🚧 Panneau : dans le Haut-Doubs, une lectrice rĂ©clame enfin un mode d’emploi pour les panneaux

Tout est parti d’un post publiĂ© par L’Ouest RĂ©publicain sur Facebook, avec ce message simple, sobre et presque administratif : « Chasse en cours : Ă©vitez de ressembler Ă  un sanglier. » Une publication d’intĂ©rĂȘt public, donc, dans la grande tradition des messages qui servent Ă  rappeler Ă  chacun qu’une promenade en sous-bois dans le Haut-Doubs peut parfois virer Ă  l’exercice de camouflage involontaire.

Mais sous ce post, une lectrice, Claudine F.1, a dĂ©cidĂ© d’élargir le dĂ©bat. Et il faut bien reconnaĂźtre qu’elle n’a pas totalement tort. Pourquoi, demande-t-elle en substance, expliquer aussi clairement un contexte de chasse, alors qu’en ville, lors de travaux, on se contente d’un panneau jaune, d’une flĂšche douteuse, d’un trottoir barrĂ© et d’un vague sentiment d’humiliation pour le piĂ©ton invitĂ© Ă  traverser sans autre prĂ©cision ? MĂȘme combat pour le STOP, dont le sens, selon elle, n’est jamais assez explicitĂ©. Une question que beaucoup n’osaient plus poser, de peur d’ĂȘtre accusĂ©s de faiblesse intellectuelle par un panneau triangulaire.

Il fallait que quelqu’un le dise. Dans le Haut-Doubs, oĂč l’on a longtemps admis qu’un panneau se suffisait Ă  lui-mĂȘme, l’idĂ©e fait aujourd’hui son chemin : et si les panneaux devaient eux aussi ĂȘtre accompagnĂ©s d’un petit texte explicatif, d’une note de contexte, voire d’un accompagnement pĂ©dagogique ?

đŸŠș Panneau et pĂ©dagogie : la grande fracture locale

Car enfin, reconnaissons-le : la signalisation française repose depuis des décennies sur un postulat optimiste. Celui selon lequel un citoyen normalement constitué comprend spontanément que :

  • un panneau STOP veut dire stop ;
  • un panneau « piĂ©ton, prenez le trottoir d’en face » veut effectivement dire de prendre le trottoir d’en face ;
  • un ruban de chantier, posĂ© Ă  moitiĂ© en vrac entre deux barriĂšres, signifie qu’il ne faut pas s’engager, mĂȘme si techniquement on peut encore passer de profil.

Or cette foi dans la capacitĂ© interprĂ©tative du public commence Ă  se fissurer. Dans le Haut-Doubs, on veut bien faire des efforts, mais encore faut-il qu’on nous explique prĂ©cisĂ©ment pourquoi il faut les faire. Le panneau, seul, ne suffit plus. Il faut le panneau augmentĂ©. Le panneau commentĂ©. Le panneau mĂ©diĂ©.

D’aprĂšs plusieurs sources qui n’ont jamais refusĂ© un cafĂ©, un groupe de rĂ©flexion pourrait mĂȘme voir le jour dans les prochaines semaines autour d’un intitulĂ© de travail trĂšs sĂ©rieux : « Commission locale de clarification sĂ©miotique des messages visuels Ă  destination des usagers dubitatifs. » Le nom est un peu long, mais il sera abrĂ©gĂ© sur un panneau.

🛑 STOP : un concept encore trop abstrait pour certains

Le cas du STOP mĂ©rite en effet toute notre attention. Tout le monde croit savoir ce que veut dire un STOP, alors qu’en pratique, il existe au moins cinq interprĂ©tations observables :

  1. l’arrĂȘt complet ;
  2. le ralentissement appuyĂ© avec hochement de tĂȘte ;
  3. le passage prudent si personne ne regarde ;
  4. le cédez-le-passage déguisé ;
  5. la trajectoire frontaliĂšre en SUV allemand, fondĂ©e sur la conviction que la prioritĂ© est surtout un Ă©tat d’esprit.

Dans ce contexte, Claudine F. pose une vraie question de société : pourquoi ne pas écrire directement sous le panneau STOP quelque chose comme :

« Merci d’immobiliser rĂ©ellement votre vĂ©hicule, oui, mĂȘme vous, mĂȘme si vous connaissez la route, mĂȘme si vous ĂȘtes pressĂ©, mĂȘme si vous avez dĂ©jĂ  fait ce carrefour 400 fois. »

Ce serait clair, honnĂȘte, pĂ©dagogique. Presque trop.

đŸš¶ Travaux : le rĂšgne du trottoir d’en face

Mais le vrai drame, dans le Haut-Doubs comme ailleurs, reste celui des travaux urbains. Le piĂ©ton y est souvent traitĂ© comme un cobaye de laboratoire. On lui montre vaguement un itinĂ©raire de dĂ©viation, parfois Ă  l’aide d’une flĂšche qui semble avoir Ă©tĂ© dessinĂ©e par un Ă©lu en rĂ©union de fin de chantier, puis on le laisse improviser entre une pelleteuse, un grillage et un vĂ©hicule d’entreprise garĂ© en biais.

Le fameux « prenez le trottoir d’en face » est devenu la grande poĂ©sie administrative de notre temps. Le panneau ne dit jamais :

  • Ă  quel moment traverser ;
  • s’il existe encore un trottoir d’en face ;
  • si le trottoir d’en face n’est pas lui-mĂȘme condamnĂ© trente mĂštres plus loin ;
  • ni si un hĂ©risson local, dĂ©jĂ  engagĂ© dans la traversĂ©e, a validĂ© le parcours.

C’est sans doute lĂ  que la demande de pĂ©dagogie devient la plus forte. Dans le Haut-Doubs, on ne demande pas la lune. Juste une phrase comprĂ©hensible, un schĂ©ma cohĂ©rent, et Ă©ventuellement un adulte rĂ©fĂ©rent pour accompagner les plus motivĂ©s.

đŸŒČ Chasse : le seul domaine oĂč tout devient soudain limpide

Le plus beau, dans cette affaire, c’est que la chasse reste sans doute le seul domaine oĂč les consignes paraissent limpides. « Évitez de ressembler Ă  un sanglier » : lĂ , au moins, le message parle Ă  tout le monde. C’est concret. C’est visuel. C’est engageant.

On ne sait pas exactement Ă  partir de quel niveau de pilositĂ©, de doudoune marron ou de dĂ©marche forestiĂšre le risque augmente, mais l’intention est claire. Le citoyen comprend qu’il doit Ă©viter le style « mammifĂšre trapu en sortie de sous-bois ». Et cela fonctionne.

D’oĂč cette interrogation qui secoue dĂ©sormais les cafĂ©s, les fils Facebook et peut-ĂȘtre bientĂŽt les conseils municipaux : pourquoi la chasse bĂ©nĂ©ficie-t-elle d’une communication si intelligible, quand les travaux de voirie s’obstinent Ă  parler en hiĂ©roglyphes de collectivitĂ© ?

Panneau, Haut-Doubs, chasse, STOP, travaux : une lectrice relance le dĂ©bat sur la signalisation locale et le besoin d’expliquer enfin les panneaux.

📋 Vers un panneau explicatif du panneau explicatif

Selon nos informations, plusieurs prototypes seraient dĂ©jĂ  Ă  l’étude. Parmi eux :

  • un STOP avec notice latĂ©rale ;
  • un panneau de travaux accompagnĂ© d’un mini plan lisible ;
  • un triangle de danger assorti d’une phrase complĂšte ;
  • et, pour les zones complexes, un QR code renvoyant vers une vidĂ©o de mise en situation jouĂ©e par un agent communal et un hĂ©risson.

Le projet le plus ambitieux prĂ©voit mĂȘme un panneau explicatif du panneau explicatif, afin d’éviter toute confusion sur la fonction mĂȘme de l’explication. Une logique administrative que personne ne maĂźtrise complĂštement, mais que tout le monde respecte par prudence.

Dans le Haut-Doubs, cette rĂ©volution douce de la signalĂ©tique pourrait changer la vie. Moins de gestes nerveux devant les barriĂšres de chantier. Moins d’arrĂȘts philosophiques devant les STOP. Moins de piĂ©tons abandonnĂ©s Ă  leur destin entre deux bandes jaunes. Et surtout, davantage de sĂ©rĂ©nitĂ© pour ceux qui ont toujours eu le sentiment qu’un panneau, au fond, ne dit jamais tout.

Claudine F., sans le savoir, a peut-ĂȘtre lancĂ© un grand mouvement national. Le jour oĂč chaque indication sera accompagnĂ©e d’une explication simple, claire et presque humaine, la France aura peut-ĂȘtre fait un pas dĂ©cisif vers la civilisation. Ou vers l’inflation de panneaux. Mais dans les deux cas, au moins, ce sera Ă©crit.

Paul Emique
Statut OR : RĂ©dac chef 📰

đŸ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de L’Ouest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă  la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.

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  1. PrĂ©nom modifiĂ© ↩

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