đŸ’¶ Coquerel veut mettre au travail l’argent des Français. Mauvaise nouvelle : il a dĂ©jĂ  un emploi.

Coquerel veut mobiliser l’épargne des Français. Livret A, assurance-vie, dette française : cet argent travaille dĂ©jĂ . Reste Ă  choisir son patron.

Coquerel veut mobiliser l’épargne des Français et envisage de rendre l’assurance-vie moins intĂ©ressante pour favoriser un autre placement. D’un cĂŽtĂ©, certains Ă©pargnants entendent dĂ©jĂ  les chenilles du fisc devant leur Livret A. De l’autre, le prĂ©sident de la commission des finances semble vouloir recruter des milliards qui travaillent dĂ©jĂ . Delphine Hans-Public a demandĂ© leurs fiches de paie.

Dans le Haut-Doubs, on connaissait le collĂšgue qui rĂ©organise tout avant de demander Ă  quoi servent les machines. Voici dĂ©sormais la version patrimoniale : trouver une Ă©norme somme, annoncer qu’on va enfin la rendre utile, puis dĂ©couvrir qu’elle finance dĂ©jĂ  des entreprises, des logements et une partie des besoins de l’État.

Le dĂ©bat a nĂ©anmoins un avantage : il permet de rĂ©unir autour du mĂȘme comptoir les Français persuadĂ©s que leur Ă©pargne ne bouge jamais et les responsables politiques qui expliquent qu’il faudrait la faire bouger. Tout le monde se dispute. Personne ne regarde oĂč elle est.

🏩 Coquerel et l’épargne : la mobilisation gĂ©nĂ©rale des salariĂ©s dĂ©jĂ  en poste

Europe 1 reprend cette dĂ©claration d’Éric Coquerel :

« S’il faut rendre l’assurance-vie moins intĂ©ressante, on s’en chargera ».

La formule accompagne la volontĂ© de LFI de rĂ©orienter l’épargne vers un nouveau produit destinĂ© Ă  financer ses prioritĂ©s d’investissement.

Chacun apprĂ©ciera la mĂ©thode commerciale. Dans une boutique normale, on amĂ©liore son offre pour convaincre le client. Ici, on envisage de dĂ©tĂ©riorer celle d’en face. GisĂšle regrette de ne pas avoir connu cette technique lorsqu’elle tenait son tabac-presse Ă  Morteau : quelques journaux concurrents rendus volontairement illisibles et les ventes auraient probablement progressĂ©.

Il s’agit d’une intention politique, pas d’une mesure dĂ©jĂ  applicable. Mais Coquerel fournit lui-mĂȘme le sujet : si le nouveau placement est formidable, pourquoi faut-il commencer par rendre l’ancien moins sĂ©duisant ?

🐖 Non, votre Livret A n’est pas une boĂźte avec votre prĂ©nom

Avant de distribuer les baffes au président de la commission des finances, occupons-nous de la clientÚle du comptoir.

« Mobiliser l’épargne » ne signifie pas automatiquement « retirer de l’argent de votre compte pour le donner Ă  l’État ». Et relever un plafond de dĂ©pĂŽt n’équivaut pas Ă  organiser une saisie. Nous l’avions dĂ©jĂ  expliquĂ© dans notre article sur le projet de Livret A Ă  30 000 euros : l’argent placĂ© n’attend pas, parfaitement immobile, qu’un ministre trouve la combinaison du coffre.

La Caisse des DĂ©pĂŽts centralise une partie de l’épargne rĂ©glementĂ©e et la transforme notamment en prĂȘts de long terme pour le logement social et les collectivitĂ©s. Le titulaire conserve ses droits sur son Ă©pargne ; les ressources collectĂ©es financent dĂ©jĂ  des activitĂ©s.

Le mĂȘme Français peut donc exiger des intĂ©rĂȘts chaque annĂ©e et s’indigner que son argent serve Ă  quelque chose. Il souhaite une rĂ©munĂ©ration, mais sans employeur, sans emprunteur, sans investissement et sans risque. MĂȘme Donald K. Marx n’avait pas encore osĂ© dĂ©poser ce programme.

Coquerel veut mobiliser l’épargne des Français. Livret A, assurance-vie, dette française : cet argent travaille dĂ©jĂ . Reste Ă  choisir son patron.

📜 L’assurance-vie possùde aussi une vie civile

DeuxiĂšme dĂ©couverte Ă  l’attention de Coquerel : l’assurance-vie n’est pas simplement un livret avec une fiscalitĂ© diffĂ©rente et un conseiller mieux coiffĂ©.

C’est un contrat qui permet notamment d’organiser la transmission d’un capital Ă  un bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©signĂ©. Le principe inscrit Ă  l’article L. 132-12 du Code des assurances est que le capital dĂ©cĂšs versĂ© au bĂ©nĂ©ficiaire dĂ©terminĂ© ne fait pas partie de la succession de l’assurĂ©. Ce principe connaĂźt des limites, notamment en prĂ©sence de primes manifestement exagĂ©rĂ©es. Il n’en constitue pas moins une fonction patrimoniale centrale.

« Avant de mettre l’épargne au travail, vĂ©rifiez qu’elle n’est pas dĂ©jĂ  de service. »

Delphine Hans-Public, service Ă©conomie de L’OR

On peut vouloir protĂ©ger un conjoint (en un seul ou deux mots), une camarade de jeu ou organiser une transmission particuliĂšre. La clause bĂ©nĂ©ficiaire rĂ©pond Ă  cette question. Un taux promotionnel sur un nouveau livret n’y rĂ©pond pas.

La fiscalitĂ© compte, Ă©videmment. Mais rĂ©duire l’assurance-vie Ă  son avantage fiscal revient Ă  comparer une maison et une chambre d’hĂŽtel uniquement sur le prix du chauffage. Avant d’annoncer que l’une remplacera l’autre, quelques diffĂ©rences d’usage mĂ©ritent un rapide inventaire.

đŸ„ Surprise : les assureurs financent dĂ©jĂ  la dette française

Voici le moment oĂč Delphine Hans-Public demande le silence, puis un roulement de tambours modĂ©rĂ©ment subventionnĂ©.

Selon l’étude de France Assureurs sur les placements en 2024, les entreprises d’assurance dĂ©tenaient, fin 2024, 617,9 milliards d’euros d’obligations souveraines. Parmi celles-ci, 54,5 % Ă©taient françaises. Soit environ 337 milliards d’euros, par simple multiplication.

PrĂ©cision de pĂ©rimĂštre : ces chiffres concernent les entreprises d’assurance de l’étude, pas exclusivement les contrats d’assurance-vie ni les seuls fonds euros. Ils suffisent toutefois Ă  rappeler que les assureurs n’ont pas attendu un nouveau produit estampillĂ© politiquement pour dĂ©tenir de la dette française. Leurs placements financent aussi les entreprises, par des obligations, des actions et d’autres actifs.

L’argent dont Coquerel souhaite amĂ©liorer l’utilitĂ© possĂšde donc dĂ©jĂ  une activitĂ© Ă©conomique. On peut discuter son affectation, son rendement, ses risques et la proportion investie en France. On peut difficilement faire comme si les assureurs passaient leurs journĂ©es Ă  compter les billets dans une piscine.

Coquerel veut mobiliser l’épargne des Français. Livret A, assurance-vie, dette française : cet argent travaille dĂ©jĂ . Reste Ă  choisir son patron.

DjÀysonne avait pourtant commencé à dessiner le plongeoir.

đŸ‡±đŸ‡ș Le Luxembourg n’est pas un bouton « dĂ©sactiver Bercy »

À ce stade de la discussion, un commentateur annonce gĂ©nĂ©ralement son dĂ©part au Luxembourg. Enfin, celui de son contrat. Lui restera Ă  Pontarlier, parce qu’il a piscine le jeudi.

Le choix de l’assureur et de la juridiction peut avoir de vraies consĂ©quences sur la protection du souscripteur. Mais il faut distinguer trois questions : le cadre de protection des avoirs, les possibilitĂ©s de restriction des retraits et la fiscalitĂ©. Elles ne disparaissent pas ensemble au passage de la frontiĂšre.

Le dispositif français issu de Sapin II permet, sous conditions de menace grave pour la stabilitĂ© financiĂšre, de limiter temporairement les rachats. Le texte prĂ©voit un maximum de six mois consĂ©cutifs pour cette limitation. Ce n’est ni un impĂŽt ni une confiscation, et son champ ne se rĂ©sume pas juridiquement aux fonds euros.

En revanche, loger son assurance-vie Ă  l’étranger ne fait pas disparaĂźtre les rĂšgles fiscales applicables au rĂ©sident français. Les contrats Ă©trangers font Ă©galement l’objet d’obligations dĂ©claratives en France. Le contrat peut voyager ; le domicile fiscal ne suit pas automatiquement dans la valise.

Avant d’annoncer que l’on a neutralisĂ© Bercy avec un IBAN Ă©tranger, mieux vaut donc identifier prĂ©cisĂ©ment le problĂšme que l’on souhaite rĂ©soudre.

🔄 Changer l’argent de bureau ne lui crĂ©e pas un deuxiĂšme emploi

Reste la vraie discussion, celle qui devrait intĂ©resser Coquerel : faut-il rĂ©orienter une partie de l’épargne vers certains investissements ? La question est lĂ©gitime. Financer une infrastructure prĂ©cise n’est pas identique Ă  acheter une obligation d’État. Les prioritĂ©s publiques peuvent justifier des instruments particuliers.

Mais dĂ©placer 100 euros dĂ©jĂ  placĂ©s vers un nouveau support ne crĂ©e pas, Ă  lui seul, 100 euros d’épargne supplĂ©mentaire. Cela modifie leur affectation. Il faut donc expliquer ce que le nouveau circuit finance mieux, Ă  quelles conditions, avec quelle liquiditĂ© et quelle rĂ©munĂ©ration. Puis regarder ce que le circuit quittĂ© financera moins.

Comme pour les milliards promis au logement par Jean-Luc MĂ©lenchon, annoncer une enveloppe ne rĂ©sout pas tous les problĂšmes situĂ©s entre le chiffre et le chantier. Et une somme empruntĂ©e aux Ă©pargnants n’est pas une recette fiscale : il faudra respecter les engagements pris envers eux.

Dans notre service Ă©conomie, Delphine Hans-Public propose donc un prĂ©alable : demander Ă  ces milliards ce qu’ils font dĂ©jĂ  avant de leur expĂ©dier une convocation.

« Avant de mettre l’épargne au travail, vĂ©rifiez qu’elle n’est pas dĂ©jĂ  de service. »

Les Ă©pargnants peuvent ranger les barricades devant leur Livret A. Coquerel peut ranger les formulaires de recrutement. L’argent travaille dĂ©jĂ . La bataille porte sur le choix du patron.

Paul Emique
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