📺 Fauda saison 5 : quand les candidats nous disent quoi regarder sur Netflix

Fauda saison 5 débarque sur Netflix et fracture la presse. À l’approche de 2027, une série vieille de onze ans devient un test idéologique.

La présidentielle 2027 n’a pas encore vraiment commencé, mais les Français peuvent déjà se rassurer : ils sauront quoi regarder le soir. Fauda saison 5 débarque sur Netflix. Ce qui aurait pu être une sortie comme une autre déchire la presse politique et culturelle, qui transforme une série israélienne vieille de onze ans en nouveau test de positionnement idéologique.

À ce rythme, les programmes électoraux pourraient bientôt être avantageusement remplacés par l’historique Netflix des candidats.

📺 Fauda saison 5 : Netflix entre dans la campagne

Fauda n’est pourtant pas exactement une nouveauté.

Créée en Israël en 2015 par Lior Raz et Avi Issacharoff, la série raconte depuis cinq saisons les opérations d’une unité israélienne spécialisée dans l’infiltration. Netflix la diffuse internationalement depuis des années et les débats sur son point de vue très israélien ne datent pas de mardi matin.

Mais la cinquième saison, disponible en France depuis le 8 septembre, possède une particularité : son scénario a été profondément remanié après les attaques du 7 octobre 2023.

Les épisodes 7 et 8 reviennent directement sur les massacres, au point que Netflix affiche un avertissement particulier aux spectateurs et précise que ceux qui ne souhaitent pas les regarder peuvent passer directement à la suite sans perdre le fil de l’histoire.

Il n’en fallait pas davantage pour que Doron Kabilio abandonne momentanément les opérations clandestines afin d’entrer dans une mission autrement plus dangereuse : le débat public français.

📰 Chacun son Fauda

Chez Libération, l’accueil est simple : « Netflix fait le Tsahal boulot ».

La critique estime que cette dernière saison « lâche la bride de la propagande » et reproche notamment à la série son traitement du 7-Octobre. Le journal aura au moins réussi une chose : faire sortir Fauda de la rubrique séries pour la faire entrer directement dans le débat politique.

Télérama adopte une formulation un peu moins militaire et présente la saison comme un « brûlot politique » post-7-Octobre.

À quelques colonnes idéologiques de distance, Le Point raconte au contraire une saison « incroyable », particulièrement difficile à écrire et à tourner, centrée sur le traumatisme israélien. Valeurs actuelles fait encore plus court et choisit comme titre : « Fauda : Israël en guerre ».

Même série, mêmes épisodes, mêmes acteurs.

Il suffit donc apparemment de changer de journal pour changer de programme.

📻 Franceinfo tente le service après-vente

Franceinfo parvient presque à résumer le problème à lui tout seul.

Le 6 septembre, son émission L’Empire des séries présente « l’ultime saison au cœur du traumatisme du 7 octobre ». Deux jours plus tard, le podcast matinal Ça dit quoi ? annonce parmi les sujets du jour une « série israélienne accusée de propagande ».

Entre les deux, Netflix avait simplement appuyé sur le bouton de mise en ligne. C’est pratique.

Autrefois, une plateforme vous demandait si vous aimiez les thrillers, les comédies ou les documentaires animaliers.

En 2027, elle pourra probablement gagner du temps : « Quel quotidien lisez-vous ? »

La recommandation suivra automatiquement.

🍿 Une série, cinq lectures politiques

Le plus amusant reste que Fauda n’a jamais prétendu être un documentaire produit par l’ONU.

Ses créateurs racontent une fiction israélienne depuis un point de vue israélien. Lior Raz, qui interprète Doron et coconstruit la série, explique même que cette saison commence par la vengeance pour aller progressivement ailleurs et dit espérer que le spectateur en retienne surtout le prix de la guerre et l’importance de la paix.

Manifestement, c’était beaucoup demander.

En France, il faut désormais déterminer avant le générique si regarder Fauda constitue un acte de soutien à Israël, un manque de solidarité avec Gaza, une analyse géopolitique, une compromission avec la propagande, ou simplement une manière de passer quarante minutes avant d’aller se coucher.

La dernière hypothèse reste actuellement minoritaire.

Certains militants proches de LFI sont même allés jusqu’à remettre en circulation le procès en propagande israélienne, donnant parfois l’impression de découvrir en septembre 2026 une série lancée en février 2015.

Onze ans.

Même France Télévisions renouvelle ses programmes plus rapidement.

🗳️ Bientôt le test Netflix des candidats

La campagne présidentielle pourrait donc s’épargner beaucoup de frais.

  • Plus besoin de débat économique de trois heures.
  • Plus besoin de comparer les projections de déficit à 0,2 point près.
  • Plus besoin de demander aux candidats leur position sur la réforme des retraites, le nucléaire ou l’avenir de l’Union européenne.

Il suffira de les installer devant Netflix.

Vous trouvez Fauda insupportablement propagandiste ? Votre bulletin commence à se dessiner.

Vous pensez que Libération analyse une série d’action comme une réunion du Conseil de sécurité ? Autre colonne.

Vous trouvez que tout cela reste avant tout une fiction avec Lior Raz qui court dans Marseille ? Félicitations : l’algorithme n’a pas encore réussi à déterminer votre intention de vote.

Un cas inquiétant qui nécessitera probablement une commission d’enquête parlementaire.

🎬 Doron n’était pas candidat

Au fond, cette saison 5 raconte peut-être involontairement quelque chose de très français.

Pas sur Israël.

Pas sur la Palestine.

Sur notre capacité désormais remarquable à transformer n’importe quel produit culturel en déclaration politique obligatoire.

Une chanson devient un manifeste. Un film devient un tract. Une série devient une prise de position diplomatique. Et avant même d’avoir demandé au spectateur s’il a apprécié le scénario, les acteurs ou les scènes d’action, on lui demande de choisir son camp.

Doron, lui, n’avait probablement rien demandé. Il voulait seulement reprendre du service, infiltrer quelques réseaux et régler une affaire à Marseille. Il se retrouve désormais candidat involontaire à la présidentielle française.

L’Ouest Républicain se gardera donc de recommander Fauda à ses lecteurs.

Même si certains ont probablement déjà commencé à imaginer l’épisode dans lequel Doron croiserait une flottille de la paix.

Netflix, si vous nous lisez : nous avons quelques idées pour la saison 6.

Paul Emique
Statut OR : Rédac chef 📰

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