AprĂšs la philo, passĂ©e ce lundi dans toute la France, les candidats au bac ont enchaĂźnĂ© avec les Ă©preuves de spĂ©cialitĂ©. Dans les lycĂ©es, on a donc planchĂ© trĂšs sĂ©rieusement sur HGGSP, maths, SVT, SES, NSI, physique-chimie ou encore humanitĂ©s. Ă LâOuest RĂ©publicain, on a regardĂ© ça de prĂšs. Et on sâest dit quâune chose manquait cruellement aux sujets officiels : un peu de Haut-Doubs.
Pas forcĂ©ment beaucoup. Juste assez pour que les copies parlent enfin de vraies questions de sociĂ©tĂ© : la RĂ©publique du Saugeais, les frontaliers, les SUV allemands, le ComtĂ©, les parkings, le franc suisse, le C15, le MHDGA, GĂ©rard Poncet et cette impression persistante que tout problĂšme national finit toujours par se rĂ©soudre autour dâun Pontarlier.
đ° Dans cet article
đșïž Histoire-GĂ©ographie, GĂ©opolitique et Sciences politiques
En Histoire-GĂ©ographie, GĂ©opolitique et Sciences politiques, les candidats ont pu tomber sur un sujet autrement plus formateur : montrer comment la RĂ©publique autonome du Saugeais est devenue, Ă partir dâune plaisanterie locale, lâune des constructions institutionnelles les plus solides du secteur.
Il fallait Ă©videmment parler dâidentitĂ©, de rĂ©cit collectif, de frontiĂšres symboliques et de capacitĂ© locale Ă prendre trĂšs au sĂ©rieux une idĂ©e qui, au dĂ©part, nâĂ©tait peut-ĂȘtre pas totalement prĂ©vue pour ça. Les meilleures copies ont sĂ»rement expliquĂ© quâon ne comprend rien au Haut-Doubs si lâon croit quâune blague cesse dâĂȘtre une blague au moment oĂč quelquâun imprime un tampon officiel.
En gĂ©ographie, le sujet idĂ©al a naturellement portĂ© sur les mouvements pendulaires entre le Haut-Doubs et la Suisse. Les candidats ont dĂ» analyser les flux quotidiens, les parkings de covoiturage, les embouteillages matinaux et lâapparition trĂšs documentĂ©e de grosses berlines et SUV allemands dĂšs que le franc suisse se porte bien.
Enfin, en sciences politiques, le MHDGA sâest imposĂ© comme objet dâĂ©tude. Il fallait expliquer comment GĂ©rard Poncet, retraitĂ© de la DDE, moustache institutionnelle et casquette vissĂ©e sur le crĂąne, a pu devenir une figure politique locale en dĂ©fendant une ligne simple : moins de PowerPoint, plus de Pontarlier, et une souverainetĂ© alimentaire fondĂ©e sur le ComtĂ©.
đ HumanitĂ©s, LittĂ©rature et Philosophie
En Humanités, Littérature et Philosophie, les candidats ont étudié la maniÚre dont une société produit ses grands récits. Dans le Haut-Doubs, cela passait forcément par trois figures majeures : GisÚle, DjÀysonne et Gérard Poncet.
GisĂšle incarnait la mĂ©moire locale, celle qui a tout vu depuis le tabac-presse de Morteau et qui sait reconnaĂźtre un effondrement moral Ă la façon dont quelquâun se gare devant une boulangerie. DjĂ€ysonne reprĂ©sentait la jeunesse, le numĂ©rique, lâenthousiasme mal orthographiĂ© et cette capacitĂ© unique Ă transformer un simple fichier image en incident Ă©ditorial. GĂ©rard Poncet, lui, portait la dimension tragique : celle de lâhomme qui a compris trop tĂŽt que le monde moderne tournait mal dĂšs quâon a commencĂ© Ă dire âmobilitĂ© douceâ sans prĂ©voir de pneus hiver.
La partie philosophie a Ă©videmment posĂ© la seule question valable : une information reste-t-elle vraie lorsquâelle a Ă©tĂ© traitĂ©e par LâOuest RĂ©publicain ? Les candidats qui ont rĂ©pondu trop vite ont perdu des points. Ceux qui ont Ă©crit âça dĂ©pend du niveau de Pontarlier dans le verreâ ont Ă©tĂ© convoquĂ©s Ă lâoral, mais avec respect.
đŹđ§ Langues, LittĂ©ratures et Cultures ĂtrangĂšres
En Langues, LittĂ©ratures et Cultures ĂtrangĂšres, les Ă©lĂšves ont travaillĂ© sur un reportage de la BBC consacrĂ© Ă une rĂ©gion française oĂč les habitants roulent en pneus hiver jusquâen mai et considĂšrent le froid comme une composante patrimoniale.
Il fallait comprendre le dĂ©calage culturel entre un journaliste britannique persuadĂ© de filmer une anomalie climatique et un habitant du Haut-Doubs expliquant tranquillement que âça va, il ne gĂšle presque plusâ. La maĂźtrise du vocabulaire mĂ©tĂ©orologique, automobile et diplomatique a Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©e.
Un second document Ă©voquait un investisseur amĂ©ricain sĂ©duit par les palmiers bisontins et persuadĂ© quâon pouvait transformer Besançon en station tropicale Ă condition dây croire trĂšs fort. Les candidats ont dĂ» comparer cette vision internationale du progrĂšs avec la conception locale, nettement plus sobre, qui consiste Ă dĂ©neiger correctement la route avant 7 h 15.
đïž LittĂ©rature, Langues et Cultures de lâAntiquitĂ©
En LittĂ©rature, Langues et Cultures de lâAntiquitĂ©, le sujet a demandĂ© si le Haut-Doubs relevait davantage de la citĂ© grecque, de la colonie romaine ou dâune forme politique encore inconnue des historiens.
Pontarlier pouvait ĂȘtre comparĂ©e Ă une polis de montagne, avec ses rites, ses assemblĂ©es, ses figures tutĂ©laires et ses dĂ©bats rĂ©currents sur la route, la neige et le stationnement. Le Saugeais a permis dâaborder la question des marges, des frontiĂšres et des territoires qui dĂ©cident eux-mĂȘmes quâils existent parce que personne nâa vraiment osĂ© leur dire le contraire.
La version latine portait sur un marchand de fromage traversant les montagnes avec une cargaison prĂ©cieuse. Les candidats qui ont traduit âPanem et ComtĂ©â sans trembler ont probablement compris lâessentiel de la civilisation.
â MathĂ©matiques
En MathĂ©matiques, lâexercice principal a mis en scĂšne un frontalier quittant Pontarlier Ă 6 h 43 pour rejoindre son travail en Suisse. Ă 6 h 47, un hĂ©risson a traversĂ© la route. Ă 6 h 51, un ralentissement sâest formĂ©. Ă 6 h 52, le franc suisse a gagnĂ© 0,3 %. Ă 6 h 53, le conducteur a commencĂ© Ă expliquer que ânormalement, ça passeâ.
Les candidats ont dĂ» calculer la probabilitĂ© quâil arrive Ă lâheure tout en conservant une humeur compatible avec la vie en sociĂ©tĂ©. Les plus solides ont intĂ©grĂ© les variables mĂ©tĂ©o, trafic, travaux, pneus hiver, radio locale et prĂ©sence Ă©ventuelle dâun tracteur devant eux.
Une dĂ©monstration bonus portait sur le CitroĂ«n C15. Il fallait dĂ©terminer sâil sâagissait dâun vĂ©hicule, dâun objet patrimonial ou dâune constante mathĂ©matique. Plusieurs correcteurs auraient acceptĂ© les trois rĂ©ponses.
đ» NumĂ©rique et Sciences Informatiques
En NumĂ©rique et Sciences Informatiques, les Ă©lĂšves ont dĂ» concevoir un algorithme capable de distinguer trois textes : un communiquĂ© officiel, un article de LâOuest RĂ©publicain et un commentaire Facebook Ă©crit Ă 23 h 58 aprĂšs plusieurs verres de Pontarlier.
Le programme devait repĂ©rer les mots-clĂ©s sensibles : âComtĂ©â, âfrontaliersâ, âsouverainetĂ©â, âhĂ©rissonâ, âscandaleâ, âça suffitâ et âon nâa jamais vu çaâ. Une gestion dâerreur Ă©tait attendue lorsque le texte contenait Ă la fois une phrase du MHDGA, une rĂ©fĂ©rence Ă la RN57 et un lien interne vers une Ă©phĂ©mĂ©ride.
Lâexercice pratique a ensuite demandĂ© de corriger un plugin WordPress qui transformait automatiquement chaque occurrence du mot âpierreâ en lien vers lâĂ©phĂ©mĂ©ride de Pierre. Plusieurs candidats ont quittĂ© la salle Ă ce moment-lĂ . On les comprend.
đ Sciences de la vie et de la Terre
En Sciences de la vie et de la Terre, le ComtĂ© a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© comme un Ă©cosystĂšme complet. Les candidats ont dĂ» expliquer les interactions entre les prairies, les vaches, les bactĂ©ries dâaffinage, les fruitiĂšres, les caves et les habitants qui affirment trĂšs sĂ©rieusement quâun ComtĂ© de 36 mois ânâest pas si fort que çaâ.
La seconde partie portait sur lâadaptation du Doubiste au froid. Il fallait montrer comment certains organismes locaux parviennent Ă sortir en tee-shirt alors que la tempĂ©rature impose normalement Ă toute espĂšce raisonnable de rester sous une couverture.
Les copies les plus convaincantes ont reliĂ© climat, altitude, habitudes alimentaires et refus absolu de reconnaĂźtre quâil fait froid quand un touriste pose la question.
âïž Sciences de lâingĂ©nieur
En Sciences de lâingĂ©nieur, le sujet a pris la forme dâun appel dâoffres : concevoir une solution permettant de fluidifier la circulation Ă La Vrine sans dĂ©clencher trois pĂ©titions, deux recours administratifs, une rĂ©union publique interminable et une intervention de GĂ©rard Poncet.
Les candidats ont dĂ» intĂ©grer les contraintes du terrain : neige, gel, frontaliers pressĂ©s, poids lourds, visibilitĂ©, habitudes locales et impossibilitĂ© structurelle de satisfaire tout le monde en mĂȘme temps.
Les projets de monorail ont reçu un bonus de créativité. Les projets comprenant un rond-point à La Vrine ont été immédiatement éliminés, pour des raisons géographiques et morales.
đ¶ Sciences Ăconomiques et Sociales
En Sciences Ăconomiques et Sociales, les candidats ont travaillĂ© sur lâimpact du taux de change entre lâeuro et le franc suisse dans le Haut-Doubs. Il fallait comprendre comment une variation monĂ©taire pouvait influencer la consommation locale, les prix, les arbitrages et la densitĂ© de SUV allemands devant certaines boulangeries.
La partie sociologie a portĂ© sur les Doubistes qui affirment ne jamais partir en vacances parce que âtout est dĂ©jĂ iciâ. Les candidats ont dĂ» analyser cette phrase comme fait social total, entre attachement territorial sincĂšre, stratĂ©gie dâĂ©vitement des touristes et incapacitĂ© Ă rester plus de trois jours loin du ComtĂ©.

La science politique a repris le MHDGA sous un autre angle. Il ne fallait pas seulement le voir comme un mouvement politique, mais comme une météo morale du Haut-Doubs : ça rùle, ça couvre, ça tient au sol, et parfois ça annonce la neige.
đ§Ș Physique Chimie
En Physique Chimie, lâexpĂ©rience principale a consistĂ© Ă mesurer le comportement dâun verre de Pontarlier exposĂ© au soleil pendant une pĂ©riode de forte chaleur. Les candidats ont dĂ» calculer les variations de tempĂ©rature, les phĂ©nomĂšnes dâĂ©vaporation et le moment exact oĂč le propriĂ©taire du verre a commencĂ© Ă raconter que âdans le temps, on supportait mieux la chaleurâ.
La partie chimie a portĂ© sur la cancoillotte. Il fallait expliquer pourquoi cette matiĂšre, pourtant connue, observĂ©e et consommĂ©e depuis des gĂ©nĂ©rations, continue Ă dĂ©fier les lois Ă©lĂ©mentaires de lâassiette en terminant systĂ©matiquement sur la nappe.
Les copies les plus prudentes ont conclu que la cancoillotte nâĂ©tait pas seulement un aliment, mais un Ă©tat instable de la matiĂšre.
đ Arts : Histoire des arts, Théùtre, Arts Plastiques, Arts du Spectacle
En Arts, les candidats ont commentĂ© une Ćuvre reprĂ©sentant un hĂ©risson traversant la RN57 sous le regard inquiet dâun frontalier. Il fallait analyser la composition, la tension dramatique, le symbole du freinage dâurgence et la place de lâanimal dans lâimaginaire routier local.
En théùtre, les Ă©lĂšves ont jouĂ© une scĂšne de conseil municipal consacrĂ©e Ă une piste cyclable. Le jury a apprĂ©ciĂ© les silences gĂȘnĂ©s, les regards vers le public et la montĂ©e progressive de la tension au moment oĂč quelquâun a prononcĂ© le mot âstationnementâ.
En arts plastiques, la consigne a Ă©tĂ© plus rude : reprĂ©senter le Haut-Doubs sans neige, sans sapin et sans ComtĂ©. Plusieurs candidats ont rendu feuille blanche. Techniquement, ce nâĂ©tait pas faux.
đ± Biologie Ăcologie
En Biologie Ăcologie, spĂ©cialitĂ© rĂ©servĂ©e aux lycĂ©es agricoles, les candidats ont Ă©tudiĂ© les interactions entre les prairies dâaltitude, les troupeaux laitiers, les fruitiĂšres et les filiĂšres locales.
Le Mont dâOr a Ă©tĂ© abordĂ© comme espĂšce sensible, soumise Ă une forte pression saisonniĂšre et Ă des manipulations parfois brutales au moment de passer au four. Les sangles ont Ă©videmment occupĂ© une place centrale dans lâanalyse.
Une question complĂ©mentaire portait sur les restrictions dâeau et lâinterdiction de laver les voitures. Les candidats ont dĂ» expliquer pourquoi certains habitants acceptent de voir mourir trois plants de tomates sans rĂ©agir, mais considĂšrent une carrosserie poussiĂ©reuse comme une atteinte directe Ă la dignitĂ© humaine.
đ Ăducation Physique, Pratiques et Culture Sportives
En Ăducation Physique, Pratiques et Culture Sportives, lâĂ©preuve a commencĂ© par un biathlon administratif. Le candidat devait courir jusquâĂ un guichet, rĂ©cupĂ©rer un formulaire, dĂ©couvrir quâil manquait une piĂšce justificative, repartir, revenir, puis rester lucide malgrĂ© la fermeture imminente du service.
La partie culture sportive a portĂ© sur Lou Jeanmonnot et Quentin Fillon-Maillet. Il fallait expliquer pourquoi, dans le Haut-Doubs, le biathlon nâest pas seulement un sport dâhiver, mais une maniĂšre raisonnable dâenvisager lâexistence : avancer, viser juste, respirer, recommencer, et ne pas trop Ă©couter les commentaires du canapĂ©.
Une derniĂšre question demandait pourquoi la pause fraĂźcheur avait Ă©tĂ© immĂ©diatement suspectĂ©e dâĂȘtre un complot publicitaire venu des Ătats-Unis. Les candidats qui ont rĂ©pondu âparce que câen est probablement unâ ont obtenu la moyenne.
đ§Ÿ Des sujets moins officiels, mais plus utiles localement
Au final, ces spĂ©cialitĂ©s du bac 2026 nâont peut-ĂȘtre pas vraiment Ă©tĂ© celles que les candidats ont eues sous les yeux. Mais elles auraient eu le mĂ©rite de prĂ©parer les lycĂ©ens Ă la vraie vie dans le Haut-Doubs : comprendre une frontiĂšre, survivre Ă un dĂ©bat local, reconnaĂźtre une fausse bonne idĂ©e, respecter le ComtĂ©, calculer un trajet frontalier et ne jamais sous-estimer un hĂ©risson.
La rĂ©daction ne sait pas si le ministĂšre retiendra ces propositions pour lâan prochain.
Mais si un sujet tombe un jour sur GĂ©rard Poncet, on pourra dire quâon avait prĂ©venu.

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đ Bac spĂ©cialitĂ©s 2026 : les sujets quâon aurait dĂ» avoir dans le Haut-Doubs
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