đŸ“ș LFI BFMTV : trop dur de dire « fasciste » toutes les 30 secondes quand l’info continue

LFI BFMTV : le boycott. Difficile de prĂ©parer son commentaire politique quand l’information en continu s’obstine Ă  continuer.

La relation LFI BFMTV vient de connaĂźtre un problĂšme technique majeur : BFMTV fait de l’information en continu. La France insoumise boycotte la chaĂźne pendant une semaine, lassĂ©e des changements de sujets, des dĂ©bats surprises et des commentaires demandĂ©s « superficiellement » et « Ă  chaud ».

Une contrainte terrible : difficile de prĂ©parer trente minutes sur le fascisme quand, au troisiĂšme duplex, l’actualitĂ© dĂ©cide soudainement qu’il faut parler de la rĂ©sidence de CĂ©line Dion.

📡 LFI BFMTV : l’information prĂ©sente l’inconvĂ©nient de continuer

La France insoumise a annoncĂ© qu’elle ne rĂ©pondrait favorablement Ă  aucune invitation de BFMTV pendant une semaine.

Le mouvement reproche à la chaßne des déprogrammations de derniÚre minute, des changements de thÚme sans justification et des interviews capables de se transformer en « débat surprise ».

Surtout, LFI explique que ses dĂ©putĂ©s et porte-parole ne sont pas des chroniqueurs ni des « variables d’ajustement » et refuse que leur temps de parole soit utilisĂ© pour commenter « superficiellement » et « Ă  chaud » des sujets choisis pour faire de l’audience.

Le problÚme est sérieux.

Car l’information en continu souffre depuis son invention d’un dĂ©faut structurel que personne n’avait encore rĂ©ussi Ă  corriger :

elle continue.

Vous pouvez arriver Ă  8 h 45 avec un dossier de douze pages sur la montĂ©e du fascisme, trois citations de Jean JaurĂšs et l’intention parfaitement lĂ©gitime d’expliquer que la RĂ©publique se trouve au bord du prĂ©cipice.

  1. À 8 h 52, un camion est renversĂ© sur l’A6.
  2. À 8 h 57, Donald Trump Ă©crit quelque chose.
  3. À 9 h 03, CĂ©line Dion possĂšde apparemment toujours une maison.
  4. Et à 9 h 07, le présentateur vous demande ce que vous pensez du prix des billets de concert.
LFI BFMTV : le boycott. Difficile de prĂ©parer son commentaire politique quand l’information en continu s’obstine Ă  continuer.

Essayez donc de placer « fasciste » toutes les trente secondes dans ces conditions.

MĂȘme avec de l’entraĂźnement, ça devient technique.

đŸœïž Le commentaire plat n’est pas toujours au menu

LFI reproche donc notamment à BFMTV de lui demander du commentaire politique immédiat, parfois sur des sujets différents de ceux initialement annoncés.

À L’Ouest RĂ©publicain, nous avons traduit le communiquĂ© : les Insoumis refusent dĂ©sormais de servir des commentaires plats.

Un commentaire politique digne de ce nom doit manifestement mijoter.

Il faut laisser revenir l’élĂ©ment de langage Ă  feu doux, incorporer progressivement deux cuillĂšres de lutte des classes, rectifier l’assaisonnement rĂ©publicain puis ajouter le fascisme seulement en fin de cuisson.

BFMTV semble préférer la formule du midi.

« Il nous faut votre réaction dans trente secondes. »

Forcément, le résultat peut manquer de profondeur.

La chaĂźne rĂ©pond de son cĂŽtĂ© qu’une chaĂźne d’information en continu doit prĂ©cisĂ©ment « s’adapter en permanence Ă  l’actualitĂ© » et que sa programmation, ses horaires, ses formats ou la composition de ses plateaux peuvent Ă©voluer.

« Sujet validĂ© par l’ensemble des intervenants »

Proposition du service communication de BFMTV pour remplacer “Alerte Info”

Ce qui ressemble tout de mĂȘme furieusement Ă  la dĂ©finition d’une chaĂźne d’information en continu.

LFI avait probablement commandé autre chose.

đŸŽ€ Et soudain, CĂ©line Dion arrĂȘte de chanter

C’est peut-ĂȘtre lĂ  que BFMTV demande vĂ©ritablement l’impossible Ă  ses invitĂ©s.

Vous arrivez sur le plateau parfaitement prĂ©parĂ©. Votre fiche est prĂȘte. Vous avez trente minutes sur la fascisation de la sociĂ©tĂ©, deux passages sur les milliardaires, trois sur l’extrĂȘme droite et suffisamment de matiĂšre pour placer « fasciste » toutes les trente secondes jusqu’à la prochaine coupure pub.

Et puis Céline Dion fait quelque chose. En temps normal, cela pourrait attendre.

Sauf que CĂ©line Dion vient de commencer Ă  Paris sa premiĂšre vĂ©ritable sĂ©rie de concerts depuis six ans, que son retour est suivi comme un Ă©vĂ©nement national et que des fans stationnent devant son hĂŽtel dans l’espoir de l’apercevoir.

Autrement dit, le genre de sujet pour lequel une chaĂźne d’information en continu est parfaitement capable de couper un dĂ©bat politique.

« Nous interrompons Manuel Bompard pour retrouver immĂ©diatement notre envoyĂ© spĂ©cial devant l’hĂŽtel de CĂ©line Dion. »

Pourquoi ?

Parce que CĂ©line Dion, aprĂšs avoir chantĂ© cinq minutes devant ses fans, vient de rentrer dans l’établissement.

« Que se passe-t-il sur place ? »

— Eh bien Ă©coutez, nous avons trĂšs peu d’informations pour l’instant. CĂ©line Dion a cessĂ© de chanter il y a maintenant quatre minutes et trente-sept secondes. Elle est rentrĂ©e dans son hĂŽtel. Son entourage n’a fait aucun commentaire.

Retour plateau.

« Merci Jean-Baptiste. Nous vous retrouvons évidemment immédiatement si la situation évolue. »

Et lĂ , vous ĂȘtes Manuel Bompard. Vous aviez prĂ©vu de parler du fascisme. On vous demande votre analyse sur les cinq minutes d’absence de CĂ©line Dion.

Il faut prendre une décision.

  • Soit expliquer que la chanteuse quĂ©bĂ©coise est probablement allĂ©e pisser.
  • Soit rĂ©ussir Ă  rattacher l’évĂ©nement Ă  la concentration des mĂ©dias entre les mains des milliardaires.

Dans les deux cas, le conducteur initial est foutu.

C’est cela, le vĂ©ritable problĂšme de l’information en continu : elle s’obstine Ă  considĂ©rer qu’une information nouvelle peut devenir plus importante que celle dont l’invitĂ© avait prĂ©vu de parler.

BFMTV appelle ça « s’adapter en permanence Ă  l’actualitĂ© ». Pour un responsable politique venu avec ses Ă©lĂ©ments de langage, ça ressemble beaucoup Ă  une embuscade.

Et avec Céline Dion actuellement à Paris, le danger est permanent.

  • Elle ressort de l’hĂŽtel : duplex.
  • Elle monte dans une voiture : Ă©dition spĂ©ciale.
  • Elle baisse la vitre : analyse en plateau.
  • Elle retourne chanter : « Ă©vĂ©nement BFMTV ».
  • Elle va pisser cinq minutes : envoyĂ© spĂ©cial maintenu sur place, par prĂ©caution.

Dans ces conditions, impossible de garantir un « fasciste » toutes les trente secondes.

L’actualitĂ© manque vraiment de discipline.

đŸ”„ « À chaud » : la pire tempĂ©rature possible

Le communiquĂ© de LFI insiste aussi sur son refus des rĂ©actions « Ă  chaud ». LĂ  encore, l’incompatibilitĂ© avec la tĂ©lĂ©vision d’information paraĂźt presque conceptuelle.

Une chaĂźne d’info fonctionne assez rarement selon le principe : « Un Ă©vĂ©nement vient de se produire, retrouvons-nous jeudi prochain aprĂšs rĂ©flexion collective. »

Il arrive mĂȘme que les journalistes demandent une rĂ©action alors que l’évĂ©nement est encore en train de se produire. C’est extrĂȘmement dĂ©loyal. Le responsable politique n’a pas encore reçu la note du groupe WhatsApp.

Il ignore quel élément de langage utiliser. Le fascisme est-il « rampant », « décomplexé », « institutionnalisé » ou simplement « inquiétant » ? Quelques minutes de préparation peuvent éviter un terrible contresens.

BFMTV devrait donc envisager une rĂ©forme simple : figer l’actualitĂ© pendant la prĂ©sence des invitĂ©s.

Entre 8 h 30 et 9 h, aucune guerre ne commence, aucun ministre ne dĂ©missionne, aucun train ne dĂ©raille et CĂ©line Dion s’engage Ă  ne pas chanter en bas de son hĂŽtel.

On pourrait enfin travailler correctement.

đŸȘ‘ Panot et Bompard rendent leur tablier

Le boycott a déjà eu des conséquences trÚs concrÚtes.

Mathilde Panot a renoncé à participer à un débat consacré au climat et Manuel Bompard ne doit pas participer ce dimanche à « BFM Politique ».

BFMTV s’est dite « surprise » de la dĂ©cision et estime que cette absence remet en cause le pluralisme qu’elle doit garantir.

DerriĂšre l’amusante querelle d’organisation se trouve cependant un conflit beaucoup plus politique : LFI reproche Ă©galement Ă  la chaĂźne de donner davantage de place Ă  des intervenants et thĂšmes associĂ©s, selon elle, Ă  l’extrĂȘme droite, ainsi que le traitement de prĂ©cĂ©dentes sĂ©quences concernant ses responsables.

Le différend dépasse donc largement une simple modification de conducteur.

Mais reconnaßtre cela ferait perdre énormément de potentiel à la résidence de Céline Dion.

đŸ“ș BFMTV devrait peut-ĂȘtre passer sur rendez-vous

Il reste maintenant à imaginer le modÚle médiatique susceptible de satisfaire tout le monde.

Une chaĂźne d’information, mais uniquement lorsque l’information correspond au thĂšme prĂ©vu. Les invitĂ©s recevraient le sujet quarante-huit heures avant. Toute actualitĂ© nouvelle serait priĂ©e d’attendre.

Le prĂ©sentateur ne pourrait ajouter un contradicteur qu’avec l’accord prĂ©alable des deux parties et un dĂ©lai de rĂ©tractation de quatorze jours.

Le bandeau « ALERTE INFO » serait remplacĂ© par : « Sujet validĂ© par l’ensemble des intervenants ».

Ce serait moins réactif, mais remarquablement confortable.

Pour l’instant, le boycott LFI BFMTV ne porte que sur cette semaine. Le mouvement indique qu’il dĂ©cidera ensuite de son attitude en fonction des rĂ©ponses apportĂ©es par la chaĂźne.

Il existe donc encore une chance de rĂ©conciliation. À condition que BFMTV fasse un effort.

Par exemple en promettant que lorsqu’un Insoumis vient parler fascisme, aucun fait nouveau ne sera autorisĂ© Ă  se produire avant la fin de l’émission.

MĂȘme chez CĂ©line Dion.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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