Ă la suite dâun article publiĂ© par France 3 Bourgogne-Franche-ComtĂ© sur un radar de la discorde dans le Haut-Doubs, LâOuest RĂ©publicain a dĂ©cidĂ© de mener lâenquĂȘte avec ses moyens habituels : deux cafĂ©s, un gilet jaune oubliĂ© dans un coffre, une mauvaise foi parfaitement calibrĂ©e et un hĂ©risson tĂ©moin placĂ© sous protection administrative.
Radar Haut-Doubs, ce que l’on sait dĂ©jĂ .
Car depuis plusieurs jours, un sujet Ă©lectrise les conversations locales plus sĂ»rement quâun dĂ©passement Ă 81 km/h : un radar situĂ© dans le secteur de La Cluse-et-Mijoux serait accusĂ© par plusieurs automobilistes de flasher sans prĂ©venir. Une accusation grave, qui place immĂ©diatement lâappareil dans la mĂȘme catĂ©gorie symbolique que les routes verglacĂ©es, les dĂ©viations non annoncĂ©es et les gens qui roulent Ă 64 sur la RN57 avant dâaccĂ©lĂ©rer dans les zones de dĂ©passement.
Dans le Haut-Doubs, on accepte beaucoup de choses. Le froid en mai. Les travaux en juillet. Les touristes qui cherchent le lac de Saint-Point avec un GPS configurĂ© en âitinĂ©raire pittoresque et traumatisantâ. Mais un radar qui flashe alors quâon nâa pas encore eu le temps de savoir si on Ă©tait Ă 80, 90, 70 ou âselon lâhumeur du panneau prĂ©cĂ©dentâ, ça, non.
 Dans cet article
đ Radar Haut-Doubs : une machine accusĂ©e de lire dans les intentions
Selon plusieurs automobilistes interrogĂ©s au hasard dâun parking, donc selon la mĂ©thode scientifique locale la plus rĂ©pandue, le radar ne se contenterait pas de mesurer la vitesse. Il anticiperait. Il sentirait la faute. Il dĂ©tecterait la crispation du mollet droit, la pensĂ©e furtive du conducteur qui se dit âça doit encore ĂȘtre Ă 90 iciâ, ou le petit moment de flottement oĂč lâon hĂ©site entre freiner, jurer, ou accuser la signalisation.
âMoi, je suis sĂ»r que jâĂ©tais pas en excĂšsâ, affirme un conducteur qui prĂ©fĂšre rester anonyme, mais dont le C15 vert bouteille Ă©tait stationnĂ© avec les warnings âpour deux minutesâ devant une boulangerie depuis 1998. âEnfin, jâĂ©tais peut-ĂȘtre Ă 83. Mais 83 dans le Haut-Doubs, avec le vent de face, ça fait 78 moralement.â
Cette notion de vitesse morale pourrait bientĂŽt ĂȘtre Ă©tudiĂ©e par un groupe de travail local. GĂ©rard Poncet, 66 ans, retraitĂ© de la DDE et expert autoproclamĂ© en panneaux âquand ils sont posĂ©s droitâ, plaide dĂ©jĂ pour la crĂ©ation dâun barĂšme haut-doubien.
âUn gars qui roule Ă 86 en descente, avec du ComtĂ© dans le coffre et une belle-mĂšre Ă rĂ©cupĂ©rer Ă Pontarlier, câest pas pareil quâun Parisien Ă 86 qui pense aller Ă MĂ©tabief en chaussures de villeâ, estime-t-il, casquette vissĂ©e sur le crĂąne et regard fixĂ© vers lâinjustice.
đȘ§ La RN57, cette Ă©preuve de logique qui a Ă©chappĂ© Ă lâĂducation nationale
Le vrai problĂšme, selon de nombreux conducteurs, ne serait pas seulement le radar. Ce serait tout lâĂ©cosystĂšme mental qui lâentoure : la succession de limitations, de ronds-points, de sorties, de rappels, dâabsences de rappels et de panneaux qui semblent avoir Ă©tĂ© installĂ©s par quelquâun ayant perdu un pari.
Sur certains tronçons, lâautomobiliste doit comprendre en moins de quatre secondes sâil vient de quitter une zone Ă 110, dâentrer dans une zone Ă 90, de rejoindre une nationale Ă 80, ou de participer involontairement Ă une expĂ©rimentation cognitive menĂ©e par le ministĂšre de la Transition nerveuse.
La RN57 nâest plus une route. Câest un questionnaire Ă choix multiples lancĂ© Ă 7h42 du matin entre deux camions suisses et une Clio qui freine sans raison apparente.
âIl faudrait un panneau qui dise clairement : ATTENTION, ICI VOUS PENSEZ ĂTRE Ă 90 MAIS NONâ, propose GĂ©rard Poncet. âEt en dessous, un deuxiĂšme panneau : SI VOUS AVEZ UN DOUTE, CâEST QUE CâEST DĂJĂ TROP TARD.â
Ă LâOuest RĂ©publicain, nous avons tentĂ© de vĂ©rifier cette hypothĂšse sur le terrain. Mais notre stagiaire DjĂ€ysonne, chargĂ© de chronomĂ©trer les panneaux, a abandonnĂ© aprĂšs avoir confondu une limitation avec une publicitĂ© pour des pneus neige. Il a depuis Ă©tĂ© affectĂ© Ă une mission moins dangereuse : relire les commentaires Facebook.
đŠ Un hĂ©risson non flashĂ© relance les soupçons
Comme souvent dans les dossiers routiers sensibles du Haut-Doubs, un hĂ©risson sâest retrouvĂ© au centre de lâaffaire. Aperçu prĂšs du secteur concernĂ©, lâanimal aurait traversĂ© la chaussĂ©e Ă une vitesse estimĂ©e entre 3 et 4 km/h, sans dĂ©clencher le radar.

Pour Gérard Poncet, cette absence de flash pose question.
âOn nous dit que lâappareil est impartial. TrĂšs bien. Alors pourquoi le hĂ©risson passe tranquille pendant que le Doubiste se fait allumer pour une vitesse de digestion ? Il y a deux poids, deux mesures, et probablement une directive europĂ©enne lĂ -dessous.â
ContactĂ© par LâOuest RĂ©publicain, le hĂ©risson nâa pas souhaitĂ© rĂ©pondre, se contentant de se mettre en boule. Une attitude que beaucoup dâautomobilistes locaux disent comprendre.
đž SĂ©curitĂ© routiĂšre ou piĂšge Ă conducteurs persuadĂ©s dâavoir raison ?
Du cĂŽtĂ© des autoritĂ©s, le discours reste Ă©videmment plus sobre : un radar est lĂ pour faire respecter la limitation, pas pour participer au folklore local. Ce qui, techniquement, se dĂ©fend. Mais dans le Haut-Doubs, la question routiĂšre ne se limite jamais au Code de la route. Elle touche Ă lâidentitĂ©, Ă la mĂ©tĂ©o, Ă la mĂ©moire des anciens tracĂ©s, et Ă cette conviction profonde que âdans le temps, on roulait pareil et personne nâen faisait toute une affaireâ.
Le radar cristallise donc quelque chose de plus vaste : la sensation que les rĂšgles changent plus vite que les rĂ©flexes, que les panneaux arrivent aprĂšs la sanction, et que le conducteur local est dĂ©sormais traitĂ© comme un danger public alors quâil essaie simplement de rentrer chez lui avant que le brouillard ne prenne possession de la vallĂ©e.
GisÚle, ancienne tenanciÚre du tabac-presse de Morteau, résume la situation avec la délicatesse qui a fait sa réputation :
âAvant, on regardait la route. Maintenant, il faut regarder le compteur, les panneaux, Waze, le radar, les phares du gars derriĂšre et le prix du Mont dâOr. Ă un moment donnĂ©, il ne faut pas sâĂ©tonner si les gens deviennent nerveux.â
đ§ Une commission locale envisagĂ©e, avec dĂ©camĂštre et Pontarlier
Face Ă lâĂ©motion, GĂ©rard Poncet appelle Ă la crĂ©ation dâune commission populaire de vĂ©rification du radar, composĂ©e âde gens du coin, pas de technocrates qui pensent que La Cluse-et-Mijoux est une station de mĂ©troâ.
Le protocole serait simple : mesurer la distance entre les panneaux, tester plusieurs vitesses, noter les flashs, puis dĂ©battre autour dâun Pont pour dĂ©terminer si la sanction est techniquement fondĂ©e ou moralement exagĂ©rĂ©e. Une mĂ©thode non reconnue par la SĂ©curitĂ© routiĂšre, mais dĂ©jĂ jugĂ©e âplus lisible que certaines sorties de rond-pointâ par plusieurs riverains.
En attendant, le radar reste en place, les automobilistes ralentissent, accélÚrent, hésitent, rùlent, puis ralentissent encore. Bref, la circulation se poursuit normalement dans le Haut-Doubs.
LâOuest RĂ©publicain recommande donc la prudence, la lecture attentive des panneaux, et une rĂšgle simple : si vous ne savez pas Ă quelle vitesse vous ĂȘtes autorisĂ© Ă rouler, considĂ©rez que vous ĂȘtes dĂ©jĂ en infraction Ă©motionnelle.
Quant au hérisson, il aurait été revu plus loin, toujours non flashé, mais trÚs prudent. Ce qui, dans le Haut-Doubs, suffit parfois à faire de lui le seul usager vraiment adapté à la RN57.

Retrouvez
đ Radar Haut-Doubs : lâappareil flasherait dĂ©sormais avant mĂȘme que les automobilistes aient compris la limitation
sur nos réseaux
đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page.
đ Dâautres rebondissements, rĂ©vĂ©lations ou photos floues Ă propos de ce sujet vous attendent sur nos rĂ©seaux :
đ Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ćil Ă notre glossaire.
