Le hobby horse, cette discipline venue du Nord qui consiste Ă pratiquer une forme dâĂ©quitation sportive avec un cheval-bĂąton, connaĂźt un essor bien rĂ©el en France. Un Open de France 2026 est mĂȘme annoncĂ© en aoĂ»t Ă Saint-Chef, en IsĂšre, preuve que lâaffaire a dĂ©sormais dĂ©passĂ© le stade du jeu de cour dâĂ©cole pour entrer dans celui, plus sĂ©rieux, du planning communal avec buvette, barriĂšres Vauban et parents qui disent âfranchement, câest trĂšs physiqueâ.
Dans le Haut-Doubs, Ă©videmment, lâinformation a Ă©tĂ© accueillie avec prudence. Pas par rejet. Pas par moquerie. Mais parce quâici, avant dâaccepter une nouveautĂ©, on la regarde longuement de travers depuis le seuil du garage, les bras croisĂ©s, en se demandant combien ça consomme, si ça passe dans la neige et si ça peut tracter une remorque de bois.
Le concept est simple : pas de cheval, mais un bĂąton avec une tĂȘte de cheval. On saute des obstacles, on travaille la posture, on enchaĂźne les parcours, on se prend au sĂ©rieux juste ce quâil faut. Dans le Haut-Doubs, le principe a immĂ©diatement suscitĂ© une question centrale : pourquoi un cheval ?
 Dans cet article
đ Hobby C15 : la variante locale dĂ©jĂ Ă lâĂ©tude dans plusieurs prĂ©s
Selon nos informations, plusieurs groupes de rĂ©flexion non officiels, rĂ©unis autour dâune table en formica quelque part entre Pontarlier, Morteau et une zone oĂč le tĂ©lĂ©phone ne capte plus, travailleraient dĂ©jĂ Ă une adaptation locale : le hobby C15.
Le principe serait globalement identique au hobby horse, mais avec un manche plus robuste, une calandre miniature de CitroĂ«n C15 Ă lâavant, et une obligation morale de prendre les virages trop large. Les participants ne sauteraient pas des barres dâobstacle, mais franchiraient des Ă©lĂ©ments plus reprĂ©sentatifs du territoire :
- une congÚre de février restée là par tradition ;
- un ballot de foin humide ;
- une barriÚre électrique que tout le monde prétend avoir vue ;
- un panneau âdĂ©viationâ posĂ© depuis 2017 ;
- un hĂ©risson prioritaire Ă droite, mĂȘme en rase campagne.
Le jury noterait la fluiditĂ©, lâenracinement, la capacitĂ© Ă dire âça passaitâ aprĂšs avoir touchĂ© trois piquets, et le niveau de mauvaise foi Ă lâarrivĂ©e.
GĂ©rard Poncet, consultĂ© sur le dossier alors quâil nâavait rien demandĂ©, estime que âtant quâon remplace pas les vrais chevaux par des trottinettes, ça peut encore se discuterâ. Il rĂ©clame nĂ©anmoins une catĂ©gorie vĂ©tĂ©rans, âpour ceux qui ont connu les C15 sans direction assistĂ©e et les hivers oĂč mĂȘme les vaches regardaient Bison FutĂ©â.

đ Les vaches observent, le ComtĂ© attend, le territoire sâadapte
La question agricole nâa pas tardĂ© Ă sâinviter dans le dĂ©bat. Dans plusieurs exploitations, les MontbĂ©liardes auraient dĂ©jĂ manifestĂ© un intĂ©rĂȘt poli mais distant pour cette nouvelle pratique. âElles regardent passer les gens avec des chevaux en tissu, elles ne comprennent pas tout, mais elles ont vu pire avec les trailers parisiensâ, rĂ©sume un observateur local.
Le ComtĂ©, lui, pourrait devenir un Ă©lĂ©ment central de la discipline. On Ă©voque dĂ©jĂ une Ă©preuve de dressage autour dâune meule, un concours de saut au-dessus dâune fruitiĂšre symbolique, et une catĂ©gorie âaffinage longâ rĂ©servĂ©e aux concurrents capables de tenir une posture digne pendant dix-huit mois sans demander pourquoi il fait si froid.
Certains Ă©lus locaux verraient dans le hobby horse une opportunitĂ© touristique. Dâautres redoutent que la discipline attire des influenceurs en doudoune claire, capables de dire âcâest trop authentique iciâ devant une stabulation, avant de se plaindre que le prĂ© nâest pas assez plat pour une story verticale.
GisĂšle, ancienne tenanciĂšre du tabac-presse de Morteau, tranche plus nettement :
âLes gamins qui sautent avec un cheval-bĂąton, au moins, ils ne bloquent pas la caisse du Super U avec une carte de fidĂ©litĂ© dĂ©matĂ©rialisĂ©e. Donc moi je dis : prioritĂ© aux poneys sans pattes.â
đ§ Une filiĂšre sportive, identitaire et lĂ©gĂšrement encombrante
LâOuest RĂ©publicain a pu consulter un prĂ©-projet de rĂšglement local, non validĂ©, non demandĂ©, mais dĂ©jĂ commentĂ© par trois personnes qui savent mieux. Il prĂ©voit notamment trois disciplines majeures.
La premiĂšre serait le saut dâobstacles rural, avec franchissement de clĂŽtures imaginaires, flaques rĂ©glementaires et haies âpas entretenues mais câest volontaireâ. La seconde serait le dressage de cour de ferme, oĂč le concurrent doit tourner autour dâun tracteur sans rĂ©veiller le chien. La troisiĂšme, plus technique, serait le combinĂ© nordique du hobby C15 : descente en prĂ© gras, remontĂ©e avec jurons, arrivĂ©e devant une fruitiĂšre sous les applaudissements de deux retraitĂ©s et dâun hĂ©risson sceptique.
Une commission plancherait aussi sur lâĂ©quipement officiel. Le casque serait recommandĂ©, mais la casquette vissĂ©e serait tolĂ©rĂ©e en catĂ©gorie patrimoine. Les bottes seraient obligatoires dĂšs que le sol ressemble Ă un dimanche de novembre. Quant au cheval-bĂąton classique, il pourrait ĂȘtre remplacĂ© par des modĂšles homologuĂ©s localement : cheval comtois, mini-C15, vache de rĂ©forme symbolique, ou truite empaillĂ©e pour les communes qui veulent absolument faire les malines.
đŠ Le hĂ©risson demande un couloir de sĂ©curitĂ©
Comme souvent dans les grandes mutations du Haut-Doubs, le hĂ©risson nâa pas Ă©tĂ© consultĂ©. Pourtant, son rĂŽle pourrait devenir central. Des associations imaginaires de protection du passage nocturne rĂ©clament dĂ©jĂ un couloir sĂ©curisĂ© sur les parcours, afin dâĂ©viter toute confusion entre un obstacle mobile et un Ă©lu en campagne.
Le MHDGA, discret mais jamais trĂšs loin quand il sâagit dâun sujet qui combine bĂąton, terroir et incomprĂ©hension administrative, envisagerait une position mesurĂ©e : soutenir le hobby horse Ă condition quâil reste âcompatible avec les valeurs du Haut-Doubs, la circulation lente et le regard dĂ©sapprobateur des anciensâ.
GĂ©gĂ© Poncet aurait mĂȘme proposĂ© une devise : âUn cheval, oui. Un cheval sans cheval, pourquoi pas. Mais pas sans contrĂŽle technique.â
đ BientĂŽt un championnat intercommunal ?
Reste à savoir si le hobby horse percera réellement dans le Haut-Doubs. La discipline a pour elle plusieurs qualités : elle est sportive, peu coûteuse, spectaculaire, et ne nécessite pas de nourrir un cheval en vrai, ce qui, par les temps qui courent, constitue presque un argument budgétaire de niveau communautaire.
âLes gamins qui sautent avec un cheval-bĂąton, au moins, ils ne bloquent pas la caisse du Super U avec une carte de fidĂ©litĂ© dĂ©matĂ©rialisĂ©e. Donc moi je dis : prioritĂ© aux poneys sans pattes.â
@GisĂšle
Mais dans le Haut-Doubs, rien ne devient sĂ©rieux sans une phase de soupçon. Il faudra donc convaincre les familles, les clubs, les communes, les fruitiĂšres, les exploitants, les chasseurs, les vaches, les hĂ©rissons et deux messieurs qui passent tous les matins devant la mairie sans quâon sache exactement sâils travaillent encore.
Dâici lĂ , le hobby horse poursuit son chemin. Ailleurs, on lâappelle un sport Ă©mergent. Ici, on lâappellera peut-ĂȘtre bientĂŽt âle truc avec le bĂąton, lĂ , mais version C15â.
Et si un championnat intercommunal voit le jour, une chose est dĂ©jĂ certaine : le public viendra. Pas forcĂ©ment pour comprendre. Mais pour dire, au bout de cinq minutes, que âquand mĂȘme, ils sautent haut, ces cons-lĂ â.

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đŽ Hobby horse : dans le Haut-Doubs, on prĂ©pare dĂ©jĂ le hobby C15
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