Infirmière et sexologue, Sandra a lancé Athéa au printemps pour parler d’intimité, de couple, de maternité, de charge mentale et de temps pour soi.
CTV lui avait proposé une petite interview légère. Sandra a répondu très sérieusement. Et sur neuf pages. Nous avons donc rapidement abandonné le concept de « petite interview ».
📰 Dans cet article
🌱 Athéa, ou l’intimité bien au-delà de la chambre à coucher
Athéa est née en avril, mais le projet s’appuie sur une activité déjà bien installée : Sandra est infirmière et sexologue depuis 2023. Son idée n’était pas de lancer un compte supplémentaire distribuant une solution miracle entre deux vidéos de trente secondes.
« Ce projet est surtout né de mon envie d’écrire, de partager et de transmettre », explique-t-elle à CTV.
Son constat professionnel est simple : consulter n’est pas toujours nécessaire. Parfois, il faut surtout pouvoir parler, trouver une piste de réflexion ou mettre des mots sur ce que l’on ressent.
Et surtout, éviter de compartimenter artificiellement les problèmes.
« Les problématiques liées à l’intimité ne se résument pas à la sexualité. Tout est lié. Quand on est préoccupé, malade, qu’on dort mal, qu’on est épuisé par son travail ou par le quotidien, que l’on traverse une période difficile dans son couple, cela peut forcément avoir un impact sur notre intimité et notre désir. »
Sa double casquette d’infirmière libérale et de sexologue lui donne également accès à des moments où les questions surgissent sans rendez-vous estampillé « parlons de notre vie intime ». Lors de soins après un cancer du sein, par exemple, les échanges peuvent dériver naturellement vers le corps, l’image de soi, la relation à l’autre ou la sexualité.
C’est de là qu’est née l’idée d’Athéa : un espace pour lire, réfléchir et se questionner, sans prétendre qu’un conseil universel peut régler tout le monde en trente secondes.
Sandra assume d’ailleurs un choix presque révolutionnaire sur les réseaux sociaux : elle écrit.
Pas de vidéo pour expliquer l’existence humaine avant que l’utilisateur ait eu le temps de finir son café.
« La lecture permet de prendre son temps, d’intégrer les choses, de se questionner et parfois de revenir sur un sujet plusieurs jours après. »
Elle réfléchit néanmoins à des contenus audio, notamment pour rendre Athéa plus accessible aux personnes dyslexiques.
👩👧 Le « mère-credi » : être mère sans devenir uniquement « la maman de »
CTV avait repéré un « mère-credi » dans les publications d’Athéa. Derrière le jeu de mots se trouve un sujet qui revient beaucoup chez Sandra : peut-on devenir parent sans faire disparaître la personne qui existait avant ?
Pour elle, oui. Et cela demande même de ne pas confondre présence et sacrifice permanent.
« Moi, j’ai toujours été une femme avant d’être une maman. J’adore mes enfants et j’aime passer du temps avec eux, mais j’aime aussi travailler, avoir mes projets, partir seule… Être mère ne signifie pas mettre tout cela de côté. »
« La lecture permet de prendre son temps, d’intégrer les choses, de se questionner et parfois de revenir sur un sujet plusieurs jours après. »
Sandra, fondatrice d’Athéa
Le mercredi, lorsqu’elle est disponible, Sandra bloque ainsi trois ou quatre heures pour ses enfants. Pas simplement trois heures dans la même pièce avec un œil sur le téléphone et l’autre sur une conversation professionnelle.
« On peut être physiquement présent avec son enfant tout en étant mentalement ailleurs. »
Son équilibre tient donc moins au nombre d’heures consacrées à chacun qu’à leur qualité : être réellement avec ses enfants lorsqu’elle est avec eux, sans pour autant considérer que tout le reste de son identité doit être rangé dans un placard jusqu’à leur majorité.
📵 L’équilibre vie pro-vie perso commence peut-être par couper les notifications
Sur le papier, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est formidable. Dans la pratique, il possède un ennemi qui tient dans une poche et sonne à toute heure.
Télétravail, téléphone, messageries professionnelles : la frontière est devenue suffisamment poreuse pour qu’un dossier professionnel puisse désormais vous accompagner jusque sur le canapé.
Sandra connaît le problème avec ses deux activités.
Elle a donc adopté une technologie particulièrement sophistiquée : le bouton qui coupe les notifications. Elle possède même deux téléphones et n’hésite pas à éteindre le professionnel lorsqu’elle est en repos.
« Il faut aussi accepter une chose : on n’est pas indispensable professionnellement. Le monde ne va pas s’arrêter parce qu’on ne répond pas à un message pendant quelques heures. »
CTV confirme qu’au moment de la publication de cet article, l’économie française devrait normalement avoir survécu.
Pour Sandra, l’objectif n’est d’ailleurs pas d’atteindre un équilibre parfait, nouvelle performance à inscrire au programme de la semaine, mais de poser des limites et de les ajuster selon les périodes de la vie.
☕ Le self-care existait déjà, mais mamie ne l’appelait pas comme ça
Yoga, journaling, méditation, routine matinale, développement personnel : prendre soin de soi est devenu suffisamment organisé pour qu’on puisse désormais échouer à prendre soin de soi correctement.
Sandra voit bien le paradoxe.
Le problème, explique-t-elle, n’est pas le self-care, mais le moment où celui-ci devient une nouvelle obligation : faire du sport, méditer, écrire, bien manger et, si possible, ne surtout pas culpabiliser de ne pas réussir à tout faire. Alors que prendre soin de soi peut être beaucoup plus banal.
« Ça peut être boire tranquillement un café sur sa terrasse, aller marcher, écouter de la musique ou simplement s’accorder un moment sans rien faire. »
Sandra émet même une hypothèse historiquement audacieuse : nos grands-mères pratiquaient déjà le self-care. Elles tricotaient, allaient chercher des champignons en forêt ou écoutaient la radio. Elles ignoraient simplement qu’il aurait fallu créer un carrousel Instagram en six slides pour l’expliquer.
« Il vaut mieux une petite habitude qui nous apporte quelque chose qu’une routine parfaite qui devient une contrainte de plus. »
❤️ « Le désir n’est pas un bouton sur lequel on appuie »
C’est là que les différentes facettes d’Athéa finissent par se rejoindre.
Manque de temps, charge mentale, fatigue, image de soi, difficultés de couple et perte de désir arrivent rarement séparément dans des boîtes hermétiques.
« Le désir, par exemple, n’est pas un bouton sur lequel on appuie. Quand on est épuisé, préoccupé, que l’on ne se sent plus bien dans son corps ou que l’on accumule des tensions dans son couple, il est assez logique que l’intimité puisse être mise de côté. »
Sandra rencontre notamment beaucoup de culpabilité chez les femmes : ne pas avoir envie, ne pas avoir suffisamment de temps pour les enfants, le couple ou elles-mêmes, ne pas correspondre à l’image qu’elles pensent devoir donner.
Mais derrière les motifs de consultation revient surtout une demande beaucoup plus élémentaire : pouvoir parler sans être jugé.
« Derrière une question sur la sexualité, il y a souvent toute une personne avec son histoire, son quotidien, ses émotions et ses relations. Et c’est cette personne-là qu’il faut accompagner, pas simplement le “problème” qu’elle vient consulter. »
👶 Un bébé agrandit la famille, il ne devrait pas faire disparaître le couple
La préparation à l’arrivée d’un enfant est particulièrement efficace pour apprendre qu’il faut acheter un siège-auto, prévoir des couches et probablement renoncer temporairement au sommeil.
Pour la transformation du couple, le mode d’emploi est plus succinct.
Sandra estime qu’on prépare insuffisamment les futurs parents à cet aspect.
« Il vaut mieux une petite habitude qui nous apporte quelque chose qu’une routine parfaite qui devient une contrainte de plus. »
Sandra, fondatrice d’Athéa
Fatigue, répartition des responsabilités, moins de temps à deux, modifications du corps et de la libido : l’arrivée d’un enfant bouleverse également une relation.
Elle conseille d’aborder ces sujets avant même la naissance : conception de l’éducation, répartition des tâches, rôle de chacun, organisation permettant à chacun de souffler et moments que le couple souhaite préserver.
« Avant d’être parents, on était un couple, mais aussi deux individus avec leurs propres besoins et leur propre identité. »
Et quand le quotidien a tout envahi, les grands projets romantiques ne sont pas nécessairement la solution.
Un dîner, une promenade ou quelques minutes de vraie conversation peuvent déjà constituer des « moments de qualité ».
« Un bébé vient agrandir une famille, mais il ne doit pas forcément faire disparaître le couple. »
🤐 Ce dont on n’ose toujours pas parler
Lorsqu’on lui demande quels sujets intimes restent difficiles à aborder en 2026, Sandra ne manque pas d’exemples.
Certaines femmes n’ont jamais ressenti de plaisir ou connaissent mal leur propre corps. Dire à son partenaire ce que l’on aime, ce que l’on voudrait essayer ou ce que l’on aimerait voir changer reste compliqué.
Chez les hommes, les troubles de l’érection et les complexes liés à la taille du pénis demeurent particulièrement sensibles, notamment lorsqu’ils sont vécus comme une remise en cause de la masculinité.
Pratiques, fantasmes, orientation : le contenu des questions varie. Mais ce qui frappe Sandra n’est pas tellement leur nature.
« C’est le poids de la honte, de la peur du jugement et de la peur de décevoir l’autre. »
Mettre des mots sur une inquiétude permet parfois déjà de commencer à la dédramatiser.
📱 Trente abonnés, mais pas trente lecteurs
Athéa est encore une toute petite communauté sur Instagram. Le site et l’activité de Sandra, eux, existent depuis plus de trois ans, et elle constate également une progression sur Pinterest.
Quant à Instagram, il présente une particularité amusante lorsqu’on parle de sujets intimes : tout le monde ne souhaite manifestement pas laisser une trace visible de son intérêt.
« Il y a des personnes qui regardent régulièrement mes contenus ou mes stories sans forcément s’abonner. Cela me fait sourire parce que je peux parfois reconnaître des personnes qui me suivent discrètement depuis un moment ! »
Le nombre d’abonnés ne l’obsède pas. Elle préfère qu’une personne trouve une réponse à une question qu’elle n’osait pas poser plutôt que d’accumuler des compteurs.
Et elle rappelle au passage une évidence parfois sacrifiée sur l’autel du nombre de followers : celui-ci ne dit rien, à lui seul, des compétences ou de la formation d’un professionnel.
🗓️ Le « mère-credi » a finalement eu lieu un mardi
Restait à CTV une question fondamentale.
Le mercredi avec les enfants est-il véritablement compatible avec le « temps pour soi » ? Réponse de Sandra : pas vraiment.
« Je connais assez peu de parents qui ont réellement du temps pour eux le mercredi ! »
Lorsqu’elle est avec ses enfants, ce temps leur est consacré. Le temps pour soi doit donc se trouver ailleurs dans l’organisation. Et Sandra apporte elle-même la meilleure conclusion possible à ce dossier :
« D’ailleurs, cette interview sur le “mère-credi”, je la fais un mardi matin, pendant que les enfants sont à l’école ! Donc finalement, j’ai trouvé mon temps pour moi… juste pas le mercredi ! »
CTV prend acte.
🧘♀️ Et surtout : arrêtez de lui dire de « lâcher prise »
Pour terminer, nous lui avons proposé de supprimer une injonction du grand dictionnaire du développement personnel.
« Sortir de sa zone de confort » ?
« Prendre du temps pour soi » ?
« Devenir la meilleure version de soi-même » ?
Sandra n’a pas hésité.
« Lâcher prise. Je déteste un peu cette expression ! »
Parce que dire à quelqu’un de cesser de penser à ce qui l’inquiète ne fait pas nécessairement disparaître les enfants, le travail, les courses ou les rendez-vous.
Et, prévient-elle : « Personnellement, si on me dit ça alors que je suis énervée, je risque surtout de m’énerver davantage ! »
Elle préfère parler de retour au moment présent, avec notamment un exercice fondé sur les cinq sens : regarder, toucher, écouter, sentir, goûter pour ramener progressivement l’attention vers ce qui se passe ici et maintenant.
Le principe vaut aussi pour l’intimité : lorsqu’on est avec son partenaire mais que le cerveau rédige déjà la liste des courses du lendemain, le corps est présent, mais l’attention beaucoup moins.
« L’objectif n’est donc pas de faire disparaître ses pensées. C’est d’apprendre à revenir à son corps, à ses sensations et à ce qui se passe maintenant. »
Finalement, après neuf pages d’entretien, CTV a retenu deux choses.
La première : l’intimité commence parfois beaucoup plus loin de la chambre à coucher qu’on ne l’imagine.
La seconde : si Sandra est énervée, ne surtout pas lui conseiller de lâcher prise.
Carine Terre-Vioux
🎯 Chasseuse d’infos pour l’Ouest Républicain.
Je ne sais pas si Djäysonne est amoureux de moi ou s’il me prend pour sa mère.
Statut OR : Reporter tout terrain 📸
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Athéa : Sandra refuse de « lâcher prise » et remet le temps pour soi à sa place 🧘♀️
🔗 Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous êtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-même, mais on vous suggère fortement de jeter un œil à notre glossaire.