquĂȘte sur une Ă©motion collectiveâ ;
- âLe Doubs reflĂšte-t-il mieux la RĂ©publique que certains plateaux tĂ©lĂ© ?â ;
- âHĂ©risson sur accotement : fallait-il flouter la victime ?â
đ» Radio Plein Air devient notre ORTF, mais avec moins de kĂ©pis et plus de loto
Pour assurer lâancrage sonore, LâOuest RĂ©publicain reconnaĂźt Radio Plein Air comme notre Ă©quivalent local de lâORTF.
Une ORTF sans gĂ©nĂ©ral Ă kĂ©pi, sans speakerine figĂ©e, sans grand-messe parisienne, mais avec de lâinfo locale, des annonces associatives, des routes coupĂ©es, des Ă©vĂ©nements de village et cette capacitĂ© unique Ă parler dâun loto Ă 14 h 30 comme dâun sommet diplomatique.
La rédaction salue une institution utile, identifiée, locale, et suffisamment sérieuse pour ne pas confier une matinale entiÚre à Gégé.
Ce dernier proteste.
« Moi, je peux faire la matinale. Je commence à 5 h 12, comme les frontaliers. Sujet un : pourquoi il y a déjà des gens sur la route. Sujet deux : pourquoi ils roulent mieux quand ils dorment encore. Sujet trois : le Comté. »
Radio Plein Air sera donc citée comme modÚle, référence, inspiration et garde-fou.
Ce qui, dans lâĂ©cosystĂšme OR, signifie : âeux savent faire de la radio ; nous, on va essayer de ne pas casser Internet.â
đ° Une seule ligne Ă©ditoriale : le Haut-Doubs, le Haut-Doubs, et Ă©ventuellement le Haut-Doubs
La charte fondatrice de lâORTF du Haut-Doubs tient en une phrase :
« Une information nationale ne mĂ©rite dâĂȘtre traitĂ©e que si elle peut ĂȘtre reliĂ©e, mĂȘme de mauvaise foi, au Haut-Doubs. »
Ainsi, une crise gouvernementale sera traitĂ©e si elle modifie lâouverture des cols.
Une polĂ©mique culturelle sera traitĂ©e si quelquâun y prononce âMont dâOrâ.
Une rĂ©forme audiovisuelle sera traitĂ©e si elle menace la diffusion dâune alerte neige.
Une audition parlementaire sera traitĂ©e si GĂ©gĂ© peut dire : « Moi aussi, jâai dĂ©jĂ Ă©tĂ© auditionnĂ©, par ma femme, en 1987, aprĂšs une facture de pneus. »
Quant à la neutralité éditoriale, GisÚle se veut rassurante :
« Nous sommes parfaitement neutres. Nous méprisons tout le monde à égalité, sauf les gens qui savent écrire Haut-Doubs correctement. »
Une commission interne a dâailleurs validĂ© cette impartialitĂ© aprĂšs trois minutes de travaux, un cafĂ©, deux soupirs, 3 Ponts et une remarque de DjĂ€ysonne sur les miniatures YouTube.
Le rapport conclut que LâOuest RĂ©publicain est indĂ©pendant de tous les pouvoirs connus, sauf de la mĂ©tĂ©o, de Facebook, de WordPress, de lâalgorithme Instagram, de la disponibilitĂ© mentale de GisĂšle et du niveau de batterie du tĂ©lĂ©phone de Carine Terre-Vioux.
đŠ Le service public haut-doubien est lancĂ©
Reste une question : qui financera cette grande ambition audiovisuelle ?
GĂ©gĂ© propose une redevance payable en comtĂ©, bois sec ou bons dâessence. DjĂ€ysonne suggĂšre une cagnotte en ligne avec un titre âsauve ton mĂ©dia local frĂ©rotâ. GisĂšle a dĂ©jĂ refusĂ© les deux, mais garde lâidĂ©e du comtĂ©.
La premiĂšre Ă©dition de lâORTF du Haut-Doubs devrait ĂȘtre consacrĂ©e Ă un sujet unique : âFaut-il vraiment parler de BollorĂ© quand un hĂ©risson traverse Ă Arçon ?â
DĂ©bat en plateau avec GisĂšle, GĂ©gĂ©, DjĂ€ysonne, un micro qui grĂ©sille, Carine Terre-Vioux en duplex depuis un fossĂ©, et La MĂ©tĂ©o Franc-Comtoise pour rappeler quâĂ 21 h 12, il fera de toute façon trop froid pour continuer Ă discuter dehors.
La conclusion est dĂ©jĂ prĂȘte.
« La France peut dĂ©battre de son audiovisuel public. Nous, dans le Haut-Doubs, on sait dĂ©jĂ ce quâon veut : une information locale, fiable quand câest nĂ©cessaire, absurde quand câest mĂ©ritĂ©, et suffisamment proche du terrain pour voir venir les camions avant quâils ne sâencastrent sous un pont. »
La République audiovisuelle tremble.
GisĂšle ajuste ses lunettes.
Gégé tousse.
DjĂ€ysonne cherche le bouton âdirectâ.
Et quelque part, un hĂ©risson traverse sans demander lâautorisation au CSA.

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đș Audiovisuel public : LâOuest RĂ©publicain lance son ORTF du Haut-Doubs avec GisĂšle au 20 heures
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page.
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đ Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ćil Ă notre glossaire.
