Blocages lycĂ©ens et TikTok : depuis une dizaine de jours, les appels Ă perturber les Ă©tablissements scolaires se propagent Ă grande vitesse sur les rĂ©seaux sociaux. Jusquâici, rien de trĂšs rĂ©volutionnaire : le tract ronĂ©otypĂ© a simplement trouvĂ© un algorithme. Mais le ministre de lâĂducation nationale affirme dĂ©sormais que circulent aussi des appels Ă venir avec des mortiers dâartifice et des chandelles romaines. Et, sur le terrain, certains les ont effectivement apportĂ©s.
đ° Dans cet article
đ± Des blocages lycĂ©ens devenus viraux sur TikTok
Le mouvement est parti du lycĂ©e Saint-ExupĂ©ry de CrĂ©teil autour du 21 septembre, sur fond de postes dâenseignants non pourvus, avant de se diffuser dans de nombreux Ă©tablissements.
Et cette fois, pas besoin dâimprimer quelques milliers de tracts devant le local syndical.
Snapchat, Instagram et TikTok ont largement pris le relais.
Le Monde a retrouvĂ© des dizaines de visuels appelant Ă bloquer des Ă©tablissements, souvent adaptĂ©s Ă chaque lycĂ©e et, pour beaucoup, gĂ©nĂ©rĂ©s avec lâaide de lâintelligence artificielle. Leurs revendications vont du manque dâenseignants Ă la vĂ©tustĂ© des locaux, en passant par Parcoursup, les emplois du temps ou mĂȘme lâusage du tĂ©lĂ©phone portable.
« Il y a des appels sur les réseaux sociaux à venir avec des mortiers et des chandelles romaines. »
Ădouard Geffray, ministre de lâĂducation nationale
La diffusion peut ĂȘtre spectaculaire.
Une vidĂ©o consacrĂ©e aux blocages, publiĂ©e sur TikTok par un compte baptisĂ© « Flash infos », a dĂ©passĂ© 800 000 vues et 120 000 likes en quarante-huit heures. Une note flash de la police nationale consultĂ©e par Le Monde pointait Ă©galement le rĂŽle dâun influenceur TikTok dans la diffusion initiale des appels au blocage. Celui-ci a ensuite appelĂ© ses abonnĂ©s Ă se calmer et dĂ©noncĂ© les dĂ©gradations.
Viginum, le service français chargĂ© notamment de dĂ©tecter les opĂ©rations numĂ©riques Ă©trangĂšres, nâa pour sa part identifiĂ© aucune amplification artificielle venue de lâĂ©tranger Ă ce stade.
Bref : nul besoin dâun bot moldave.
Les lycéens savent trÚs bien rendre une vidéo virale tout seuls.
đ « Venir avec des mortiers et des chandelles romaines »
LâĂ©tape suivante est nettement moins folklorique.
InterrogĂ© lundi 28 septembre sur RMC, le ministre de lâĂducation nationale Ădouard Geffray a affirmĂ© :
« Il y a des appels sur les réseaux sociaux à venir avec des mortiers et des chandelles romaines. »
VoilĂ ce qui peut aujourdâhui ĂȘtre affirmĂ©.
En revanche, LâOuest RĂ©publicain nâa trouvĂ© aucune source suffisamment solide permettant dâattribuer spĂ©cifiquement ces appels Ă TikTok. La distinction compte.
On sait que TikTok participe massivement à la diffusion des appels aux blocages. On sait, par le ministre, que des appels à venir avec des engins pyrotechniques circulent sur les réseaux sociaux. Mais rien ne permet encore de transformer ces deux informations en : « TikTok appelle les lycéens à venir armés ».
Ce serait aller un clic plus loin que les faits. Et pour les clics, TikTok se débrouille déjà trÚs bien.
Notons qu’il y a quelque temps, nous relations, Ă la stupĂ©faction de certains lecteurs, un contrĂŽle de police au collĂšge de Vinci Ă Belfort, qui visait Ă s’assurer de l’absence d’armement des Ă©lĂšves.

đš Mortier dâartifice : jouet, feu dâartifice ou arme ?
Le terme « armé » mérite lui aussi quelques précautions.
Personne ne parle ici de lycĂ©ens arrivant devant leur Ă©tablissement avec des fusils dâassaut dans le cartable entre la calculatrice et le manuel de SES.
Les fameux « mortiers » utilisés dans les affrontements sont généralement des dispositifs pyrotechniques, notamment des chandelles romaines, détournés de leur usage normal.
Ă tir tendu, ces engins peuvent provoquer des brĂ»lures et des blessures graves. Le Conseil dâĂtat avait dĂ©jĂ reconnu le risque reprĂ©sentĂ© par certaines chandelles romaines et autres artifices lorsquâils sont dĂ©tournĂ©s contre policiers, gendarmes, pompiers ou passants.
Dans le langage courant, venir Ă une manifestation avec ce matĂ©riel pour le tirer sur quelquâun ressemble donc assez nettement Ă venir Ă©quipĂ© pour lâaffrontement.
Juridiquement, la qualification exacte dĂ©pend ensuite des circonstances et de lâutilisation qui en est faite.
đ§Ș Mortiers, barres de fer et acide : cette fois, ce nâest plus TikTok
Car les objets évoqués sur les réseaux ont ensuite été retrouvés sur le terrain.
Mardi 29 septembre, 338 Ă©tablissements avaient connu des actions ou perturbations dans la journĂ©e selon le ministĂšre de lâĂducation nationale.
Au Mans, un groupe dâindividus cagoulĂ©s sâest dĂ©placĂ© entre plusieurs Ă©tablissements ; une intrusion au lycĂ©e Touchard a notamment Ă©tĂ© signalĂ©e avec des individus munis de barres de fer.
PrĂšs dâAlençon, les forces de lâordre ont essuyĂ© des tirs de mortiers et le jet dâun cocktail Molotov en marge du rassemblement devant le lycĂ©e Leclerc-Navarre.
Mercredi 30 septembre, Reuters faisait Ă©tat dâenviron 440 interpellations, majoritairement de mineurs, et de 76 blessĂ©s depuis le dĂ©but de la mobilisation. Le ministre de lâIntĂ©rieur Laurent Nuñez Ă©voquait Ă©galement sept cas dâutilisation dâacide chlorhydrique contre les forces de lâordre.

On a connu des rĂ©unions de parents dâĂ©lĂšves plus paisibles.
âïž AprĂšs les lycĂ©ens, le maire sĂšche aussi le cours de droit
à Pontarlier, certains lycéens avaient déjà profité de la mobilisation pour découvrir une notion assez pratique : une manifestation, ça se déclare.
à Saint-Denis, on est passé au chapitre suivant. Interrogé sur BFMTV au milieu des blocages, le maire Bally Bagayoko a estimé que
« la violence, Ă un moment donnĂ©, elle peut ĂȘtre lĂ©gitime aussi », avant de prĂ©ciser que, chaque fois quâon peut lâĂ©viter, « câest mieux ».
AprĂšs les lycĂ©ens qui avaient sĂ©chĂ© le cours de droit hier, câĂ©tait donc au tour dâun maire de sĂ©cher le suivant.
Le ministre de lâIntĂ©rieur Laurent Nuñez lui a rĂ©pondu quelques heures plus tard :
« La violence nâest jamais lĂ©gitime, rien ne justifie la violence. »
Visiblement, le contrÎle continu mérite encore quelques révisions.
đ§ De Morteau Ă Besançon, le mouvement arrive aussi chez nous
Le phĂ©nomĂšne nâest pas restĂ© coincĂ© derriĂšre le pĂ©riphĂ©rique parisien.
Dans le Haut-Doubs, des élÚves du lycée Edgar-Faure de Morteau se sont rassemblés mardi matin pour réclamer davantage de moyens et contester notamment les restrictions concernant les téléphones portables.
Ă Pontarlier, en revanche, la tentative de mobilisation devant le lycĂ©e Xavier-Marmier nâa pas rĂ©uni suffisamment de participants pour rĂ©ellement prendre.
à Besançon, le mouvement a été nettement plus visible : environ 150 élÚves se sont mobilisés devant Pasteur et 300 devant Pergaud. Des pétards et un feu de poubelle ont également été signalés prÚs du lycée Tristan-Bernard à Planoise.
La violence, Ă un moment donnĂ©, elle peut ĂȘtre lĂ©gitime aussi
Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis-Du-Bas)
Et Ă Belfort, oĂč quelque 300 jeunes Ă©taient mobilisĂ©s devant les lycĂ©es Condorcet et Follereau, les affrontements ont franchi un cap : aprĂšs des tirs de mortiers, les policiers ont notamment reçu des bouteilles dâacide chlorhydrique, selon le rĂ©cit de LâEst RĂ©publicain.
Rien de comparable nâest signalĂ© Ă Morteau ou Pontarlier. Contraste entre Haut et Bas.
Et il serait particuliĂšrement malhonnĂȘte de confondre quelques individus venus avec des projectiles avec les centaines de lycĂ©ens mobilisĂ©s pour parler de professeurs absents, de classes surchargĂ©es ou de bĂątiments dĂ©gradĂ©s.
đČ Lâalgorithme nâa pas inventĂ© le cocktail Molotov
Reste TikTok.
La plateforme nâa Ă©videmment pas inventĂ© les manifestations lycĂ©ennes, les poubelles brĂ»lĂ©es, les mortiers dâartifice ni les casseurs venus se greffer sur une mobilisation. Mais elle change radicalement la vitesse de propagation dâun mot dâordre.
Un tract abandonné devant un lycée touche quelques centaines de personnes. Une vidéo TikTok peut en toucher 800 000 en deux jours.
Et quand des images spectaculaires de blocages, de policiers, de flammes et de tirs de mortiers deviennent prĂ©cisĂ©ment celles que lâalgorithme rĂ©compense parce quâelles font regarder, commenter et partager, la frontiĂšre entre information, mobilisation et spectacle devient sĂ©rieusement poreuse.
Pour lâinstant, on ne peut donc pas Ă©crire que TikTok appelle les lycĂ©ens Ă venir armĂ©s.
On peut en revanche établir quelque chose de plus intéressant : les appels aux blocages sont devenus massivement viraux sur TikTok ; parallÚlement, des appels à venir équipés de mortiers et de chandelles romaines circulent sur les réseaux sociaux ; et ces engins sont désormais effectivement utilisés devant certains lycées.
Le tract photocopié avait au moins une faiblesse.
Une fois tombé par terre, il cessait généralement de recommander le suivant.

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đ„ Blocages lycĂ©ens et TikTok : des appels viraux, puis des mortiers devant les lycĂ©es
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