LâactualitĂ© nationale nous offre parfois des contrastes dâune dĂ©licatesse toute rĂ©publicaine. Dâun cĂŽtĂ©, Medadom annonce avoir franchi le cap des 10 millions de patients pris en charge, avec un rĂ©seau de 6 000 pharmacies partenaires et prĂšs de 2 000 mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes mobilisĂ©s partout en France. De lâautre, le dĂ©sert mĂ©dical instituĂ© dans le Haut-Doubs, on continue Ă vivre avec une sensation plus rustique : celle de devoir remercier le ciel, la CPTS, lâARS, la fruitiĂšre et peut-ĂȘtre Saint-Luc dĂšs quâun rendez-vous mĂ©dical tombe avant la Saint-Glinglin.
Le sujet nâa rien dâun fantasme de comptoir. Selon le Contrat local de santĂ© du Pays Horloger et du Pays du Haut-Doubs, le territoire est mal dotĂ© en professionnels de santĂ© de proximitĂ©. La densitĂ© de mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes y est infĂ©rieure Ă la moyenne nationale, et certaines communes pĂ©riphĂ©riques restent Ă©loignĂ©es des soignants, quâil sâagisse de mĂ©decins, dâinfirmiers ou de kinĂ©s. Dit autrement : on peut parfois trouver plus vite un frontalier en SUV allemand quâun praticien disponible Ă moins de trois semaines.
Le plus intĂ©ressant, câest que ce dĂ©sert mĂ©dical raconte au fond la mĂȘme histoire que celle du logement : un territoire attractif, vivant, frontalier, mais sous tension permanente. On attire du monde, on produit de la richesse, on aligne les cartes postales entre sapins, neige et saucisse de Morteau, mais quand il sâagit dâinstaller durablement des services essentiels, ça tousse un peu plus quâun patient sans crĂ©neau.
 Dans cet article
đ DĂ©sert mĂ©dical : une pĂ©nurie bien locale
Le Contrat local de santĂ© ne prend pas de dĂ©tour : il Ă©voque la nĂ©cessitĂ© dâenrayer la tendance vers un dĂ©sert mĂ©dical, notamment par les projets de maisons de santĂ© et par des dispositifs complĂ©mentaires. En clair, si les Ă©lus, les professionnels et les structures sanitaires se rĂ©unissent autour dâune table, ce nâest pas pour organiser un concours de morbier, mais bien parce que le problĂšme est installĂ©.
Le document explique aussi que la proximitĂ© avec la Suisse accentue les dĂ©sĂ©quilibres. Ce nâest pas franchement une surprise. Quand un territoire vit Ă lâombre dâun voisin capable de proposer des conditions plus attractives, il faut se battre davantage pour garder ou faire venir des professionnels. Et comme si cela ne suffisait pas, la question du logement revient dans lâĂ©quation. Oui, encore lui. Parce quâun jeune mĂ©decin quâon convainc Ă moitiĂ© ne signe pas forcĂ©ment pour venir sâinstaller dans le Haut-Doubs sâil doit ensuite consacrer un bras, une jambe et un stĂ©thoscope Ă se loger correctement.
On retrouve lĂ la mĂȘme logique que pour les salariĂ©s, les familles et les saisonniers : le Haut-Doubs plaĂźt, mais il devient difficile Ă pratiquer au quotidien. Le dĂ©cor est superbe, lâair est pur, mais le parcours pour accĂ©der Ă des soins rĂ©guliers relĂšve parfois du raid nordique.
đ„ BonnĂ©tage, Pontarlier, Morteau : on bricole, on anticipe, on sâaccroche
LâactualitĂ© rĂ©cente de BonnĂ©tage rĂ©sume bien lâambiance. LĂ -bas, les deux seuls mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes du territoire de la communautĂ© de communes du plateau du Russey approchent de la retraite. RĂ©sultat : un projet de maison de santĂ© pluriprofessionnelle est en train de prendre forme pour Ă©viter que le secteur ne bascule franchement dans le vide sanitaire. Le projet prĂ©voit trois mĂ©decins, dâautres professions de santĂ© et mĂȘme des logements pour le personnel mĂ©dical. LĂ encore, le logement nâest pas un dĂ©tail : il devient carrĂ©ment un outil de survie territoriale.
Ă Pontarlier, on a dĂ©jĂ connu des rĂ©ponses transitoires, des organisations adaptĂ©es, des solutions un peu cousues main pour maintenir lâaccĂšs aux soins. Ă Morteau, comme dans lâensemble du Pays Horloger, on raisonne de plus en plus en rĂ©seau, en coopĂ©ration, en attractivitĂ©, comme si recruter un mĂ©decin relevait dĂ©sormais dâune opĂ©ration de diplomatie territoriale. On nâest plus simplement en train dâouvrir un cabinet. On doit presque vendre un mode de vie, un Ă©cosystĂšme, une promesse dâinstallation, un cadre familial, des loisirs, une Ă©cole et, tant quâĂ faire, une place pour garer le SUV.

Le constat rĂ©gional nâaide pas Ă relativiser. En Bourgogne-Franche-ComtĂ©, lâARS indique quâenviron 76 % de la population vit dans une zone sous-dense en offre de soins. Autrement dit, le problĂšme dĂ©passe le Haut-Doubs, mais chez nous il prend une couleur particuliĂšre : relief, distances, dispersion de lâhabitat, vieillissement dâune partie de la population et pression frontaliĂšre se combinent comme dans une recette locale que personne nâavait vraiment envie de goĂ»ter.
đ± Medadom explose, la tĂ©lĂ©consultation sâinstalle
Et pendant ce temps-lĂ , Medadom prospĂšre. Le signal national est limpide : la tĂ©lĂ©consultation devient une piĂšce de plus en plus visible du systĂšme. Lâentreprise communique sur ses 10 millions de patients pris en charge, son maillage en pharmacie et sa capacitĂ© Ă proposer un accĂšs rapide Ă un mĂ©decin. Le message est puissant, presque imparable : si vous ne trouvez plus facilement un cabinet, vous trouverez au moins un Ă©cran.
Il ne faut pas caricaturer. La tĂ©lĂ©consultation peut rendre de vrais services, notamment pour les soins non programmĂ©s, les renouvellements, les petits bobos, certaines situations du quotidien et les territoires oĂč lâoffre se rarĂ©fie. Dans un dĂ©sert mĂ©dical, elle nâest pas absurde. Elle peut mĂȘme ĂȘtre un soulagement. Quand il faut choisir entre aucun rendez-vous et une tĂ©lĂ©consultation, beaucoup de patients ne feront pas les difficiles.
Mais il faut garder la tĂȘte froide. MĂȘme la Cour des comptes rappelle que la tĂ©lĂ©consultation a une place utile mais limitĂ©e, et que sa stratĂ©gie globale reste Ă clarifier. Un Ă©cran dĂ©panne ; il ne remplace pas totalement un cabinet, une relation de suivi, un examen clinique, une prĂ©sence humaine durable et des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes ancrĂ©s dans le territoire.
đČ Dans le Haut-Doubs, le vrai enjeu reste lâinstallation
VoilĂ le cĆur du sujet. Le Haut-Doubs nâa pas seulement besoin de solutions de secours. Il a besoin de mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes qui sâinstallent, restent, travaillent ensemble et vivent ici dans de bonnes conditions. Sinon, on va continuer Ă empiler les rustines : un peu de tĂ©lĂ©consultation, un peu de bricolage organisationnel, un peu de bonne volontĂ© des Ă©lus, un peu de systĂšme D, avec lâespoir quâaucun pan entier du territoire ne dĂ©croche pour de bon.
Le plus piquant, câest que tout cela se produit dans un territoire quâon nous prĂ©sente souvent comme attractif, dynamique, frontalier, recherchĂ©. Ă croire quâon peut venir y acheter une maison quand on a le salaire suisse, mais quâon hĂ©site Ă y ouvrir un cabinet quand on a fait dix ans dâĂ©tudes de mĂ©decine. Câest sans doute ça, la modernitĂ© rurale : un endroit oĂč lâon peut tĂ©lĂ©consulter en trĂšs haut dĂ©bit parce quâil nây a plus assez de monde pour consulter en vrai.
Le Haut-Doubs nâa pas besoin quâon lui explique que la santĂ© est un sujet prioritaire. Il a surtout besoin quâon arrĂȘte de considĂ©rer normal quâun territoire entier finisse par sâorganiser autour de la raretĂ© mĂ©dicale comme il sâorganise dĂ©jĂ autour de la neige, du foncier tendu et des kilomĂštres. Ici, le dĂ©sert mĂ©dical nâest pas un concept. Câest un mode de vie que tout le monde commence Ă trouver un peu fatigant.

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đ©ș DĂ©sert mĂ©dical dans le Haut-Doubs : pendant que Medadom soigne la France, ici on attend encore le mĂ©decin
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