Grenoble et sa police municipale viennent d’offrir un curieux prolongement pratique à un débat qui agitait déjà le conseil municipal au printemps. Cinq mois après avoir assumé en séance que « la police tue », Allan Brunon, chef de file de La France insoumise à Grenoble, s’est retrouvé au cœur d’une altercation avec des policiers municipaux. Cinq agents ont porté plainte et trois sont passés par l’hôpital. LFI a également déposé plainte et fait constater plusieurs blessures. Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête.
Autrement dit : pour savoir précisément qui a frappé qui, il faudra attendre la justice. Pour constater que les relations entre les Insoumis grenoblois et la police ont légèrement dépassé le stade du débat sémantique, beaucoup moins.
📰 Dans cet article
🪧 Tout devait commencer par une pancarte
Mardi 29 septembre, les élus LFI arrivent devant la salle du conseil municipal alors que la séance a déjà commencé. Certains portent des keffiehs et des affichettes « Palestine Ruffin censure ».
Ils veulent protester contre le refus d’inscrire à l’ordre du jour une délibération demandant la rupture du jumelage entre Grenoble et Rehovot, en Israël. La municipalité explique avoir considéré l’opération comme une manifestation incompatible avec le fonctionnement de la séance. Des policiers municipaux positionnés devant l’hémicycle leur en refusent alors l’accès.
Et c’est là que le conseil municipal bascule assez franchement du Code général des collectivités territoriales vers quelque chose ressemblant davantage à une mêlée.
Les images disponibles montrent une confrontation physique entre élus et policiers. Elles ne permettent pas, à elles seules, d’attribuer toutes les violences dénoncées depuis par les deux camps.
La Ville affirme que des agents ont été victimes de violences et d’insultes, que certains ont été tirés et bloqués contre un mur et que des renforts ont été empêchés d’intervenir. Cinq policiers municipaux ont finalement déposé plainte et trois se sont rendus à l’hôpital.
Le conseil municipal, lui, n’a jamais vraiment repris : Laurence Ruffin l’a ajourné et annoncé qu’il serait reconvoqué.
🩹 À LFI aussi, on sort les certificats médicaux
Ce serait toutefois aller beaucoup trop vite que de résumer la scène à « LFI agresse la police ».
Les Insoumis donnent la version exactement inverse.
Allan Brunon assure que les policiers municipaux les ont empêchés d’exercer leur mandat, accuse des agents d’avoir eu un comportement violent et affirme notamment que certains auraient porté la main à leur taser. Il a qualifié la police municipale de « milice », terme que Laurence Ruffin a vivement rejeté.
Et LFI ne s’est pas contentée de tweets.
Une collaboratrice du groupe a fait constater un traumatisme au bras, des lésions visibles et une tuméfaction du poignet. La conseillère municipale Kenza Doukhi présente, selon les éléments transmis par LFI au Dauphiné Libéré, une entorse ayant entraîné un arrêt de travail jusqu’au 20 octobre.
Quant à Allan Brunon lui-même, un examen médical fait état d’une douleur et d’un œdème à l’avant-bras, d’une impotence fonctionnelle d’un doigt et d’une fracture dentaire.
LFI a donc elle aussi engagé une démarche judiciaire.
Voilà pourquoi le parquet a désormais un travail un peu plus compliqué que de regarder les pancartes.
👮 « La police tue », épisode grenoblois
L’affaire prend surtout une saveur particulière à Grenoble en raison du passif récent d’Allan Brunon sur le sujet.
Le 28 avril dernier, en plein conseil municipal, le responsable LFI avait repris à son compte la formule « la police tue ». Interpellé sur ses propos, il ne les avait pas retirés. Place Gre’net rapporte cette réponse quelques mois plus tard : dire que « la police tue » serait selon lui aussi vrai que de dire que « l’eau mouille ».
Le rapprochement n’est pas seulement rétrospectif.
Le 21 septembre, soit huit jours à peine avant l’altercation de l’Hôtel de Ville, Allan Brunon participait encore à Grenoble à une manifestation contre ce que les organisateurs présentaient comme un « permis de tuer » accordé aux forces de l’ordre. Il figurait parmi les élus LFI présents dans le cortège.
Huit jours plus tard, trois policiers municipaux étaient à l’hôpital et cinq déposaient plainte à la suite d’une confrontation avec son groupe.

Ce rapprochement chronologique ne dit évidemment rien, à lui seul, des responsabilités pénales du 29 septembre.
Il produit en revanche une collision politique assez difficile à manquer.
⚖️ Même frappée ? La justice dira déjà si elle l’a été
La formule était presque trop belle : même frappée, la police ne tue pas.
Il faut néanmoins lui conserver son astérisque.
Que des policiers aient été blessés et aient porté plainte est établi. Que des personnes du groupe LFI présentent elles aussi des blessures constatées l’est également. En revanche, savoir qui a commis quelles violences, dans quel ordre et dans quelles circonstances appartient désormais à l’enquête ouverte par le parquet de Grenoble.
Même la question de l’accès à l’hémicycle mérite davantage qu’un slogan.
Le Code général des collectivités territoriales donne au maire « seul la police de l’assemblée » et lui permet de faire expulser une personne troublant l’ordre. Mais l’épisode concerne ici des conseillers municipaux, et non de simples membres du public. La portée exacte du règlement intérieur de Grenoble et des consignes données aux agents pourrait donc devenir l’un des sujets de l’enquête ou, à tout le moins, de la polémique juridique.
🌹 Même le PS grenoblois demande l’exclusion de Brunon
Depuis mardi, l’affaire a d’ailleurs largement débordé la droite grenobloise.
Ce mercredi, la section grenobloise du Parti socialiste a demandé à la direction nationale de LFI d’exclure Allan Brunon, estimant qu’une « ligne rouge » avait été franchie. La veille, Laurence Ruffin avait elle-même condamné les violences dénoncées par ses agents et annoncé qu’elle ne souhaitait plus coopérer avec des personnes qu’elle juge violentes dans leur manière d’agir.

À droite et au centre, plusieurs responsables ont également condamné les faits rapportés par la Ville, certains mettant en cause l’accord électoral qui avait permis la fusion des listes Ruffin et LFI entre les deux tours des municipales. Les appréciations politiques divergent, mais le constat institutionnel est plus simple : un conseil municipal élu en mars n’a pas réussi à achever sa séance de septembre après une confrontation entre des élus et les policiers de la commune.
Cinq mois après « la police tue », Grenoble dispose donc désormais d’un nouveau sujet de travaux pratiques.
Cette fois, les copies seront corrigées par le parquet.

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🚨 Grenoble : après « la police tue », la police municipale porte plainte
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