Les prix du carburant flambent à nouveau et les appels à ressortir les Gilets jaunes se multiplient pour le 17 octobre. Huit ans aprÚs 2018, le réflexe est connu : gilet fluorescent, rond-point et colÚre contre le prix à la pompe. Seul petit problÚme cette fois-ci : une bonne partie du problÚme se trouve à quelques milliers de kilomÚtres du rond-point.
đ° Dans cet article
✠Prix du carburant : le rond-point nâest plus exactement au bon endroit
Il y a des traditions françaises qui résistent admirablement au temps.
Le café au comptoir. Le débat sur les 35 heures. La certitude que le département voisin conduit moins bien que le nÎtre. Et, lorsque le prix du gazole devient désagréable à regarder, le gilet jaune posé sur le tableau de bord.
Depuis quelques jours, des appels à une nouvelle mobilisation circulent massivement sur les réseaux sociaux. Une date revient : le 17 octobre. Le contexte facilite évidemment la résurrection. à Pontarlier, le gazole se négocie actuellement autour de 2,25 à 2,37 euros le litre selon les stations et les relevés disponibles.
à ce prix-là , le plein commence effectivement à ressembler à une mensualité.
Le problĂšme est quâentre 2018 et 2026, le scĂ©nario a lĂ©gĂšrement changĂ©.
En 2018, la contestation sâĂ©tait notamment construite contre les hausses de fiscalitĂ© sur les carburants et dans le prolongement de lâabaissement Ă 80 km/h sur les routes secondaires. Le gouvernement français constituait donc une cible assez logique : il prenait une dĂ©cision française, appliquĂ©e en France, que des Français pouvaient contester devant les institutions françaises.
En 2026, Emmanuel Macron peut toujours ĂȘtre tenu responsable de la pluie, du classement de lâASSE ou de la tempĂ©rature du cafĂ© sur une aire dâautoroute.
Pour le dĂ©troit dâOrmuz, le dossier devient plus compliquĂ©.
đ Le problĂšme est quelques milliers de kilomĂštres plus loin
Le pĂ©trole vient de repasser au-dessus des 100 dollars le baril dans un contexte de guerre au Moyen-Orient, de perturbations persistantes dans le golfe Persique et dâattaques contre plusieurs infrastructures Ă©nergĂ©tiques.
Le dĂ©troit dâOrmuz, par lequel transitait avant le conflit environ un cinquiĂšme des flux mondiaux de pĂ©trole et de gaz naturel liquĂ©fiĂ©, ne fonctionne plus normalement. Dans le mĂȘme temps, la situation sâest Ă©galement tendue autour de Bab el-Mandeb et de la mer Rouge.
« Baisser une taxe ne produit pas un baril supplémentaire. Cela produit une recette fiscale en moins. »
Delphine Hans-Public
Autrement dit, une partie du pĂ©trole mondial doit actuellement accomplir quelque chose qui ressemble de plus en plus Ă un parcours dâorientation militaire avant dâatteindre une raffinerie.
Le marché a réagi selon une méthode économique particuliÚrement sournoise : quand une ressource devient plus difficile à transporter et que son approvisionnement paraßt moins sûr, son prix augmente.
Aucun dĂ©cret français nâa encore rĂ©ussi Ă abolir ce mĂ©canisme.
đȘ Le gilet jaune nâest peut-ĂȘtre plus lâĂ©quipement adaptĂ©
DâoĂč une difficultĂ© logistique assez nouvelle pour le mouvement qui sâannonce.
Pour protester contre une taxe française, le gilet jaune est parfaitement identifiable et le rond-point présente plusieurs avantages : il est proche, généralement goudronné et rarement défendu par une marine militaire.
Pour sécuriser les approvisionnements pétroliers dans le golfe Persique, le cahier des charges devient sensiblement différent.
Il faudrait donc peut-ĂȘtre remplacer le gilet jaune par un treillis et dĂ©placer lĂ©gĂšrement le point de rassemblement.

Quelque part entre le golfe dâOman et le dĂ©troit dâOrmuz.
LâOuest RĂ©publicain dĂ©conseille toutefois formellement dâentrer « Ormuz » dans Waze avant dâavoir vĂ©rifiĂ© lâautonomie du C15.
à titre indicatif, le trajet depuis Pontarlier dépasse légÚrement celui nécessaire pour rejoindre Besançon. Il convient donc de prévoir un plein.
Ce qui nous ramĂšne malheureusement au problĂšme initial.
đ¶ LâĂtat peut baisser les taxes, pas fabriquer du pĂ©trole
Cela ne signifie Ă©videmment pas que lâĂtat français ne puisse rien faire.
Une partie importante du prix payé à la pompe reste constituée de fiscalité. Le gouvernement peut donc réduire temporairement certaines taxes, accorder une ristourne ou distribuer des aides, comme cela a déjà été fait lors de précédents chocs énergétiques.
Mais il ne fait alors pas baisser le prix du pétrole.
Il dĂ©cide simplement quâune partie de la facture sera payĂ©e ailleurs.
Delphine Hans-Public, consultĂ©e par LâOuest RĂ©publicain, a rĂ©sumĂ© le problĂšme avec la chaleur humaine qui caractĂ©rise traditionnellement les tableurs de Bercy :
« Baisser une taxe ne produit pas un baril supplémentaire. Cela produit une recette fiscale en moins. »
DHP a ensuite demandĂ© pourquoi quelquâun avait laissĂ© une calculatrice sans amortissement linĂ©aire dans son bureau.

Le raisonnement devient dâautant plus amusant que les finances publiques françaises ne traversent actuellement pas leur pĂ©riode la plus dĂ©tendue. La croissance vient dâĂȘtre revue Ă la baisse et les objectifs de dĂ©ficit sâĂ©loignent.
La solution consistant Ă absorber durablement chaque hausse mondiale du pĂ©trole dans le budget national prĂ©sente donc un lĂ©ger dĂ©faut : Ă la fin, quelquâun doit encore payer.
MĂȘme si lâon change le nom de la ligne comptable.
đ Pontarlier reste assez loin du dĂ©troit dâOrmuz
Reste le symbole politique.
Le prix du carburant touche directement des millions de Français, particuliĂšrement dans les territoires ruraux oĂč expliquer quâil suffit de prendre le mĂ©tro reste une proposition techniquement audacieuse.
Dans le Haut-Doubs, la voiture nâest pas uniquement un objet permettant de passer vingt minutes Ă chercher une place rue de la RĂ©publique. Pour beaucoup, elle sert Ă travailler, faire les courses, emmener les enfants ou traverser quotidiennement la frontiĂšre.
Que la hausse provoque de la colĂšre nâa donc rien de mystĂ©rieux. Mais choisir sa cible pourrait devenir utile.
Bloquer un rond-point français peut mettre la pression sur un gouvernement français afin quâil diminue les taxes françaises. Cela reste une revendication politique parfaitement comprĂ©hensible.
En revanche, si lâobjectif consiste Ă rĂ©tablir la circulation des pĂ©troliers Ă travers le dĂ©troit d’Ormuz, le rond-point de Doubs prĂ©sente quelques limites opĂ©rationnelles.
Ă notre connaissance, aucun pĂ©trolier nây a dâailleurs Ă©tĂ© aperçu cette semaine.
đŠș Le grand retour, avec changement de mission
Les Gilets jaunes pourraient donc bien revenir.
La colĂšre sur le pouvoir dâachat existe. Les carburants flambent. Les mĂȘmes territoires ruraux restent dĂ©pendants de la voiture et la facture est immĂ©diatement visible sur le panneau lumineux de chaque station-service.
Mais la comparaison avec 2018 sâarrĂȘte lĂ oĂč commence la carte du Moyen-Orient.
Ă lâĂ©poque, il suffisait thĂ©oriquement de faire reculer le gouvernement sur une hausse fiscale.
Cette fois-ci, pour sâattaquer directement Ă lâorigine du problĂšme, il faudrait sĂ©curiser des routes maritimes, stabiliser plusieurs pays, protĂ©ger des infrastructures pĂ©troliĂšres et Ă©ventuellement rĂ©gler une guerre.
Le programme du samedi aprĂšs-midi sâest lĂ©gĂšrement chargĂ©.
Le gilet jaune peut rester dans le coffre.
Mais Ă 2,30 euros le litre, pour aller jusquâĂ Ormuz, pensez au covoiturage.

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đŠș Prix du carburant : les Gilets jaunes ressortent le 17, il fallait peut-ĂȘtre sortir les treillis
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