🩔 Trail caniculaire UNSS : le Val de Morteau invente l’activitĂ© douce avec dĂ©nivelĂ©, sueur et fiche Ameli froissĂ©e

L’actualitĂ© rĂ©elle est sĂ©rieuse, donc forcĂ©ment, dans le Haut-Doubs, elle mĂ©ritait d’ĂȘtre traitĂ©e avec la dĂ©licatesse d’un hĂ©risson traversant la route entre deux SUV de frontaliers.

Le Val de Morteau accueille ces jours-ci le premier Challenge national de trail UNSS, un Ă©vĂ©nement sportif scolaire prĂ©sentĂ© comme une belle fĂȘte du dĂ©passement de soi, de l’effort partagĂ© et du mollet adolescent envoyĂ© en mission sur les reliefs locaux. Jusque-lĂ , rien Ă  redire : le sport, la jeunesse, la nature, le Haut-Doubs, les bĂ©nĂ©voles, les chaussures fluo et les parents qui crient “allez MathĂ©o” avec une gourde DĂ©cathlon Ă  la main, c’est presque une carte postale.

Trail et canicule dans le Val de Morteau : aprĂšs les drames rĂ©cents, faire courir des jeunes sous la chaleur relĂšve moins du sport que de l’inconscience.

Sauf qu’au mĂȘme moment, la France vient d’ĂȘtre rappelĂ©e Ă  une rĂ©alitĂ© autrement moins ouestagrammable : plusieurs drames rĂ©cents ont endeuillĂ© des Ă©vĂ©nements sportifs. Un coureur de 53 ans est dĂ©cĂ©dĂ© lors de La PyrĂ©nĂ©enne, Ă  Paris, aprĂšs un malaise cardiaque. Une participante de 28 ans est morte aprĂšs une hyperthermie lors du Hyrox de Lyon. Deux rappels brutaux qu’entre “se dĂ©passer” et “se mettre en danger”, la frontiĂšre est parfois plus fine qu’un coupe-vent de trail achetĂ© en promotion.

đŸŒĄïž Trail caniculaire : quand “rester au frais” devient une suggestion dĂ©corative

Depuis plusieurs jours, les messages officiels de prĂ©vention ressortent leur panoplie habituelle : boire rĂ©guliĂšrement, rester au frais, Ă©viter les efforts physiques, ne pas consommer d’alcool, prendre des nouvelles des personnes fragiles.

Dans le Haut-Doubs, ces consignes sont naturellement adaptĂ©es au terrain. “Rester au frais” signifie chercher l’ombre d’un sapin entre deux montĂ©es. “Éviter les efforts physiques” devient “ne pas sprinter dans la premiĂšre cĂŽte, sauf si le professeur d’EPS regarde”. “Boire de l’eau” suppose de ne pas confondre gourde d’hydratation et souvenir de Pontarlier rangĂ© au fond du sac par un adulte irresponsable.

Un bon Ă©vĂ©nement sportif, c’est celui oĂč tout le monde rentre chez soi.

Un hérisson interviewé en bord de parcours

Le problĂšme n’est pas d’organiser un trail. Le problĂšme, c’est cette Ă©poque merveilleuse oĂč chaque Ă©vĂ©nement sportif doit absolument ressembler Ă  une bande-annonce de documentaire Netflix : drone, arche gonflable, slogans sur le mental, photo finish, story Instagram, “ambiance de folie”, et trois lignes de prĂ©vention Ă©crites en police 8 entre le logo du sponsor et la buvette.

Dans le Haut-Doubs, on connaĂźt pourtant la montagne. On sait qu’un chemin peut avoir l’air sympathique sur une affiche et se transformer en interrogatoire musculaire dĂšs le troisiĂšme virage. On sait aussi que la chaleur, mĂȘme ici, n’est plus seulement un truc qui arrive aux gens du Doubs-Du-Bas pendant qu’ils cherchent une place Ă  l’ombre Ă  Besançon.

🏃 Le dĂ©passement de soi, oui, mais pas jusqu’au service des urgences

Il faut le dire sans tourner autour du Meix-Musy : l’effort sportif n’est pas un dĂ©cor. Ce n’est pas un simple prĂ©texte Ă  photo. Ce n’est pas une vignette “engagement jeunesse” pour dossier institutionnel. Quand on met des jeunes sur un parcours exigeant, dans un contexte de chaleur, mĂȘme modĂ©rĂ©e, la sĂ©curitĂ© ne doit pas ĂȘtre un paragraphe final rĂ©citĂ© pour faire sĂ©rieux.

L’Ouest RĂ©publicain n’a Ă©videmment aucune compĂ©tence mĂ©dicale, ce qui ne nous empĂȘche pas d’avoir du bon sens, qualitĂ© rare mais encore observĂ©e chez certains anciens de la DDE et plusieurs vaches montbĂ©liardes. Quand des drames rĂ©cents rappellent que le cƓur, la tempĂ©rature corporelle et l’hydratation ne lisent pas les communiquĂ©s de presse, on Ă©vite de traiter la prĂ©vention comme une formalitĂ© administrative.

Trail et canicule dans le Val de Morteau : aprĂšs les drames rĂ©cents, faire courir des jeunes sous la chaleur relĂšve moins du sport que de l’inconscience.

Il ne s’agit pas de transformer chaque course en rĂ©union de crise prĂ©fectorale avec gyrophare, brassard et PowerPoint. Il s’agit simplement de rappeler qu’un trail, mĂȘme scolaire, mĂȘme encadrĂ©, mĂȘme sympathique, reste un effort intense. Et que dans une sociĂ©tĂ© qui confond parfois santĂ© et performance, il serait bon de rĂ©habiliter une idĂ©e rĂ©volutionnaire : finir vivant vaut davantage qu’amĂ©liorer son temps sur Strava.

📾 Ouestagrammable, mais avec un brumisateur

Le Val de Morteau offre Ă©videmment un dĂ©cor parfait. Des paysages magnifiques, des reliefs, des sapins, des routes qui montent sans prĂ©venir, et ce petit air local qui donne l’impression qu’un hĂ©risson peut surgir Ă  tout moment pour contrĂŽler les lacets des participants.

Sur Instagram, le trail coche toutes les cases : nature, jeunesse, effort, dĂ©passement, authenticitĂ©, panorama, sueur noble et ciel bleu. Mais c’est justement parce que l’image est belle qu’il faut Ă©viter qu’elle devienne bĂȘte. Une photo de lycĂ©ens lancĂ©s dans un effort collectif, c’est formidable. Une photo de lycĂ©ens Ă  qui on a suffisamment rĂ©pĂ©tĂ© de boire, ralentir, signaler un malaise et ne pas jouer les hĂ©ros, c’est encore mieux.

La vraie modernitĂ© sportive, ce n’est pas d’envoyer tout le monde dans une cĂŽte en expliquant que “ça forge le mental”. Ça, c’est juste une phrase de vestiaire qui a trop lu LinkedIn. La vraie modernitĂ©, c’est d’admettre que les conditions climatiques changent, que la chaleur fatigue plus vite, que l’organisme n’est pas un C15 qu’on relance en tapant sur le tableau de bord, et qu’un adolescent n’a pas forcĂ©ment envie de dĂ©couvrir l’hyperthermie pour valider son annĂ©e scolaire.

🧃 La gourde, nouvel objet rĂ©volutionnaire

On nous dira que tout est encadrĂ©. TrĂšs bien. On nous dira qu’il y a des adultes, des secours, des consignes, des points d’eau, des bĂ©nĂ©voles. Encore heureux. On nous dira mĂȘme que dans le Haut-Doubs, on a l’habitude des conditions difficiles. Certes. Mais l’habitude du froid ne donne pas un passeport diplomatique contre la chaleur.

Le Haut-Doubs a longtemps bĂąti son identitĂ© sur la neige, le gel, les routes blanches et les gens capables de dire “ça va, il fait bon” par -7 °C. Mais quand le thermomĂštre dĂ©cide de jouer les influenceurs fitness, il faut changer de logiciel. Le bonnet ne suffit plus. La raclette mentale non plus.

Alors oui, qu’on fasse courir les jeunes. Qu’on leur montre les sentiers, l’effort, la solidaritĂ©, la beautĂ© du Val de Morteau. Qu’on leur apprenne mĂȘme Ă  grimper sans insulter immĂ©diatement la pente, ce qui constitue dĂ©jĂ  un objectif pĂ©dagogique ambitieux. Mais qu’on leur apprenne surtout qu’abandonner, ralentir, boire, se mettre Ă  l’ombre ou signaler un camarade mal en point ne sont pas des signes de faiblesse.

Ce sont des signes d’intelligence. Dans le sport, c’est souvent ce qui manque entre deux slogans sur le courage.

Trail et canicule dans le Val de Morteau : aprĂšs les drames rĂ©cents, faire courir des jeunes sous la chaleur relĂšve moins du sport que de l’inconscience.

🩔 Le hĂ©risson valide la prudence, mais refuse le dossard

À L’Ouest RĂ©publicain, nous soutenons Ă©videmment les Ă©vĂ©nements sportifs locaux, surtout quand ils permettent de rappeler que le Val de Morteau n’est pas seulement un endroit oĂč l’on fabrique de la saucisse et des mollets de contrebandiers. Mais nous rappelons aussi qu’un bon Ă©vĂ©nement sportif n’est pas celui qui donne la plus belle photo, ni celui qui affiche le plus de participants, ni celui qui promet le plus beau dĂ©passement de soi.

Un bon Ă©vĂ©nement sportif, c’est celui oĂč tout le monde rentre chez soi.

MĂȘme les derniers. MĂȘme les fatiguĂ©s. MĂȘme ceux qui ont marchĂ© dans la montĂ©e. MĂȘme celui qui a terminĂ© rouge comme le logo de L’Ouest RĂ©publicain en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. MĂȘme le prof d’EPS qui a dit “allez, encore un petit effort” alors qu’il transpirait dĂ©jĂ  en tenant le chrono.

Le trail, c’est trĂšs bien. Le trail caniculaire, c’est plus discutable. Le trail caniculaire ouestagrammable avec fiche Ameli ignorĂ©e, c’est carrĂ©ment un concept de territoire.

Et si quelqu’un cherche une mascotte officielle pour rappeler les consignes de sĂ©curitĂ©, le hĂ©risson est disponible. Il traverse lentement, il reste prĂšs du sol, il ne force jamais en plein soleil, et quand il sent que ça devient dangereux, il se met en boule.

À bien y rĂ©flĂ©chir, c’est peut-ĂȘtre lui le seul coach sportif raisonnable de Franche-ComtĂ©.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

🔗 D’autres rebondissements, rĂ©vĂ©lations ou photos floues Ă  propos de ce sujet vous attendent sur nos rĂ©seaux :

🔗 Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ɠil Ă  notre glossaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *