NapolĂ©on avait créé les prĂ©fets pour que lâĂtat arrive partout. Il nâavait pas prĂ©cisĂ© : aprĂšs les dĂ©gĂąts. Alors que Giorgia Meloni annonce des mesures aprĂšs les violences de Milan, le fondateur revient inspecter la boutique française avant les manifestations de samedi.
Il trouve une cellule de coordination, un calendrier prévisionnel et du veau Marengo. Pour la décision, il faudra repasser aprÚs le café.
đ° Dans cet article
đźđč Ă Milan, une rĂ©ponse qui traverse les Alpes
Le point de dĂ©part, Ă dĂ©faut de chant, est bien rĂ©el. AprĂšs les violences de Milan, le gouvernement italien a approuvĂ©, mardi 20 octobre, un dĂ©cret-loi durcissant sa rĂ©ponse pour maintenir l’ordre rĂ©publicain. Il annonce notamment un dĂ©lit de participation violente Ă une manifestation, des mesures concernant les mineurs et la prise en charge des dĂ©gĂąts, ainsi que 500 militaires supplĂ©mentaires Ă Milan jusquâĂ la fin de lâannĂ©e. Les principales dispositions sont dĂ©taillĂ©es dans le compte rendu de LaPresse sur les mesures italiennes.
Il reste Ă juger leurs effets. Une annonce ne rĂ©pare pas une vitrine et un uniforme supplĂ©mentaire ne rĂ©sout pas tout. Mais le calendrier, lui, est lisible : les violences ont eu lieu le week-end, les dĂ©cisions sont annoncĂ©es avant le suivant. De quoi rĂ©veiller un homme qui avait une certaine expĂ©rience des campagnes dâItalie et assez peu de goĂ»t pour les comptes rendus sans suite.
« Jâai créé les prĂ©fets pour raccourcir la distance entre une dĂ©cision et son exĂ©cution. Vous avez rĂ©ussi Ă y installer trois Ă©tages et une salle de rĂ©union. »
Napoléon demandant des comptes à ses héritiers
Dans notre reconstitution, lâEmpereur quitte donc son repos, remet son bicorne et demande Ă voir ce quâil reste de son administration. Ă lâaccueil, on lui rĂ©clame une piĂšce dâidentitĂ© en cours de validitĂ©. Sainte-HĂ©lĂšne ne figure pas dans le menu dĂ©roulant.
đïž NapolĂ©on retrouve ses prĂ©fets et demande le service aprĂšs-vente
Le rapprochement nâest pas seulement dĂ©coratif. Câest bien Bonaparte, alors Premier consul, qui a créé la fonction prĂ©fectorale par la loi du 17 fĂ©vrier 1800. Avant le soleil dâAusterlitz, il avait installĂ© les relais de lâĂtat dans les dĂ©partements. Deux siĂšcles plus tard, le fondateur vient demander pourquoi le relais ressemble Ă une salle dâattente.
« Sire, nous avons immédiatement engagé une concertation. »
« Avec qui ? Les pavés ? »
Un directeur de cabinet présente alors un dispositif en trois phases :
- partager le diagnostic
- consolider les remontées
- identifier les leviers.
NapolĂ©on demande Ă quelle phase on empĂȘche le magasin de brĂ»ler. On lui rĂ©pond que cette question relĂšve prĂ©cisĂ©ment du groupe de travail consacrĂ© aux leviers.

« Jâai créé les prĂ©fets pour raccourcir la distance entre une dĂ©cision et son exĂ©cution. Vous avez rĂ©ussi Ă y installer trois Ă©tages et une salle de rĂ©union. » vitupĂšre NapolĂ©on devant ses hĂ©ritiers.
đ La bataille de samedi sera examinĂ©e lundi
La scĂšne tourne au vinaigre lorsquâun conseiller dĂ©roule le rĂ©troplanning. La rĂ©union prĂ©paratoire Ă la rĂ©union opĂ©rationnelle pourrait se tenir vendredi, sous rĂ©serve de disponibilitĂ© de la salle. Les conclusions seraient consolidĂ©es lundi. Samedi, entre les deux, est identifiĂ© comme un point de vigilance.
« Lâennemi a-t-il acceptĂ© votre calendrier ? » demande NapolĂ©on.
Le conseiller prĂ©cise que les organisateurs nâont pas encore rĂ©pondu au sondage de disponibilitĂ©s. Un autre propose de reporter la difficultĂ© au prochain comitĂ©. LâEmpereur regarde la carte de France. Il avait connu des retraites compliquĂ©es, mais jamais une armĂ©e reculant devant son propre agenda.
Dans le Haut-Doubs, GisĂšle ne voit quâun dĂ©faut Ă cette mĂ©thode :
« Quand mon tabac Ă©tait ouvert, si jâattendais lundi pour mâoccuper du problĂšme du samedi, le client Ă©tait dĂ©jĂ parti avec la caisse. Mais jâaurais eu un trĂšs beau procĂšs-verbal. »

đČ Le veau Marengo, seule opĂ©ration menĂ©e Ă son terme
Ă midi trente, miracle : une dĂ©cision produit un effet concret. Le dĂ©jeuner est servi. Au menu, du veau Marengo, choisi pour honorer lâillustre visiteur. La cuisine a reçu la commande, rĂ©uni les ingrĂ©dients et livrĂ© le plat Ă lâheure. NapolĂ©on demande aussitĂŽt le nom du chef.
« Celui-là , gardez-le. Il a compris la chaßne de commandement. »
Le prĂ©fet sourit, croyant lâatmosphĂšre dĂ©tendue. Grave erreur. LâEmpereur vient de constater que son hĂ©ritage militaire survit mieux au restaurant administratif que dans lâorganisation de la riposte. Marengo est chaud. Austerlitz est en attente de validation. Le seul mouvement exĂ©cutĂ© sans rĂ©serve est celui du chariot Ă desserts.
DjĂ€ysonne, chargĂ© de couvrir lâinspection pour LâOuest RĂ©publicain, note dans son carnet : « Ils ont transformĂ© une victoire en sauce et les dĂ©cisions en purĂ©e. » GisĂšle lui demande de respecter la purĂ©e : au moins, elle tient au corps.
âïž Les textes existent, le mode dâemploi aussi
En France aussi, un appui militaire est annoncé pour samedi, afin de libérer des policiers et gendarmes. Notre inspection reste une fiction : Napoléon vient demander des comptes à une machine administrative, dont chaque rouage tourne parfaitement pendant que le véhicule reste au garage.
Et le fameux « qui casse paie » nâa pas besoin dâun passeport italien. Le Code civil, autre invention du visiteur, prĂ©voit dĂ©jĂ dans son article 1242, sous ses conditions, la responsabilitĂ© des parents pour les dommages causĂ©s par leurs enfants mineurs. Cela ne signifie pas une amende automatique : il faut Ă©tablir les faits, les responsabilitĂ©s et le prĂ©judice. Quant aux nouveaux dĂ©lits, la France ne peut pas les crĂ©er dâun simple claquement de dĂ©cret.
VoilĂ qui fournit Ă lâEmpereur un motif de colĂšre supplĂ©mentaire : les outils sont parfois dans lâarmoire, mais chacun propose dâabord de commander une nouvelle armoire.
« Sire, nous avons un cadre juridique.
â Excellent. Mettez quelquâun dedans qui sache sâen servir. »
đ€ïž Le soleil dâAusterlitz attend un avis favorable
La visite sâachĂšve devant un tableau de suivi. Toutes les cases sont vertes : rĂ©union tenue, note transmise, communiquĂ© diffusĂ©. Ă travers la fenĂȘtre, un artisan prend les mesures dâune devanture. Lui aussi prĂ©pare samedi. Il a commandĂ© du verre.
NapolĂ©on reprend son bicorne. Ce qui lâaccable nâest mĂȘme plus la complexitĂ© du monde moderne. Câest cette maniĂšre de confondre la circulation dâun dossier avec le mouvement dâune armĂ©e, et le dĂ©part dâun courriel avec lâarrivĂ©e dâun rĂ©sultat.
« Jâavais créé les prĂ©fets pour que lâĂtat arrive partout. Il fallait vraiment ajouter âĂ tempsâ dans la notice ? »
Le cabinet promet une rĂ©ponse circonstanciĂ©e. Un comitĂ© doit justement se pencher sur la question des dĂ©lais. En attendant, le soleil dâAusterlitz se lĂšvera dĂšs rĂ©ception de lâensemble des avis favorables.

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đïž NapolĂ©on : le soleil dâAusterlitz sâest couchĂ© sur un parapheur
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