🚹Xooloo Messenger : Laisse pas traüner ton fils

Xooloo Messenger devait protĂ©ger les enfants. Un homme suspectĂ© d’y avoir infiltrĂ© un faux profil rappelle qu’aucune appli n’est une forteresse.

Une messagerie conçue pour les enfants, des parents qui cherchent justement Ă  Ă©viter les rĂ©seaux sociaux classiques, et malgrĂ© tout un adulte suspectĂ© d’avoir rĂ©ussi Ă  s’y faire passer pour une fillette avant d’envoyer des contenus sexuels Ă  une enfant. L’affaire Xooloo Messenger rappelle une vĂ©ritĂ© assez dĂ©sagrĂ©able : sur Internet, le bouton « sĂ©curisĂ© » ne dispense toujours pas d’ouvrir les yeux.

đŸ“± Xooloo Messenger devait justement Ă©viter ce genre de bordel

Il faut commencer par lĂ , parce que sinon on va encore rĂ©soudre le problĂšme avec la dĂ©licatesse d’un dĂ©bat Facebook aprĂšs trois Ricard.

Xooloo Messenger n’est pas TikTok, Instagram, Snapchat ou X.

Le service est prĂ©cisĂ©ment destinĂ© aux enfants et prĂ©sentĂ© comme un environnement leur permettant d’échanger dans un cadre davantage contrĂŽlĂ©. Autrement dit, le genre d’outil vers lequel peuvent se tourner des parents qui ne souhaitent justement pas laisser leur gosse se promener seul au milieu du grand centre commercial numĂ©rique mondial.

Et pourtant.

Selon les faits rapportĂ©s par Le ProgrĂšs, un homme aurait rĂ©ussi Ă  utiliser sur la plateforme un profil se prĂ©sentant comme celui d’une fillette de 10 ans. Il aurait ensuite envoyĂ© des contenus Ă  caractĂšre sexuel Ă  une enfant.

L’homme a Ă©tĂ© mis en examen.

On prĂ©cisera donc, puisque nous avons aussi quelques lecteurs qui pensent que « prĂ©sumĂ© innocent » est une formule dĂ©corative installĂ©e au-dessus des tribunaux : il appartient dĂ©sormais Ă  la justice d’établir prĂ©cisĂ©ment les faits et les responsabilitĂ©s.

Mais le problÚme posé, lui, existe déjà.

🧊 Sarah El HaĂŻry : « Ils sont partout oĂč il y a des enfants »

La Haute-commissaire Ă  l’Enfance, Sarah El HaĂŻry, a rĂ©agi dimanche en qualifiant l’affaire de « glaçante ».

Et son constat dépasse largement le cas de Xooloo.

Les prĂ©dateurs, rappelle-t-elle, savent mentir, usurper des identitĂ©s, contourner des dispositifs de sĂ©curitĂ© et rejoindre les endroits oĂč se trouvent les enfants.

Dit autrement : le pĂ©docriminel potentiel n’arrive gĂ©nĂ©ralement pas sur une application avec une photo de profil « Jean-Michel, 53 ans, passionnĂ© de crimes sexuels ».

Ce serait certes plus pratique. Mais il triche. C’est mĂȘme un peu le principe.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que les grandes solutions politiques consistant Ă  fabriquer un espace numĂ©rique prĂ©sentĂ© comme hermĂ©tiquement sĂ»r commencent Ă  rencontrer un lĂ©ger souci conceptuel.

Le type qu’on veut empĂȘcher d’entrer est aussi celui qui n’a aucune intention de respecter le panneau « interdit aux prĂ©dateurs ».

🔐 « Espace sĂ©curisĂ© » n’est pas un sortilĂšge

Depuis quelques années, le débat public sur les mineurs et Internet ressemble réguliÚrement à une réunion de copropriété cherchant le digicode parfait.

  • Interdisons les rĂ©seaux avant 15 ans.
  • VĂ©rifions les Ăąges.
  • CrĂ©ons des espaces rĂ©servĂ©s aux enfants.
  • Ajoutons du contrĂŽle parental.
  • Renforçons les procĂ©dures.

Tout cela peut Ă©videmment avoir une utilitĂ©, mais le problĂšme commence lorsqu’on transforme ces dispositifs en promesses absolues.

Parce qu’un espace « sĂ©curisĂ© » reste un espace dans lequel des humains tentent de communiquer avec d’autres humains. Et certains humains consacrent malheureusement beaucoup d’énergie Ă  contourner ce qu’on met devant eux.

Xooloo Messenger devait protĂ©ger les enfants. Un homme suspectĂ© d’y avoir infiltrĂ© un faux profil rappelle qu’aucune appli n’est une forteresse.

Le contrĂŽle parental, ce n’est pas un contrĂŽle technique avec une vignette valable deux ans. Donc on ne configure pas une application un dimanche aprĂšs-midi avant de considĂ©rer que Junior peut dĂ©sormais traverser Internet avec ses brassards.

👀 Laisse pas traĂźner ton fils
 si tu veux pas qu’il glisse, qu’il te ramĂšne du vice

C’est lĂ  que l’affaire devient intĂ©ressante au-delĂ  du fait divers.

Il serait particuliĂšrement idiot d’en conclure que les parents ayant choisi Xooloo ont fait le mauvais choix. Ils ont prĂ©cisĂ©ment essayĂ© de faire le bon. Ils ont utilisĂ© un outil destinĂ© aux enfants plutĂŽt que de les lĂącher directement sur des plateformes gĂ©nĂ©ralistes.

Mais une protection technique ne remplacera jamais complĂštement la prĂ©sence d’un adulte, la discussion avec l’enfant et quelques rĂšgles extrĂȘmement simples : expliquer qu’une identitĂ© numĂ©rique peut ĂȘtre fausse, qu’une personne rencontrĂ©e en ligne n’est pas nĂ©cessairement celle qu’elle prĂ©tend ĂȘtre et qu’un contenu ou une demande Ă©trange doit immĂ©diatement ĂȘtre montrĂ© Ă  un adulte.

Oui, c’est beaucoup moins spectaculaire qu’une nouvelle loi portant un joli numĂ©ro. Ou un joli nom du parlementaire ou ministre qui la porte.

Il n’y a mĂȘme pas de confĂ©rence de presse obligatoire.

🚧 La sĂ©curitĂ© absolue n’existe pas, donc il faut plusieurs barriĂšres

La dĂ©claration de Sarah El HaĂŻry insiste sur la responsabilitĂ© des plateformes et sur la nĂ©cessitĂ© de dispositifs rĂ©ellement efficaces. Évidemment.

Lorsqu’un service est conçu spĂ©cifiquement pour des mineurs, on est parfaitement en droit d’attendre de son Ă©diteur un niveau de protection supĂ©rieur Ă  celui du PMU numĂ©rique standard.

Et lorsqu’une faille apparaĂźt, il faut comprendre comment elle a Ă©tĂ© exploitĂ©e et comment Ă©viter qu’elle puisse l’ĂȘtre Ă  nouveau.

Mais il faudrait peut-ĂȘtre Ă©galement abandonner une bonne fois pour toutes l’idĂ©e selon laquelle une solution unique permettra de rĂ©gler le problĂšme des enfants en ligne.

Ni l’interdiction gĂ©nĂ©rale des rĂ©seaux sociaux, ni le contrĂŽle d’ñge, ni une application spĂ©cialisĂ©e, ni le contrĂŽle parental ne suffiront seuls.

La sécurité numérique ressemble davantage à plusieurs barriÚres successives.

  • Une plateforme sĂ©rieuse.
  • Des outils techniques.
  • Des parents informĂ©s.
  • Des enfants sensibilisĂ©s.
  • Et des enquĂȘteurs capables de retrouver ceux qui franchissent tout le reste.

Parce que pendant qu’on dĂ©bat pour savoir Ă  quel Ăąge Kevin aura lĂ©galement le droit de regarder des vidĂ©os verticales, les gens rĂ©ellement dangereux, eux, ne demandent pas l’autorisation.

🧒 ProtĂ©ger les enfants plutĂŽt que protĂ©ger notre conscience

C’est finalement peut-ĂȘtre la principale leçon de cette affaire.

On adore les dispositifs qui permettent aux adultes de se dire : « VoilĂ , c’est sĂ©curisĂ©. »

  • C’est confortable.
  • On coche une case.
  • On installe une application.
  • On fixe un Ăąge minimum.
  • Et on retourne regarder Questions pour un champion avec le sentiment du devoir accompli.

Sauf que la protection d’un enfant ne fonctionne pas comme ça.

Elle demande de la technique, de la vigilance, de l’éducation et surtout de continuer Ă  s’intĂ©resser Ă  ce qu’il fait aprĂšs avoir installĂ© le logiciel censĂ© nous Ă©viter de nous en prĂ©occuper.

Dans le Haut-Doubs comme ailleurs, la meilleure protection numĂ©rique reste probablement celle qu’on n’imagine jamais dĂ©finitive.

On n’a pas de conseil Ă  te donner, mais laisse pas traĂźner ton fils sur Xooloo.

Mais surtout, ne crois pas que parce qu’il est sur Xooloo, tu peux arrĂȘter de regarder.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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