💧 Pontarlier : bientĂŽt la coupure d’eau ?

Une coupure d’eau Ă  Pontarlier est-elle vraiment imminente ? Nappes trĂšs basses, crise sĂ©cheresse et scĂ©nario noir : on remonte les tuyaux.

Les nappes sont trĂšs basses, le Doubs est placĂ© en crise sĂ©cheresse et le Grand Pontarlier envisage mĂȘme des baisses de pression ou une coupure d’eau partielle. La situation est sĂ©rieuse. Mais entre rĂ©flĂ©chir Ă  ces mesures et annoncer que « l’eau au robinet sera coupĂ©e pour les particuliers », il reste encore quelques litres dans le tuyau.

Mercredi 30 septembre, L’Est RĂ©publicain sort l’artillerie lourde : « Les rĂ©serves d’eau au plus bas : dans un scĂ©nario noir, l’eau au robinet sera coupĂ©e pour les particuliers ».

À Pontarlier, forcĂ©ment, ça attire l’Ɠil.

Un robinet qui ne donne plus rien, c’est immĂ©diatement plus efficace qu’un titre sur les niveaux piĂ©zomĂ©triques de la nappe de l’Arlier. Et beaucoup plus simple Ă  visualiser.

Alors, faut-il commencer Ă  empiler les packs de Cristaline dans le garage ? Pas encore.

đŸš± Oui, la situation dans le Haut-Doubs est sĂ©rieuse

Commençons par ce qui ne prĂȘte guĂšre Ă  discussion : l’étĂ© 2026 a sĂ©rieusement malmenĂ© la ressource en eau.

Depuis le 20 juillet, les quatre zones d’alerte du Doubs sont placĂ©es au niveau crise, soit le niveau le plus Ă©levĂ© du dispositif sĂ©cheresse. Mais la prĂ©fecture prĂ©cise elle-mĂȘme la finalitĂ© de ces mesures : restreindre les usages afin de « prĂ©server les ressources pour les besoins prioritaires ».

Et sous nos pieds, les nouvelles ne sont effectivement pas fameuses.

Au 15 septembre, le BRGM constatait que 81 % des niveaux de nappes suivis en France Ă©taient encore en baisse et attirait particuliĂšrement l’attention sur les nappes trĂšs rĂ©actives. Les calcaires karstifiĂ©s du Jura figuraient prĂ©cisĂ©ment parmi les secteurs prĂ©sentant des niveaux trĂšs bas.

On est donc trĂšs loin d’une sĂ©cheresse inventĂ©e pour vendre trois abonnements.

Une coupure d’eau Ă  Pontarlier est-elle vraiment imminente ? Nappes trĂšs basses, crise sĂ©cheresse et scĂ©nario noir : on remonte les tuyaux.

Le Grand Pontarlier ne le cache d’ailleurs pas.

💩 Ce qu’ont rĂ©ellement dit les Ă©lus du Grand Pontarlier

Lors du conseil communautaire du 17 septembre, Damien Guyot, vice-prĂ©sident chargĂ© de l’eau et de l’assainissement, Ă©voquait un contexte « trĂšs particulier » et des niveaux de nappes trĂšs bas.

Nicolas Barbe, prĂ©sident du Grand Pontarlier, allait plus loin : selon le compte rendu publiĂ© par Hebdo 25, il estimait qu’« on en a encore pour quinze jours, trois semaines » avant d’expliquer que la collectivitĂ© commençait Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  des solutions prĂ©ventives.

Et parmi ces solutions ?

Des coupures ponctuelles d’eau ou, alternativement, des baisses de pression.

Une coupure d’eau Ă  Pontarlier est-elle vraiment imminente ? Nappes trĂšs basses, crise sĂ©cheresse et scĂ©nario noir : on remonte les tuyaux.

Le conditionnel n’est pas un dĂ©tail.

Nicolas Barbe explique justement que ce type d’opĂ©ration n’est « pas simple techniquement ». À ce stade, la source publique disponible dĂ©crit donc une rĂ©flexion sur ce qu’il faudrait Ă©ventuellement faire si la situation continuait de se dĂ©grader.

Pas un calendrier annonçant que mardi prochain, à 19 h 12, tout Pontarlier devra finir sa douche au Pontarlier-Anis.

⏳ Quinze jours, trois semaines
 avant quoi exactement ?

C’est probablement la question la plus importante. « On en a encore pour quinze jours, trois semaines » est Ă©videmment spectaculaire.

Mais quinze jours avant quoi ?

Avant d’atteindre un niveau nĂ©cessitant de nouvelles mesures ? Avant une baisse de pression ? Avant une coupure sur certains secteurs ? Avant que certains captages deviennent insuffisants ? Avec quelle consommation quotidienne ? Et en supposant quelles prĂ©cipitations ?

Dans les documents publics que nous avons pu consulter, nous n’avons pas trouvĂ© de note technique Ă©tablissant une Ă©quation du type :

NiveauActuel+Consommation=0EauPotableDansTroisSemainesNiveau Actuel + Consommation = 0 Eau Potable Dans Trois Semaines

C’est une nuance importante lorsqu’on transforme ensuite cette dĂ©claration en scĂ©nario oĂč « l’eau au robinet sera coupĂ©e pour les particuliers ».

« on en a encore pour quinze jours, trois semaines »

Nicolas Barbe, président de la CCGP

Le rĂ©seau d’eau potable du Grand Pontarlier ne se rĂ©sume d’ailleurs pas Ă  une grosse cuve que l’on regarderait descendre vers zĂ©ro. Depuis 2022, la communautĂ© de communes assure la protection et la production de l’eau potable, son transport, son stockage et sa distribution sur l’ensemble de ses dix communes.

La CCGP travaille Ă©galement sur la sĂ©curisation de ses captages : une procĂ©dure concernant les prĂ©lĂšvements dans la nappe de l’Arlier, le champ captant d’Houtaud et les puits de Champagne 2 et 3 Ă  Pontarlier faisait encore l’objet d’une enquĂȘte publique en fĂ©vrier dernier.

📉 Et ce n’est mĂȘme pas la premiĂšre fois que le Doubs rase les pĂąquerettes

Pour donner un ordre de grandeur de ce que le Haut-Doubs est capable de produire en matiĂšre d’étiage, HydroPortail conserve les sĂ©ries historiques du Doubs Ă  La Cluse-et-Mijoux, juste en amont de Pontarlier.

Le record du plus faible débit moyen journalier connu sur cette station remonte au 26 octobre 2018 : 112 litres par seconde.

À titre de comparaison, le dĂ©bit moyen journalier dĂ©passĂ© 355 jours par an y est de 890 litres par seconde et la moyenne mensuelle historique de septembre atteint 4 610 litres par seconde.

Autrement dit, les épisodes absolument calamiteux ne sont malheureusement pas une découverte de 2026. Cela ne rend pas la situation actuelle rassurante.

Cela rappelle simplement qu’entre une ressource hydrologique extraordinairement basse et l’annonce d’une interruption de l’alimentation en eau potable, il existe tout un dispositif de gestion.

🚰 Le niveau « crise » ne signifie pas « fermez les robinets »

C’est sans doute le raccourci le plus facile à faire.

Le Doubs est au niveau crise.

Mais « crise sĂ©cheresse » est un niveau rĂ©glementaire de restriction des usages. Son objectif est justement de conserver suffisamment d’eau pour les usages prioritaires, au premier rang desquels figure l’alimentation en eau potable.

À ce jour, la prĂ©fecture ne dit donc pas aux Pontissaliens : « PrĂ©parez les packs de Cristaline. ». Et autant insister lourdement : il n’y a aucune consigne de stockage d’eau potable pour les particuliers.

On a dĂ©jĂ  vu avec le carburant ce que peut produire une pĂ©nurie redoutĂ©e avant mĂȘme qu’elle existe : files d’attente, achats de prĂ©caution, consommation artificiellement gonflĂ©e
 et parfois la pĂ©nurie que tout le monde voulait Ă©viter.

Alors non : inutile, Ă  ce stade, de transformer le rayon eaux minĂ©rales du supermarchĂ© en annexe stratĂ©gique de la nappe de l’Arlier.

La responsabilitĂ© collective n’est pas un vague concept.

Une coupure d’eau Ă  Pontarlier est-elle vraiment imminente ? Nappes trĂšs basses, crise sĂ©cheresse et scĂ©nario noir : on remonte les tuyaux.

En revanche, si l’absence de pluies efficaces se poursuit, les collectivitĂ©s peuvent ĂȘtre contraintes d’aller plus loin. Et le fait que le prĂ©sident du Grand Pontarlier Ă©voque publiquement baisses de pression et coupures ponctuelles montre assez clairement que le sujet est pris au sĂ©rieux.

C’est mĂȘme suffisamment sĂ©rieux pour ne pas avoir besoin d’en rajouter.

đŸȘ  Du scĂ©nario noir au robinet, il manque encore quelques tuyaux

Le scĂ©nario d’une coupure d’eau Ă  Pontarlier n’est donc pas imaginaire. Il est dĂ©sormais envisagĂ©, parmi d’autres solutions, par le prĂ©sident du Grand Pontarlier. C’est une information.

Mais une coupure ponctuelle envisagĂ©e prĂ©ventivement, Ă©ventuellement sur certains secteurs, n’est pas encore « l’eau au robinet sera coupĂ©e pour les particuliers ».

Pour passer de l’un Ă  l’autre, il faudrait connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment les niveaux des ressources mobilisables, leur Ă©volution, les dĂ©bits pompables, la consommation du territoire, les seuils opĂ©rationnels retenus et les effets attendus d’éventuelles pluies automnales.

En attendant, la seule chose certaine est beaucoup moins spectaculaire mais pas franchement rĂ©jouissante : dans le Haut-Doubs, il manque de l’eau. Beaucoup.

Et si l’automne dĂ©cide de prolonger l’étĂ©, la question des robinets pourrait finir par se poser rĂ©ellement.

D’ici lĂ , Ă©conomiser l’eau paraĂźt probablement plus utile que stocker la Cristaline.

Paul Emique
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