On peut dĂ©noncer le pinkwashing, les conflits dâintĂ©rĂȘts, les pollutions industrielles et les risques environnementaux sans transformer Octobre Rose en annexe du conflit israĂ©lo-palestinien. Encore faut-il, pour cela, rĂ©sister Ă la tentation du mĂ©gaphone militant branchĂ© sur âGazaâ en permanence. Chez Mathilde Panot, visiblement, mĂȘme le ruban rose ne passe plus le contrĂŽle sans finir remaquillĂ© aux couleurs de la Palestine.
đ° Dans cet article
đ Quand Octobre Rose devient Octobre ColĂšre
Il fallait sans doute une certaine forme de talent politique pour rĂ©ussir Ă faire dâOctobre Rose, mois consacrĂ© au dĂ©pistage du cancer du sein, Ă la sensibilisation du grand public et au soutien des malades, un nouveau terrain dâexpression pour la cause palestinienne. Ce talent, ou cet automatisme, Mathilde Panot semble lâavoir trouvĂ©.
Dans sa prise de parole, la prĂ©sidente du groupe LFI entend dĂ©noncer le pinkwashing, les grands groupes, les pesticides, les conflits dâintĂ©rĂȘts, les logiques industrielles et, au dĂ©tour du chemin, glisser une rĂ©fĂ©rence Ă IsraĂ«l via lâentreprise Adama. En quelques phrases, la campagne du ruban rose cesse dâĂȘtre une sĂ©quence de prĂ©vention sanitaire pour devenir un condensĂ© de lâimaginaire militant maison : multinationales, poison chimique, capitalisme, colonialisme, IsraĂ«l, donc colĂšre.
Le problĂšme nâest pas de parler des causes environnementales du cancer. Ce dĂ©bat existe, il est lĂ©gitime, et personne ne devrait sâen offusquer. Le problĂšme est ailleurs : dans cette incapacitĂ© croissante Ă laisser un seul sujet respirer sans le faire entrer de force dans le logiciel idĂ©ologique du moment. Avec certains responsables politiques, mĂȘme une mammographie semble devoir passer par un meeting.
đïž Le ruban rose nâest pas un tract
Câest lĂ que la rĂ©action de Virgilia Hess prend tout son sens. Non pas parce quâelle aurait travaillĂ© Ă BFMTV et quâil faudrait, au nom dâune confrĂ©rie mĂ©diatique imaginaire, se ranger derriĂšre elle comme des collĂšgues venant saluer une collĂšgue. Cet angle-lĂ serait mauvais, paresseux et contre-productif.
Si sa rĂ©ponse compte, câest parce quâelle parle dâabord en femme touchĂ©e par la maladie. DiagnostiquĂ©e jeune, passĂ©e par la chimiothĂ©rapie, la radiothĂ©rapie, lâopĂ©ration, elle sait de quoi elle parle.
Et quand elle Ă©crit quâon peut parfaitement dĂ©noncer le pinkwashing, les conflits dâintĂ©rĂȘts et les risques environnementaux tout en soutenant Octobre Rose, elle dit quelque chose de simple, de solide et de profondĂ©ment sensĂ©.

Autrement dit : on peut critiquer les dĂ©rives commerciales autour du ruban rose sans mĂ©priser ce quâil reprĂ©sente pour les malades, les proches, les soignants et les survivantes.
On peut questionner lâhistoire de certaines campagnes sans transformer une lutte contre la maladie en prĂ©texte Ă collage militant. On peut mĂȘme parler pesticides, perturbateurs endocriniens et recherche scientifique sans faire dâIsraĂ«l lâĂ©tape obligatoire du raisonnement.
Ce rappel paraßt presque banal. Il est devenu nécessaire.
đ©ș Le vrai scandale, câest la rĂ©cupĂ©ration permanente
Il faut dire les choses franchement : il y a quelque chose de fatiguant, presque mĂ©canique, dans cette maniĂšre de tout ramener au mĂȘme conflit, Ă la mĂȘme grille de lecture, Ă la mĂȘme obsession. Demain, Ă ce rythme, on apprendra peut-ĂȘtre que les ligaments croisĂ©s, lâotite moyenne et les ongles incarnĂ©s ont eux aussi un lien profond avec la gĂ©opolitique du Proche-Orient. Avec un peu de chance, un powerpoint en sept slides nous expliquera que la tendinite est une construction nĂ©ocoloniale.
Cette inflation du commentaire militant produit un effet redoutable : elle efface les personnes concernĂ©es. DerriĂšre la dĂ©monstration politique, il y a des femmes qui attendent un diagnostic. Dâautres qui encaissent des traitements lourds. Dâautres encore qui vivent avec la peur de la rĂ©cidive. Certaines sâen sortent. Dâautres non.
Or ce que beaucoup ont entendu, dans la sĂ©quence relancĂ©e par Mathilde Panot, ce nâest pas une grande mise en garde sanitaire. Câest le sentiment quâun sujet intime, grave et douloureux servait de support Ă une dĂ©monstration idĂ©ologique oĂč le ruban rose devenait presque un accessoire encombrant. Un peu comme si les malades Ă©taient priĂ©es de patienter, le temps de terminer lâargumentaire.
đŁïž âAbjecteâ ? Le mot nâest pas sans Ă©cho
Il y a quelques mois, Ă lâAssemblĂ©e, le Premier ministre SĂ©bastien Lecornu qualifiait dâ« ignoble et abjecte » une intervention de Mathilde Panot sur tout autre sujet. Le mot avait fait du bruit. Il en fera sans doute encore.
Mais il revient spontanĂ©ment Ă lâesprit quand on voit jusquâoĂč peut aller lâinstrumentalisation dâune cause sanitaire.
« Madame la Présidente Panot, ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject »
SĂ©bastien Lecornu Ă Mathilde Panot Ă l’AssemblĂ©e nationale, le 17 fĂ©vrier 2026
Non pas parce que Mathilde Panot aurait dit, au mot prĂšs, que âle cancer du sein, câest Ă cause dâIsraĂ«lâ. Ce serait lui prĂȘter une formule quâelle nâa pas prononcĂ©e.
Et il faut Ă©viter ce piĂšge si lâon veut rester crĂ©dible. En revanche, elle a bel et bien choisi dâintroduire IsraĂ«l dans un sujet consacrĂ© au cancer du sein, dans un mĂ©lange de critique sociale, dâĂ©cologie politique et de gĂ©opolitique militante qui aboutit Ă un rĂ©sultat aussi prĂ©visible que consternant : mĂȘme Octobre Rose nâĂ©chappe plus au filtre partisan.
Câest cela, le cĆur du sujet. Pas une citation inventĂ©e. Pas une outrance inutile. Juste un constat : chez LFI, il semble dĂ©sormais impossible de laisser vivre un symbole sans le repeindre aux couleurs de la cause du jour.
đ Tout mĂ©langer, câest ne plus rien respecter
Le plus ironique, dans lâaffaire, est que la critique des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques autour dâOctobre Rose nâest pas en soi absurde. Elle existe depuis longtemps. Des associations, des patientes, des chercheurs et des journalistes ont dĂ©jĂ interrogĂ© la communication des grandes marques, la marchandisation de la cause, lâefficacitĂ© rĂ©elle de certaines opĂ©rations âsolidairesâ et les contradictions entre certains discours et certaines pratiques industrielles.
Mais prĂ©cisĂ©ment : parce que ces questions sont sĂ©rieuses, elles mĂ©ritent mieux quâun collage militant. Elles mĂ©ritent de la nuance, des faits, du respect et un minimum de dĂ©cence. Pas un dĂ©tour idĂ©ologique oĂč la santĂ© publique devient le wagon de queue dâune cause dĂ©jĂ omniprĂ©sente.
Ă force de tout mĂ©langer, on ne hiĂ©rarchise plus rien. On ne protĂšge plus rien. On ne respecte plus rien. MĂȘme le ruban rose, symbole de soutien, de prĂ©vention et parfois de survie, finit absorbĂ© par la grande lessive militante.
Chez LFI, dĂ©cidĂ©ment, mĂȘme Octobre Rose finit par tourner au drapeau.
đ Le ruban rose mĂ©rite mieux
On peut dĂ©battre des pesticides. Il le faut. On peut enquĂȘter sur les responsabilitĂ©s industrielles. Il le faut aussi. On peut critiquer la communication sirupeuse de certaines marques qui veulent vendre du yaourt, des baskets ou des parapluies sous couvert de solidaritĂ© fĂ©minine. TrĂšs bien.
Mais quand une campagne consacrĂ©e au cancer du sein finit, une fois encore, aspirĂ©e par la rhĂ©torique militante sur IsraĂ«l et la Palestine, il y a un moment oĂč il faut savoir dire stop.
Parce que derriÚre le symbole, il y a des femmes bien réelles. Des seins opérés. Des cheveux tombés. Des traitements lourds. Des vies suspendues. Des familles qui espÚrent. Des proches qui accompagnent. Des morts, aussi.
Et cela mĂ©rite sans doute un peu mieux quâun ruban rose repeint Ă la hĂąte pour rentrer dans le dĂ©cor idĂ©ologique de LFI.

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đ Chez LFI, mĂȘme le ruban d’octobre rose finit aux couleurs de la Palestine
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