⚖️Syndicat de la magistrature : à la Fête de l’Huma, l’indépendance de la justice avait son stand

Le Syndicat de la magistrature était à la Fête de l’Huma. Au même moment, Gérard Poncet et le MHDGA avaient choisi la Coulée du Mont d’Or.

Le Syndicat de la magistrature était présent ce week-end à la Fête de l’Humanité, pour la quatrième année consécutive, avec le Syndicat des avocat·es de France. Au programme : justice, politique migratoire, jeunesse racisée, Palestine, environnement, fanfares et DJ sets. Au même moment, dans le Haut-Doubs, Gérard Poncet tenait le stand du MHDGA à la Coulée du Mont d’Or. Une confrontation à distance entre deux formes de militantisme qui a finalement nécessité l’intervention de Delphine Hans-Public et de son pognonier.

⚖️ Syndicat de la magistrature : le choix d’un événement sans coloration politique particulière

Pour sa quatrième année consécutive, le Syndicat de la magistrature avait installé son stand à la Fête de l’Humanité.

Ou plus exactement un stand commun avec le Syndicat des avocat·es de France.

L’information ne provient d’ailleurs pas d’un compte anonyme particulièrement remonté contre les juges, mais du Syndicat de la magistrature lui-même, qui avait publié fièrement son programme avant l’ouverture de la fête.

Et il faut reconnaître qu’en matière de neutralité chromatique, les organisateurs avaient fait un effort remarquable.

Vendredi à 18 heures était organisée une « table ronde politique » consacrée au droit des étrangers et aux programmes pour 2027.

Autour de la table :

  • un député socialiste,
  • un membre du comité exécutif national du Parti communiste,
  • une députée de La France insoumise
  • et une députée écologiste.

La rencontre était notamment animée par Mathilde Timothée, magistrate et secrétaire générale du Syndicat de la magistrature.

Le programme officiel est donc extrêmement clair.

L’Ouest Républicain n’a retrouvé ni représentant des Républicains, ni du Rassemblement national, ni du centre droit, ni d’une quelconque formation susceptible de faire baisser brutalement la température du stand.

Il est toutefois possible que Jordan Bardella ait été retenu en Isère par des problèmes d’oignons.

🎪 Une programmation qui ne s’arrêtait pas à quatre partis de gauche

Le reste du week-end ne cassait pas vraiment l’ambiance.

Samedi matin, débat sur la justice internationale sous pression politique.

À 14 heures, une table ronde en partenariat avec Blast sur la manière dont les amendes forfaitaires délictuelles « surpénalisent la jeunesse racisée ».

Plus tard, présentation d’un ouvrage consacré à l’interdiction de manifestations de soutien à la cause palestinienne.

Dimanche, discussions sur le traitement judiciaire des violences sexuelles et sexistes, puis sur la « criminalisation » des défenseurs de l’environnement.

Le tout entrecoupé de fanfares, stand-up, DJ sets, buvette et sandwichs.

« Le Mont d’Or, à la fin, on le mange. Essayez de faire ça avec un local parisien. »

Gérard Poncet, Président du MHDGA

Soyons justes : aucune disposition du statut de la magistrature n’impose à un magistrat de passer son dimanche à écouter France Musique dans un salon beige en relisant le Code de procédure civile.

Un syndicat de magistrats possède une liberté d’expression. Il peut avoir une doctrine, défendre des revendications, combattre des projets de loi et organiser des débats. Il peut même écouter un DJ.

Le problème est ailleurs.

Lorsque l’on consacre une partie importante du débat public à expliquer que la justice doit être protégée du soupçon de politisation, organiser une table ronde électorale pour 2027 avec quatre formations toutes situées du même côté de l’échiquier politique constitue un choix de communication assez audacieux.

À ce niveau-là, L’Ouest Républicain n’a même plus besoin d’inventer la satire. Nous devons simplement recopier le programme.

🧀 Pendant ce temps, Gégé défendait une autre forme d’indépendance

Le hasard du calendrier avait pourtant prévu une expérience témoin.

Le samedi 12 septembre, pendant qu’une partie de la magistrature syndiquée poursuivait ses travaux à la Fête de l’Huma, Gérard Poncet représentait le MHDGA à la Coulée du Mont d’Or de Pontarlier.

Le Mouvement des Haut-Doubistes Gens Authentiques avait posé son stand au milieu des fromagers, des dégustations, des démonstrations et d’un environnement globalement beaucoup plus riche en sangles d’épicéa qu’en théorie pénale.

Interrogé par L’Ouest Républicain sur la présence du Syndicat de la magistrature à la Fête de l’Humanité, Gérard Poncet a d’abord demandé si « l’Humanité » était toujours un journal.

Une fois le concept réexpliqué, le candidat MHDGA aux municipales de Pontarlier s’est montré rassurant.

« Moi aussi j’ai tenu un stand politique samedi. Mais devant nous, y avait surtout du Mont d’Or. J’ai parlé avec des gens de droite, de gauche et même avec un monsieur qui ne savait pas pour qui voter. Après trois verres, il ne savait plus non plus où il habitait. C’est ça, le pluralisme. »

Selon Gérard Poncet, le MHDGA aurait d’ailleurs accepté sans difficulté la présence d’un représentant de La France insoumise sur son stand.

« S’il mange du fromage, évidemment. On a quand même des principes. »

🚬 Gisèle demande si les jugements étaient rendus directement sur place

À Morteau, Gisèle a découvert l’affaire avec davantage de pragmatisme.

L’ancienne patronne du tabac-presse pensait initialement que le stand du Syndicat de la magistrature proposait une permanence juridique.

« Je me suis dit que c’était pratique. Tu fais la fête, tu bois deux coups, tu te fais gauler en repartant et le juge est déjà là. On gagne un temps fou. »

Après avoir appris qu’il s’agissait notamment de débats politiques, Gisèle s’est montrée plus circonspecte.

« Ah. Donc ce n’est pas comme à la foire, quand le Crédit Agricole met un stand pour expliquer les prêts immobiliers ? »

Non.

« Et ils avaient invité tous les partis ? »

Non plus.

« Ah. »

Le Syndicat de la magistrature était à la Fête de l’Huma. Au même moment, Gérard Poncet et le MHDGA avaient choisi la Coulée du Mont d’Or.

Gisèle a ensuite repris son café et demandé à L’Ouest Républicain de ne surtout pas l’entraîner davantage sur le terrain constitutionnel avant l’apéritif.

💶 Et soudain, le pognonier entre dans le dossier

Jusque-là, l’affaire pouvait rester cantonnée à la question classique de l’image d’impartialité. C’était sans compter sur les archives de l’Assemblée nationale. En 2014, le ministère de la Justice avait été interrogé précisément sur le financement du Syndicat de la magistrature.

Sa réponse mérite d’être relue. En raison de sa représentativité, le SM était éligible à une subvention annuelle de fonctionnement. En 2013, celle-ci s’élevait théoriquement à 14 626,16 euros.

Mais le ministère précisait que, comme pour plusieurs autres organisations syndicales des services judiciaires, les loyers et charges des locaux mis à disposition pour accueillir son siège national étaient déduits de cette subvention.

Dans le cas du Syndicat de la magistrature, le coût des loyers absorbait alors entièrement la subvention.

Conclusion du ministère : depuis 2008, le SM ne recevait plus de subvention directe en espèces, mais bénéficiait de la prise en charge financière de ses loyers. Ce n’est pas tout à fait la même chose que recevoir un chèque. Mais ce n’est pas non plus rien.

Et quelque part, dans un bureau dont personne ne connaît précisément la température, Delphine Hans-Public venait de relever la tête.

📊 DHP refuse catégoriquement de compter gratuitement

Contactée par L’Ouest Républicain, Delphine Hans-Public a immédiatement demandé trois éléments :

  • le bail actuel,
  • la surface des locaux
  • et le montant annuel des charges.

Nous ne les avions pas. La discussion aurait pu s’arrêter là. Elle s’est arrêtée là.

« Pas de donnée, pas de calcul », a tranché DHP.

L’Ouest Républicain lui a tout de même fait remarquer que le siège du Syndicat de la magistrature se trouve aujourd’hui au 91 rue de Charenton à Paris et qu’un local professionnel parisien possède nécessairement une valeur d’usage.

« Je sais ce qu’est un loyer », a répondu DHP.

Puis elle a déplacé le pognonier de trente centimètres vers la droite. Le message était clair.

À ce stade, il serait malhonnête d’affirmer que l’État pourrait louer aujourd’hui à un tiers des locaux publics occupés gratuitement par le syndicat : nous n’avons pas établi que l’actuel siège appartient à l’État, ni retrouvé le montage financier actuel du bail.

En revanche, la documentation officielle permet d’établir historiquement une prise en charge du loyer par l’administration en substitution de la subvention de fonctionnement.

Et les organisations syndicales représentatives disposent toujours de moyens publics pour leur activité : crédits de temps syndical, outils informatiques, messagerie institutionnelle, accès à des plateformes collaboratives et, sous certaines conditions, matériel informatique fourni par le ministère.

Pour DHP, le problème n’est donc pas moral. Il est comptable.

« Une dépense publique reste une dépense publique lorsqu’elle est payée directement au fournisseur plutôt qu’au bénéficiaire. »

Elle a ensuite précisé qu’elle attendrait les chiffres actuels avant de convertir quoi que ce soit en Bernard Arnault. Le pognonomètre restera donc provisoirement à zéro BA. Par rigueur méthodologique.

Il faut enfin éviter le raccourci facile.

Les moyens syndicaux accordés par l’administration ne constituent pas une faveur mystérieuse spécifiquement accordée au Syndicat de la magistrature. Ils s’inscrivent dans les règles générales du dialogue social et profitent aux organisations représentatives selon les dispositifs prévus par les textes.

Aux élections professionnelles de février 2026, le SM a recueilli 25,03 % des suffrages des magistrats, derrière l’Union syndicale des magistrats à 60,99 %. Il dispose donc d’une représentativité parfaitement réelle au sein de la profession.

Ce n’est donc pas l’existence de moyens syndicaux publics qui constitue la blague. C’est la juxtaposition.

Un syndicat de magistrats bénéficiant, comme les autres organisations représentatives, de ressources liées à son activité syndicale ;

  • un stand à la Fête de l’Humanité ;
  • une table ronde explicitement consacrée au programme politique de 2027 ;
  • quatre partis invités ;
  • tous du même bord ;

et, 400 kilomètres plus à l’est, Gérard Poncet en train de défendre le pluralisme politique devant une meule de fromage.

La République produit parfois elle-même des scénarios que L’Ouest Républicain aurait hésité à écrire.

🧀 Gégé propose finalement un échange de bonnes pratiques

Informé que le Syndicat de la magistrature bénéficie d’un cadre matériel lié à sa représentativité, Gérard Poncet a immédiatement demandé si le MHDGA pouvait prétendre au même dispositif.

Nous lui avons rappelé que le MHDGA n’était pas un syndicat professionnel de magistrats.

« Oui, mais nous aussi on représente des gens. »

Pas juridiquement de la même manière.

« Et le local ? »

Non plus.

« Même un petit ? »

Toujours non.

Gérard Poncet a finalement annoncé qu’il conserverait son système actuel : une table pliante, deux chaises, un kakémono légèrement de travers et la proximité stratégique d’une buvette.

D’après lui, ce dispositif présente également un avantage budgétaire majeur.

« Le Mont d’Or, à la fin, on le mange. Essayez de faire ça avec un local parisien. »

Delphine Hans-Public n’a pas souhaité commenter cette proposition.

Mais plusieurs témoins affirment l’avoir vue inscrire discrètement « valeur résiduelle : supérieure » sur son carnet.

Paul Emique
Statut OR : Rédac chef 📰

🍷 Le débat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest Républicain, le groupe de discussion rattaché à la page, et modéré par Gisèle.

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