Il existe deux façons dâaborder la biodiversitĂ©.
La premiĂšre consiste Ă publier des chiffres nationaux, Ă parler dâeffondrement du vivant et Ă organiser des tables rondes avec des mots sĂ©rieux.
La seconde, beaucoup plus locale, consiste Ă freiner brutalement un soir dâhiver sur une dĂ©partementale du Haut-Doubs en apercevant un hĂ©risson traverser sans regarder.
Ici, la biodiversitĂ© ne se mesure pas en pourcentage dâespĂšces menacĂ©es mais en probabilitĂ© de croiser un animal mal orientĂ© entre deux virages. Et dans cette catĂ©gorie trĂšs spĂ©cifique, le hĂ©risson reste largement en tĂȘte.
đ° Dans cet article
đ Le hĂ©risson, espĂšce protĂ©gĂ©e mais pas prudente
Officiellement, le hĂ©risson dâEurope est une espĂšce protĂ©gĂ©e.
Officieusement, dans le Haut-Doubs, câest surtout un mammifĂšre qui a une confiance excessive dans la circulation locale.
Il traverse lĂ oĂč il veut, quand il veut, souvent la nuit, parfois sous la pluie, et toujours Ă un endroit oĂč personne ne sây attend. Il ne connaĂźt ni les limitations de vitesse, ni les prioritĂ©s Ă droite, ni lâĂ©tat psychologique du conducteur qui rentre du boulot aprĂšs une journĂ©e trop longue.

Chaque hiver, des habitants racontent la mĂȘme scĂšne :
« Jâai cru que câĂ©tait une pierre. Puis la pierre a bougĂ©. »
đČ Une biodiversitĂ© dite âordinaireâ, mais trĂšs concrĂšte
Depuis quelque temps, on reparle beaucoup de biodiversitĂ© âordinaireâ.
Pas les espÚces exotiques ni les grands prédateurs qui font débat à la télévision, mais les animaux du quotidien : oiseaux des jardins, amphibiens, insectes⊠et hérissons.
Ce sont ceux qui vivent dans les haies mal taillĂ©es, les jardins clĂŽturĂ©s nâimporte comment, les talus entre deux lotissements, les zones ni vraiment rurales ni vraiment urbaines.
Autrement dit : exactement le décor du Haut-Doubs contemporain.
Le problĂšme, câest que ce dĂ©cor a Ă©tĂ© pensĂ© avant tout pour la voiture, le stationnement pratique et la clĂŽture âbien fermĂ©eâ. Le hĂ©risson, lui, nâa pas Ă©tĂ© consultĂ©.
đŁïž Routes, clĂŽtures et rĂ©alitĂ©s locales
Dans le Haut-Doubs, on sait gérer :
- la neige,
- le froid,
- les pannes de chauffage,
- et les touristes en sandales.
En revanche, faire cohabiter routes, grillages et faune locale, câest plus compliquĂ©. Le hĂ©risson nâa pas dâalternative. Il ne fait pas demi-tour. Il nâattend pas que ça passe. Il traverse.
Et quand il ne traverse pas, il contourne par des chemins improbables, se retrouve coincĂ© dans des jardins trop bien protĂ©gĂ©s ou finit par longer la route jusquâĂ tomber sur un endroit encore plus dangereux.
đŠ Un symbole malgrĂ© lui
Ă force, le hĂ©risson est devenu plus quâun animal.
Il est un indicateur local, un rappel silencieux que le territoire nâest pas occupĂ© que par des humains pressĂ©s et des vĂ©hicules bien Ă©quipĂ©s pour lâhiver.
Quand on parle de biodiversitĂ© dans le Haut-Doubs, inutile dâaller chercher trĂšs loin. Elle est dĂ©jĂ lĂ , Ă ras du sol, discrĂšte, piquante, et pas toujours adaptĂ©e Ă nos amĂ©nagements modernes.
Et tant que le hĂ©risson continuera de traverser sans regarder, on pourra considĂ©rer que le dĂ©bat sur le partage du territoire nâest pas totalement rĂ©glĂ©.
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đŠ HĂ©risson : dans le Haut-Doubs, la biodiversitĂ© traverse quand elle peut
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