Le dĂ©bat est reparti autour du lac de Saint-Point : plusieurs associations rĂ©clament depuis plusieurs annĂ©es lâabaissement de la vitesse de 90 Ă 70 km/h, au nom de la sĂ©curitĂ©, de lâenvironnement, de lâĂ©conomie et du tourisme. Le sujet est revenu dans lâactualitĂ© avec les travaux de dĂ©tournement de la RN57 vers Pontarlier, qui densifient la circulation autour du plan dâeau.
Dans le Haut-Doubs, il existe des sujets capables de transformer une réunion publique en étape de montagne du Tour de France. La neige. Le prix du Comté. Les bouchons de la RN57. Et désormais, la possibilité de rouler à 70 km/h autour du lac de Saint-Point sans déclencher une crise institutionnelle majeure.
Ă premiĂšre vue, lâidĂ©e semble simple : autour dâun lac frĂ©quentĂ© par des cyclistes, des familles, des randonneurs, des coureurs, des touristes, des camping-cars prudents et quelques personnes venues simplement respirer autre chose que les gaz dâĂ©chappement de Pontarlier, on pourrait lever un peu le pied. Juste un peu. Passer de 90 Ă 70 km/h. Vingt petits kilomĂštres-heure. Une broutille.
Mais dans le Haut-Doubs, vingt kilomĂštres-heure, ce nâest pas une broutille. Câest parfois la diffĂ©rence entre arriver Ă lâheure Ă Vallorbe et devoir expliquer Ă son chef suisse quâun monsieur en cuissard fluo, montĂ© sur un vĂ©lo Ă©lectrique Ă 4 700 euros, a osĂ© exister entre Malbuisson et Oye-et-Pallet.
đ° Dans cet article
đŽ Lac de Saint-Point : un anneau de circulation, de contemplation et de mauvaise foi
Le lac de Saint-Point, officiellement, est un site naturel remarquable. Dans les brochures touristiques, on y voit des reflets bleus, des familles heureuses, des pĂ©dalos apaisĂ©s et des gens qui contemplent lâhorizon avec une polaire Quechua posĂ©e sur les Ă©paules.
Dans la rĂ©alitĂ© locale, câest aussi un axe de circulation oĂč cohabitent des retraitĂ©s Ă vĂ©lo, des marcheurs qui traversent comme sâils Ă©taient dans un tableau impressionniste, des habitants qui vont travailler, des camions dĂ©viĂ©s, des frontaliers pressĂ©s, des touristes en camping-car, et ce conducteur de SUV allemand qui estime que la ligne droite devant le lac a probablement Ă©tĂ© dessinĂ©e pour tester lâaccĂ©lĂ©ration de son vĂ©hicule.
Câest lĂ que commence le problĂšme. Pour les uns, la route autour du lac est un espace partagĂ©. Pour les autres, câest un tuyau logistique entre le domicile, la frontiĂšre et la fiche de paie suisse.
Les cyclistes parlent de sécurité. Les automobilistes parlent de fluidité. Les randonneurs parlent de quiétude. Les frontaliers parlent peu, mais clignotent fort.
đ§ RN57 dĂ©viĂ©e : quand la route du lac devient lâautoroute Ă©motionnelle du Haut-Doubs
Le dĂ©bat ne date pas dâhier, mais il prend une saveur particuliĂšre avec les travaux et dĂ©viations liĂ©s Ă la RN57. Quand un axe dĂ©jĂ sensible rĂ©cupĂšre une partie dâun trafic supplĂ©mentaire, la discussion sur la vitesse devient immĂ©diatement plus Ă©lectrique.
Les associations disent : plus de véhicules, plus de risques, donc expérimentation du 70 km/h.
Les usagers pressĂ©s rĂ©pondent : plus de vĂ©hicules, plus de risques dâĂȘtre en retard, donc laisser passer ceux qui ont une Audi, une rĂ©union Ă 8h12 et une perception trĂšs personnelle du Code de la route.
Entre les deux, le DĂ©partement rappelle que les limitations existantes sont encadrĂ©es, que certaines sections sont dĂ©jĂ Ă 50 ou 70 km/h, et que la RD437 conserve une fonction structurante de transit. En clair : ce nâest pas juste une route de balade avec vue sur lâeau, câest aussi un axe qui relie des gens, des communes, des bassins de vie et quelques ego motorisĂ©s.
Le tout donne une situation typiquement haut-doubienne : tout le monde a raison, donc personne ne peut ralentir.
đą 70 km/h : une vitesse jugĂ©e acceptable par les hĂ©rissons, mais pas par tout le monde
Pour les dĂ©fenseurs du 70 km/h, lâargument est simple : en roulant moins vite, on rĂ©duit les risques, on apaise lâenvironnement, on consomme moins, on rend la route plus vivable pour ceux qui ne sont pas protĂ©gĂ©s par deux tonnes de carrosserie allemande et un abonnement premium au leasing transfrontalier.
Pour les opposants, ou plutĂŽt pour ceux qui ne se disent pas opposĂ©s mais qui ont âjuste une remarqueâ, le 70 km/h serait une entrave grave Ă la libertĂ© de circuler, une atteinte au patrimoine mĂ©canique local, voire une forme de ralentissement administratif imposĂ© par des gens qui ont le temps.
âEncore une mesure pensĂ©e par des personnes qui nâont jamais dĂ» doubler un camping-car nĂ©erlandais derriĂšre un tracteur et devant un vĂ©lo couchĂ©â, a estimĂ© un automobiliste croisĂ© prĂšs de Malbuisson, qui a demandĂ© Ă rester anonyme mais dont le vĂ©hicule criait dĂ©jĂ beaucoup de choses.
MĂȘme le hĂ©risson rĂ©current de LâOuest RĂ©publicain, pourtant rarement consultĂ© en matiĂšre de politique routiĂšre, se serait prononcĂ© pour le 70 km/h. Il aurait toutefois demandĂ© une exception pour les nuits de pleine lune, pĂ©riode durant laquelle il traverse âau feelingâ, selon une source proche du bas-cĂŽtĂ©.
đ§ Les retraitĂ©s cyclistes contre les frontaliers : le choc des mobilitĂ©s contrariĂ©es
Le vrai sujet, Ă©videmment, nâest pas seulement la vitesse. Câest le conflit dâusages.
Dâun cĂŽtĂ©, les retraitĂ©s cyclistes. Ils ont le temps, lâĂ©quipement, le casque profilĂ©, le gilet visible depuis Lausanne, et cette façon trĂšs sereine dâoccuper 43 % de la chaussĂ©e en discutant cĂŽte Ă cĂŽte de leur tension artĂ©rielle.
De lâautre, les frontaliers. Ils ont le revenu suisse, la voiture allemande, le tĂ©lĂ©phone posĂ© sur CarPlay, et cette conviction profonde quâune route dĂ©partementale doit toujours permettre dâarriver plus vite que Google Maps ne lâavait prĂ©vu.
Entre eux, le lac. Magnifique. Impassible. Et probablement fatiguĂ© dâentendre des gens dĂ©battre de 20 km/h alors quâil subit dĂ©jĂ les paddle, les canards, les selfies et les pique-niques mal refermĂ©s.
GisĂšle, ancienne tenanciĂšre du tabac-presse de Morteau, rĂ©sume lâaffaire avec la prĂ©cision sĂšche des grandes analystes routiĂšres :
âAvant, les gens roulaient moins vite parce quâils avaient des 205 diesel qui fumaient au dĂ©marrage. Maintenant, ils veulent traverser Malbuisson comme sâils Ă©taient au Grand Prix de Monza, mais avec un autocollant bĂ©bĂ© Ă bord.â
đ§ą GĂ©rard Poncet rĂ©clame une limitation diffĂ©renciĂ©e selon le niveau dâauthenticitĂ©
Le MHDGA nâa pas encore publiĂ© de communiquĂ© officiel, mais GĂ©rard Poncet aurait dĂ©jĂ griffonnĂ© une position sur un dos dâenveloppe de facture EDF.
Selon lui, le 70 km/h pourrait ĂȘtre acceptable âĂ condition de ne pas mettre tout le monde dans le mĂȘme panier, parce quâun Doubiste qui connaĂźt la route depuis 1978 nâest pas pareil quâun vacancier qui confond le frein moteur avec une option payanteâ.
Sa proposition serait simple : 70 km/h pour les touristes, 80 km/h pour les locaux, 90 km/h pour les vĂ©hicules capables de prouver quâils transportent du ComtĂ©, et 30 km/h pour les vĂ©los Ă©lectriques de retraitĂ©s roulant en groupe de plus de deux individus.

La prĂ©fecture nâa pas commentĂ©, probablement parce quâelle nâavait pas encore reçu le document, ou parce quâelle prĂ©fĂšre parfois prĂ©server ce quâil reste de santĂ© mentale administrative dans le dĂ©partement.
đČ Ralentir autour du lac : une idĂ©e dangereusement raisonnable
Au fond, ce débat a quelque chose de presque choquant : il contient une mesure raisonnable.
Rouler un peu moins vite autour dâun site frĂ©quentĂ©, densifiĂ© par des dĂ©viations, traversĂ© par des usages multiples, ce nâest pas exactement la rĂ©volution bolchĂ©vique appliquĂ©e au bitume. Câest mĂȘme plutĂŽt le genre dâidĂ©e qui pourrait ĂȘtre testĂ©e sans faire tomber la RĂ©publique.
Mais dans le Haut-Doubs, toute limitation de vitesse est immĂ©diatement interprĂ©tĂ©e comme une attaque personnelle. Dire â70 km/hâ, câest parfois comme dire âon va remplacer le Pont par du pastisâ, âon va mettre un rond-point Ă La Vrineâ ou âon va interdire les pneus hiver parce quâil fait doux Ă Besançonâ.
La route, ici, nâest pas seulement une infrastructure. Câest un marqueur identitaire. On ne roule pas : on exprime une appartenance territoriale, une impatience sociale et parfois une lĂ©gĂšre difficultĂ© Ă accepter quâun cycliste soit juridiquement un ĂȘtre humain.
đŠ Le lac attend, les voitures passent, le hĂ©risson hĂ©site
Pour lâinstant, le dĂ©bat continue. Les associations demandent une expĂ©rimentation. Le DĂ©partement rappelle le cadre. Les Ă©lus locaux observent. Les automobilistes commentent. Les cyclistes serrent Ă droite. Les frontaliers serrent les dents. Les touristes serrent leur volant. Et le hĂ©risson, lui, attend probablement que quelquâun dĂ©cide enfin si traverser la RD437 relĂšve du dĂ©placement doux ou de la tentative de suicide naturaliste.
Une chose est sĂ»re : autour du lac de Saint-Point, le 70 km/h nâest pas seulement une limitation de vitesse. Câest un test collectif.
Savoir si, dans le Haut-Doubs, on peut partager une route sans transformer chaque bas-cÎté en tribunal populaire.
Et, accessoirement, savoir si trois minutes perdues entre Malbuisson et Pontarlier valent vraiment plus quâun cycliste entier.

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đ Lac de Saint-Point : les cyclistes demandent le 70 km/h, les frontaliers demandent un droit de dĂ©passement imprescriptible constitutionnel
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.
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