Lâinformation est rĂ©elle, ce qui rend lâaffaire encore plus dangereuse pour les amateurs de rĂ©unions communautaires bien rangĂ©es : Chaffois prend le pouvoir, par l’intermĂ©diaire de son maire, Nicolas Barbe, Ă©lu prĂ©sident de la CommunautĂ© de communes du Grand Pontarlier (CCGP), mercredi 22 avril 2026, par 19 voix contre 16 face Ă Patrick Comte, maire de Pontarlier.
Un scrutin serrĂ©, mais suffisant pour provoquer ce que certains observateurs appellent dĂ©jĂ âle plus grand basculement institutionnel depuis lâinvention de la salle des fĂȘtes chauffĂ©eâ.
Car au-delĂ du score, câest un symbole qui tombe : pour la premiĂšre fois depuis 26 ans, la prĂ©sidence du Grand Pontarlier nâest plus dĂ©tenue par le maire de Pontarlier. Autrement dit, le Grand Pontarlier vient de dĂ©couvrir quâil Ă©tait composĂ© de plusieurs communes, et pas seulement dâune ville-centre avec des extensions rurales livrĂ©es en option, telles un C15 du Bourg.
 Dans cet article
đïž Chaffois prend le pouvoir, mais promet de ne pas dĂ©placer la capitale tout de suite
Ă LâOuest RĂ©publicain, nous avons dâabord cru Ă une erreur de tableur. Puis Ă une mauvaise interprĂ©tation dâun compte rendu. Puis Ă une plaisanterie dâun vice-prĂ©sident chargĂ© des photocopies. Mais non : Chaffois prend le pouvoir, calmement, dĂ©mocratiquement, avec 19 voix, ce qui dans une intercommunalitĂ© reprĂ©sente Ă peu prĂšs lâĂ©quivalent dâun raz-de-marĂ©e si lâon tient compte du nombre de chaises pliantes disponibles.
Dans les couloirs, lâambiance aurait Ă©tĂ© ârĂ©publicaine mais tendueâ, ce qui signifie localement que personne nâa renversĂ© le cafĂ©, mais que plusieurs Ă©lus ont reposĂ© leur gobelet un peu fort.
Pontarlier, habituĂ©e Ă tenir le volant intercommunal, dĂ©couvre donc une nouvelle expĂ©rience politique : regarder quelquâun dâautre conduire. Une situation probablement dĂ©stabilisante pour une commune longtemps persuadĂ©e que le âGrandâ dans âGrand Pontarlierâ Ă©tait surtout un adjectif dĂ©coratif, comme ânouveauâ dans ânouveau plan de circulationâ.
đ§ Une victoire de la ruralitĂ©, de la salle communale et du buffet froid
Le choc est dâautant plus fort que Chaffois nâest pas exactement une mĂ©galopole tentaculaire. Chaffois, câest le genre de commune oĂč lâon sait encore qui a empruntĂ© la rallonge Ă©lectrique de la buvette, oĂč les barriĂšres Vauban ne disparaissent pas toutes seules, et oĂč un conseil municipal peut basculer sur une question de stationnement devant la boĂźte aux lettres.
Et pourtant, mercredi soir, câest bien de lĂ quâest venue la surprise.
Dans le Haut-Doubs, certains y voient dĂ©jĂ une revanche des communes pĂ©riphĂ©riques, longtemps cantonnĂ©es au rĂŽle noble mais discret de âterritoires quâon cite dans les discours quand il faut parler dâĂ©quilibreâ. Dâautres y voient un rappel institutionnel simple : une communautĂ© de communes, techniquement, contient des communes. MĂȘme celles oĂč il faut ralentir Ă 30 devant lâĂ©cole et oĂč le panneau lumineux annonce encore le loto du comitĂ© des fĂȘtes.
La rĂ©daction tient Ă prĂ©ciser quâaucun transfert immĂ©diat du siĂšge de la CCGP vers une grange amĂ©nagĂ©e nâa Ă©tĂ© confirmĂ© Ă cette heure.
đ Pontarlier sous le choc, mais toujours debout prĂšs de ses ronds-points
Du cĂŽtĂ© de Pontarlier, lâaffaire pique forcĂ©ment. Le maire de la ville-centre, Patrick Comte, nâa recueilli que 16 voix, contre 19 pour Nicolas Barbe. Trois voix dâĂ©cart. Trois. Dans une Ă©lection intercommunale, cela reprĂ©sente Ă peu prĂšs la marge dâerreur dâun apĂ©ritif mal placĂ©, dâun stationnement mal vĂ©cu ou dâune promesse de vice-prĂ©sidence mal comprise.
DâaprĂšs Radio Plein Air, Patrick Comte aurait mĂȘme refusĂ© la premiĂšre vice-prĂ©sidence de la collectivitĂ©. Un refus qui, dans le langage feutrĂ© des institutions locales, peut se traduire par :
âJe note. TrĂšs bien. On en reparlera au prochain rond-point.â
Il faut dire que perdre la prĂ©sidence du Grand Pontarlier quand on est maire de Pontarlier, câest un peu comme perdre la clĂ© de la buvette quand on est prĂ©sident du club : juridiquement, ce nâest pas la fin du monde, mais symboliquement, tout le monde regarde ses chaussures.
đŠ Un hĂ©risson aperçu prĂšs du conseil communautaire nie toute implication
Comme souvent lors des grands basculements locaux, un hĂ©risson aurait Ă©tĂ© aperçu non loin du secteur, traversant prudemment une route secondaire avec la retenue dâun animal qui sait trĂšs bien que lâhistoire se joue parfois dans les marges.
InterrogĂ© par LâOuest RĂ©publicain, il nâa pas souhaitĂ© commenter le vote. Il sâest contentĂ© de renifler un bas-cĂŽtĂ©, ce qui, dans le Haut-Doubs, vaut parfois communiquĂ© de presse.
Certains Ă©lus y verront peut-ĂȘtre un signe. Dâautres une simple prĂ©sence animale. GĂ©rard Poncet, lui, aurait rĂ©sumĂ© lâaffaire dâune formule dĂ©finitive :
âQuand mĂȘme le hĂ©risson traverse plus droit que certaines alliances, câest quâil y a recomposition.â
Une phrase que nous nâavons pas vĂ©rifiĂ©e, mais qui coche suffisamment de cases locales pour mĂ©riter dâĂȘtre conservĂ©e.
đ§Ÿ Neuf vice-prĂ©sidents, cinq membres du bureau, et toujours personne pour simplifier les rĂ©unions
La nouvelle prĂ©sidence ne vient pas seule. La CommunautĂ© de communes du Grand Pontarlier a Ă©galement Ă©lu neuf vice-prĂ©sidents et cinq autres membres du bureau, ce qui garantit Ă court terme le maintien dâune activitĂ© essentielle dans le Haut-Doubs : la rĂ©union avec ordre du jour, bouteille dâeau tiĂšde et micro qui grĂ©sille.
La dĂ©mocratie intercommunale a ceci de fascinant quâelle peut bouleverser un territoire entier tout en conservant lâapparence dâune rĂ©union de copropriĂ©tĂ©. On y parle stratĂ©gie, fiscalitĂ©, dĂ©veloppement Ă©conomique, dĂ©chets, mobilitĂ©, Ă©quipements, mutualisation. Puis quelquâun demande si la salle est libre jeudi prochain.
Mais cette fois, derriĂšre les acronymes, il y a un vrai changement politique. Pontarlier ne prĂ©side plus. Chaffois prĂ©side. Le centre regarde la pĂ©riphĂ©rie. La pĂ©riphĂ©rie sourit poliment. Et tout le monde prĂ©tend que lâambiance est âconstructiveâ, ce qui signifie gĂ©nĂ©ralement quâil reste encore des dossiers Ă se partager.
đïž Le Grand Pontarlier entre dans une nouvelle Ăšre, avec prudence et chauffage collectif
Reste maintenant Ă savoir ce que cette nouvelle prĂ©sidence changera concrĂštement pour les habitants. Probablement pas le goĂ»t du cafĂ© en rĂ©union. Probablement pas non plus la capacitĂ© dâune commission Ă durer 2 h 17 pour traiter trois points dont deux âdiversâ. Mais symboliquement, le message est clair : le Grand Pontarlier ne se rĂ©sume plus Ă Pontarlier.
Dans le Haut-Doubs, câest presque une rĂ©volution copernicienne. On dĂ©couvre que les communes autour existent, votent, comptent, sâorganisent, et peuvent mĂȘme prendre la tĂȘte de la table sans demander lâautorisation au rond-point Malraux.
La suite dira si cette bascule restera un simple Ă©pisode politique ou le dĂ©but dâun nouvel Ă©quilibre territorial. En attendant, une chose est certaine : avec 19 voix contre 16, Chaffois vient de rappeler Ă Pontarlier quâen intercommunalitĂ©, les petites communes ne sont petites que jusquâau moment oĂč elles additionnent leurs bulletins.
Et ça, mĂȘme GisĂšle lâa compris :
âQuand tu mets assez de villages autour dâune grande ville, Ă un moment, ça finit par faire une majoritĂ©. Câest pas de la politique, câest du calcul mental.â


Retrouvez
đłïž CCGP – Chaffois prend le pouvoir : Pontarlier dĂ©couvre que âGrand Pontarlierâ ne voulait pas dire âPontarlier avec des villages autourâ
sur nos réseaux
đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page.
đ Dâautres rebondissements, rĂ©vĂ©lations ou photos floues Ă propos de ce sujet vous attendent sur nos rĂ©seaux :
đ Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ćil Ă notre glossaire.
