đŸȘ§ Besançon : aprĂšs les palmiers et les fresques, la guerre des plaques

À Besançon, aprĂšs les palmiers, les fresques et le pont, le nom d’un square rallume la bataille. Le mobilier urbain doit dĂ©sormais choisir son camp.

À Besançon (Doubs-Du-Bas), on avait dĂ©jĂ  les palmiers, les fresques, l’horloge florale et le pont de la RĂ©publique. Voici maintenant le nom du square. Dans un communiquĂ© visant Aline Chassagne, le Mouvement Franche-ComtĂ© ressort le dossier Wangari Muta Maathai contre gĂ©nĂ©ral Sarrail.

La capitale comtoise poursuit ainsi son grand inventaire des objets capables de provoquer une guerre politique. À ce stade, seuls les distributeurs de sacs à crottes n’ont pas officiellement choisi leur camp.

🌮 Besançon, une ville oĂč mĂȘme les plantes prennent position

Il fut un temps oĂč l’on pouvait traverser Besançon en regardant les arbres, les murs et les ponts sans avoir Ă  dĂ©terminer leur appartenance idĂ©ologique. Cette Ă©poque manque manifestement d’ambition.

Les palmiers de Battant ont eu leur Ă©pisode politico-policier. L’horloge florale a Ă©tĂ© inaugurĂ©e en pleine crise sĂ©cheresse. La fresque de Nacle a Ă©tĂ© effacĂ©e.

Quant au pont de la République, on y compte les vélos en attendant de savoir si les voitures y retrouveront leur place.

Chaque équipement possÚde désormais sa majorité, son opposition et son service aprÚs-vente sur les réseaux sociaux.

Le touriste venu admirer le patrimoine doit d’abord vĂ©rifier si la jardiniĂšre devant laquelle il pose ne constitue pas une provocation envers les valeurs rĂ©publicaines.

À Besançon, aprĂšs les palmiers, les fresques et le pont, le nom d’un square rallume la bataille. Le mobilier urbain doit dĂ©sormais choisir son camp.

La prochaine brochure de l’office de tourisme pourrait proposer un parcours des controverses : quarante-cinq minutes de marche, six communiquĂ©s et une rupture de dialogue devant un massif de bĂ©gonias.

🎹 Ni Dieu, ni maütre, mais un service communication

Le nouvel Ă©pisode commence par une exposition. Le passage du titre « Ni Dieu, ni MaĂźtre » Ă  « Art en LibertĂ©, de Courbet au street art » a suscitĂ© les critiques d’Aline Chassagne, qui dĂ©nonce une forme de censure. De son cĂŽtĂ©, la municipalitĂ© dĂ©fend un choix de communication et affirme que ni les Ɠuvres ni le contenu artistique n’ont Ă©tĂ© modifiĂ©s.

VoilĂ  donc l’anarchie invitĂ©e au musĂ©e, Ă  condition de prĂ©senter un intitulĂ© compatible avec la sortie familiale. On conserverait les idĂ©es, mais on repasserait leur chemise avant de les mettre Ă  l’affiche. L’insurrection peut entrer, merci de s’essuyer les pieds.

À Besançon, aprĂšs les palmiers, les fresques et le pont, le nom d’un square rallume la bataille. Le mobilier urbain doit dĂ©sormais choisir son camp.
Mur d’expression libre Ă  Besançon : aprĂšs « La police tue » effacĂ© par la Ville, Nacle revient avec « OĂč est Charlie ? » – 24 septembre 2026.

La nuance entre modifier une exposition et modifier son titre mĂ©rite d’ĂȘtre conservĂ©e. Elle n’empĂȘche Ă©videmment personne de transformer l’affiche en champ de bataille. À Besançon, mĂȘme la typographie pourrait finir par demander une protection fonctionnelle.

đŸȘ§ Le gĂ©nĂ©ral rappelĂ© sous les panneaux

C’est ici qu’entre en scĂšne Jean-Philippe Allenbach, prĂ©sident du Mouvement Franche-ComtĂ©. Dans le communiquĂ© transmis Ă  notre rĂ©daction, il juge « cocasse » la position d’Aline Chassagne et lui reproche d’avoir elle-mĂȘme fait remplacer le nom du square du GĂ©nĂ©ral Sarrail par celui de Wangari Muta Maathai.

Petite prĂ©cision avant la mobilisation gĂ©nĂ©rale : le procĂšs-verbal du conseil municipal du 6 novembre 2023 prĂ©sente une dĂ©nomination de square situĂ© rue Sarrail. L’hommage Ă  Wangari Muta Maathai est ensuite rapportĂ© en mars 2024. La formulation du communiquĂ© ne suffit donc pas, Ă  elle seule, Ă  Ă©tablir la suppression d’une ancienne dĂ©nomination officielle. Et le nom du square ne doit pas ĂȘtre confondu avec celui de la rue.

« Votre prix Nobel, c’est trĂšs bien, madame. Mais est-ce que vous avez dĂ©jĂ  fait tourner l’économie locale en payant deux heures de parking pour un rendez-vous de vingt minutes ? »

GisÚle, chargée de décider unilatéralement des toponymes

Cette rĂ©serve posĂ©e, le mĂ©canisme est admirable : une querelle sur un titre d’exposition permet de rouvrir une querelle sur un nom de square. Le dĂ©bat culturel vient de bĂ©nĂ©ficier d’une correspondance gratuite vers le service voirie.

Le citoyen croyait suivre l’actualitĂ© des musĂ©es. Il se retrouve chargĂ© d’arbitrer un duel entre un gĂ©nĂ©ral français et une militante Ă©cologiste kĂ©nyane. Il voulait simplement savoir si l’exposition serait ouverte le dimanche.

đŸ§Ÿ Un prix Nobel, oui, mais avez-vous un justificatif de domicile ?

Le communiquĂ© reproche Ă©galement Ă  Wangari Muta Maathai de n’avoir eu aucune relation avec la ville et de ne lui avoir rien apportĂ©. La laurĂ©ate du prix Nobel de la paix 2004 se retrouve ainsi confrontĂ©e Ă  une Ă©preuve que Stockholm avait nĂ©gligĂ©e : le contrĂŽle de son utilitĂ© bisontine.

Il serait donc prudent d’imaginer un dossier prĂ©alable Ă  toute attribution de plaque. Trois quittances de loyer, une ancienne carte Ginko et la preuve d’un achat chez un commerçant du centre-ville. À dĂ©faut, un selfie avec Jean-Mi. Les candidats dĂ©cĂ©dĂ©s seraient autorisĂ©s Ă  fournir une attestation sur l’honneur de leurs descendants.

Dans notre commission des dénominations, GisÚle tiendrait le guichet :

« Votre prix Nobel, c’est trĂšs bien, madame. Mais est-ce que vous avez dĂ©jĂ  fait tourner l’économie locale en payant deux heures de parking pour un rendez-vous de vingt minutes ? »

On reconnaßtrait enfin les véritables serviteurs du territoire : ceux qui ont retrouvé leur voiture sans avoir besoin de demander dans quelle zone tarifaire se situait leur engagement.

đŸȘ‘ Le dernier banc neutre sous surveillance

À force, la doctrine municipale devient assez facile Ă  retenir. Quand notre camp choisit un nom, il transmet des valeurs. Quand l’autre le choisit, il politise l’espace public. Quand nous le modifions, nous corrigeons un excĂšs. Quand il le modifie, il efface l’Histoire. Les tournevis restent les mĂȘmes ; seule change la noblesse de la main qui les tient.

Besançon dispose pourtant d’une solution technique : la plaque rĂ©versible. Une face par majoritĂ©, deux vis papillon et une cĂ©rĂ©monie Ă  chaque alternance. Les services municipaux gagneraient du temps, les fabricants conserveraient leurs marchĂ©s et les habitants pourraient continuer Ă  dire « le petit square, lĂ , derriĂšre ».

À Besançon, aprĂšs les palmiers, les fresques et le pont, le nom d’un square rallume la bataille. Le mobilier urbain doit dĂ©sormais choisir son camp.

AprĂšs avoir discutĂ© de ce qu’on plante, de ce qu’on peint, de l’heure qu’il est et de qui peut traverser, il Ă©tait logique de se disputer sur ce qui s’appelle. La ville avance mĂ©thodiquement. Il reste encore les poubelles, les fontaines et les arceaux Ă  vĂ©los.

Le prochain conseil municipal pourra donc se prononcer sur l’orientation politique d’un banc. Celui du centre est dĂ©jĂ  suspect : il accueille des gens de droite comme de gauche sans leur demander de condamner prĂ©alablement le palmier.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

📬 Ne ratez plus OR

Les nouveaux articles de L’Ouest RĂ©publicain, sans avoir Ă  attendre que les rĂ©seaux sociaux dĂ©cident de vous les montrer.

🟱Par Whatsapp

📧 Par e-mail

Recevez les nouveaux articles directement dans votre boĂźte mail.


đŸ· Le dĂ©bat continue

Retrouvez Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, notre groupe de discussion, avec GisĂšle derriĂšre le zinc, ainsi que nos autres rĂ©seaux.


📖 Besoin d’un dĂ©codeur ?

Un mot, une expression ou une rĂ©fĂ©rence locale vous Ă©chappe ? Pas de panique : le glossaire de L’Ouest RĂ©publicain est lĂ  pour ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *