Marine Le Pen et Jordan Bardella traversent une drôle de semaine. Accusé par Mediapart d’avoir écrit des messages antisémites en 2013, ce que le président du RN nie formellement, Bardella vient de recevoir le soutien ultime de sa candidate à l’Élysée : « J’ai totalement confiance en Jordan. » Dans le football, c’est généralement à ce moment-là que l’entraîneur commence à regarder les offres d’emploi.
Il existe, dans la vie politique comme dans le football, des phrases qui se veulent rassurantes.
Et qui, pour une raison mystérieuse, produisent exactement l’effet inverse.
« J’ai totalement confiance en Jordan », a déclaré Marine Le Pen à La Tribune Dimanche, samedi 3 octobre, après deux jours de silence suivant la publication de nouveaux éléments par Mediapart dans l’affaire des messages antisémites attribués au président du Rassemblement national.
Voilà. Totalement confiance.
Les supporters de football connaissent. Le président du club convoque la presse. Il explique que l’entraîneur fait « un travail remarquable », qu’il dispose de « toute la confiance du conseil d’administration » et qu’il sera « évidemment sur le banc samedi prochain ».
Le lundi matin, Antoine Kombouaré vide son casier. Les supporters du PSG d’avant le Qatar se souviennent.
📰 Dans cet article
⚽ Marine Le Pen et Jordan Bardella découvrent la conférence de presse d’après-match
Évidemment, Marine Le Pen n’a pas annoncé le licenciement de Jordan Bardella.
Ce serait même plutôt l’inverse : le président du RN reste aujourd’hui un élément central du dispositif présidentiel. Il est celui qui devait suppléer MLP si la justice l’empêchait de se présenter et reste présenté comme son possible Premier ministre en cas de victoire en 2027.
Mais dans la grammaire sportive, la formulation est terrible.
On ne dit généralement pas publiquement qu’on a « totalement confiance » dans quelqu’un lorsque personne ne s’interroge sur la confiance qu’on lui accorde.
Didier Deschamps n’a probablement jamais ouvert son petit-déjeuner en découvrant dans L’Équipe :
« Philippe Diallo : j’ai totalement confiance en Didier. »
Sans immédiatement vérifier son téléphone.
Même en Départemental 3 dans le Haut-Doubs, le coach sait reconnaître le bruit caractéristique du couperet qu’on aiguise.
😈 Quinze ans de dédiabolisation et un message de 2013
Seulement, derrière la plaisanterie footballistique, l’affaire touche à quelque chose de beaucoup plus profond pour le Rassemblement national.
La dédiabolisation est l’un des piliers de la stratégie construite autour de Marine Le Pen lorsqu’elle prend la tête du Front national en janvier 2011.
Et l’antisémitisme n’y occupe pas une place secondaire.
À l’époque, Louis Aliot, l’un des principaux dirigeants du parti, le qualifie même de « verrou de la diabolisation » : tant que ce verrou ne saute pas, le FN ne peut espérer devenir un parti de gouvernement.
Le sujet est donc travaillé depuis quinze ans au minimum — près de vingt si l’on compte le préchauffage.
Changement de nom du parti, rupture spectaculaire avec Jean-Marie Le Pen, normalisation de l’image, professionnalisation des cadres, recherche d’une respectabilité économique puis institutionnelle : la maison a été repeinte pièce par pièce.
Et les nouveaux venus étaient priés de s’engager formellement, par la signature d’une « chartre » (sic, in Médiapart), selon un des jeunes premiers de l’époque : Jordan Bardella, qui devait justement être la façade neuve.
Né en 1995, médiatique, parfaitement à l’aise devant une caméra, président du RN à 27 ans : difficile de faire davantage « génération d’après ».
Sauf que les messages aujourd’hui attribués par Mediapart à l’actuel président du Rassemblement National datent notamment de 2013, lorsqu’il était jeune militant du Front national.
Soit deux ans après l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti.
Ce n’est donc même pas une archive poussiéreuse et éborgnée retrouvée au fond d’un carton marqué « Jean-Marie ».

C’est précisément la période où la dédiabolisation était déjà en cours.
📱 Mediapart sort les captures, la défense dénonce des faux
Celui qui se voyait Premier ministre en 2027, puis Président de la République, et qui se voyait à nouveau Premier ministre jusqu’à il y a quelques jours, conteste formellement être l’auteur de ces échanges.
Après une première publication le 28 septembre, Mediapart a présenté le 1er octobre de nouveaux éléments visant à authentifier les conversations : le média affirme notamment s’appuyer sur des données extraites auprès de Meta, la maison mère de Facebook, dans une procédure constatée par huissier, ainsi que sur deux sources distinctes issues de l’entourage de Jordan Bardella.
« J’ai totalement confiance en Jordan »
La candidate à la présidentielle, à propos du Président de son Rassemblement National
Le président du RN, lui, dénonce des « montages grossiers » et des propos qu’il assure n’avoir jamais tenus. Il a annoncé des procédures judiciaires, notamment pour diffamation, faux et usage de faux. L’affaire n’est donc pas judiciairement tranchée.
Des questions de procédure sont soulevées dans les milieux juridiques. Une procédure en référé aurait le bénéfice de trancher avant l’élection présidentielle, alors que la plainte déposée, au même titre qu’une éventuelle citation directe, ne rendra un verdict que d’ici plusieurs années.
Politiquement, en revanche, la décision est déjà prise. Et elle tombe assez mal pour un parti qui a passé des années à expliquer que l’époque des sorties antisémites et outrancières de Jean-Marie Le Pen appartenait définitivement au musée des années 1980-1990.
🔥 Le problème n’est plus seulement Jordan Bardella
C’est là que les quatre mots de Marine Le Pen deviennent intéressants.
« J’ai totalement confiance en Jordan. »
Parce qu’en apportant une confiance aussi nette à son président, la candidate du Rassemblement National lie désormais un peu plus son propre sort au sien. Après avoir critiqué France Inter, elle s’en prend à Médiapart.
Si les accusations de Mediapart s’effondrent, elle pourra expliquer qu’elle avait raison de défendre son lieutenant.
Si elles sont établies, la question changera. Elle ne sera plus seulement : qu’a écrit Jordan Bardella en 2013 ? Mais aussi : jusqu’où MLP était-elle prête à engager sa propre crédibilité pour le défendre en 2026, dans la perspective de l’élection suprême de 2027 ?
Le Monde relevait déjà dimanche matin ce risque de contamination politique entre le président du RN et la candidate à la présidentielle.

Au football, on appelle ça jouer son avenir sur celui de l’entraîneur.
- Parfois, le président gagne.
- Parfois (souvent), il change d’entraîneur.
Et parfois, après quinze ans à reconstruire le club, il découvre qu’un vieux message Messenger peut être plus difficile à gérer qu’une défaite 4-0 à domicile. Comme si le Rassemblement National en était à ses premiers déboires avec le passé d’internet.
Pour l’instant, Jordan Bardella reste donc bien président du Rassemblement national.
Marine Le Pen lui accorde même sa totale confiance.
À sa place, on commencerait quand même à se méfier si elle ajoutait qu’il sera bien sur le banc dimanche prochain.

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⚽ Marine Le Pen et Bardella : « totalement confiance », la phrase qui inquiète tous les entraîneurs
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