Encore ce fichu passage Ă niveau
đ° Dans cet article
Une situation devenue tristement rituelle
Câest un mercredi comme les autres. Ou presque. Depuis 21h30, les barriĂšres du passage Ă niveau de La Cluse, telles deux bras mĂ©caniques fatiguĂ©s par des annĂ©es de va-et-vient, sont restĂ©es coincĂ©es en position basse. Aucun train en vue. Aucun agent non plus. Juste des automobilistes excĂ©dĂ©s, des feux de dĂ©tresse en sĂ©rie, et une ambiance de bouchon post-apocalyptique sauce Haut-Doubs.
«âŻJâviens de passer 11h Ă bosser Ă Lausanne, jâai plus de batterie, plus de patience, et jâai faim. Quâils viennent me chercher en hĂ©lico, jâbouge plusâŻÂ»,
Florent, frontalier de Chaffois, coincé au volant de son X3 depuis 21h43.
La gestion du stress, version Haut-Doubs
Le premier rĂ©flexe, classique, câest lâattente. Puis viennent les appels Ă la gendarmerie. Puis la rumeur : «âŻY a un gars qui aurait vu un feu arriĂšre de train Ă LabergementâŻÂ». Ă 22h15, on assiste au premier demi-tour sauvage sur ligne blanche. Ă 22h27, un monospace suisse tente le passage par le trottoir, suivi de prĂšs par une CitroĂ«n qui sâensable dans le talus.
Une vieille dame avec un chien lance :
«âŻCâest toujours pareil. Quand y a pas les vaches, câest les barriĂšres. Le Doubs, câest un test de patience permanent.âŻÂ»
SNCF RĂ©seau : âNous sommes au courantâ
Contactée par nos soins (et par 47 automobilistes en simultané), SNCF Réseau indique :
«âŻNous sommes conscients de la situation. Une Ă©quipe est en route. Nous priorisons la sĂ©curitĂ©. Veuillez ne pas franchir les barriĂšres.âŻÂ»
Traduction pour les locaux : on va attendre encore.
Il est 22h30. Le âbouchon de La Cluseâ fait dĂ©sormais 1,4 km cĂŽtĂ© Les HĂŽpitaux-Neufs, et 2 mĂštres cĂŽtĂ© Pontarlier. Des familles se passent des barres de cĂ©rĂ©ales par les fenĂȘtres. Un enfant pleure doucement en demandant sâil va dormir dans la voiture âcomme dans les filmsâ. Un Dobermann hurle Ă la lune.
Et pendant ce temps, aucun train
La grande ironie de cette comĂ©die comtoise, câest quâaucun train ne passe. Rien. Pas mĂȘme un TER vide pour justifier lâabaissement de ces satanĂ©es barriĂšres. Il paraĂźt quâun convoi fret aurait Ă©tĂ© annulĂ©. Mais la barriĂšre, elle, ne lit pas ses mails.
«âŻJâme demande si câest pas automatique leur truc. Genre si un hĂ©risson traverse Ă 30 bornes, ça bloque tout pendant 3 heures.âŻÂ»
Propos glissĂ©s par Jordan, un jeune frontalier, casque sur les oreilles, regard vide, lâair dâavoir dĂ©jĂ tout perdu. Nous le remercions pour la rĂ©fĂ©rence au hĂ©risson que nous citions hier et qui avait beaucoup fait rĂ©agir.

Un rituel du soir qui fait désormais partie du folklore
Le passage Ă niveau de La Cluse, câest un peu notre tour Eiffel Ă nous, mais version sadomaso et sans les illuminations. On y passe, on sây Ă©nerve, on y vieillit. Chaque semaine, le mĂȘme sketch. Et pourtant, personne nâa encore organisĂ© de pĂ©tition, de flashmob, ou de rituel vaudou.
Faisons un peu de science fiction.
Ă 23h72, les barriĂšres finissent par se lever. Lentement. Presque Ă contrecĆur. Les moteurs rugissent. Les vĂ©hicules redĂ©marrent dans un ballet chaotique, oĂč sâentremĂȘlent coups de klaxon, insultes et soupirs de soulagement.
Demain, on recommencera
On le sait tous. Ce nâest pas la derniĂšre fois. Le passage Ă niveau de La Cluse est un oracle moderne : il annonce la fatigue du territoire, lâabandon des petites lignes, lâabsurditĂ© des automatismes.
Mais il unit aussi les Doubistes, le temps dâun bouchon, dâun partage de madeleines, dâun rĂąle collectif. Câest peut-ĂȘtre ça, le vrai train de vie local : un peu lent, souvent bloquĂ©, mais indiscutablement solidaire.

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đ§ Passage Ă niveau de La Cluse : 22h30, les barriĂšres dorment, les frontaliers pĂštent un cĂąble
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đ· Le dĂ©bat se poursuit dans Le Comptoir de LâOuest RĂ©publicain, le groupe de discussion rattachĂ© Ă la page, et modĂ©rĂ© par GisĂšle.
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đ Des mots vous semblent obscurs dans cet article ? Vous ĂȘtes probablement des gens du Doubs-Du-Bas, ou de la France-Du-Bas. Pas de panique : on vous aime quand-mĂȘme, mais on vous suggĂšre fortement de jeter un Ćil Ă notre glossaire.

Vous ĂȘtes gĂ©niaux ! J’adore votre humour. Je vous envoie mes meilleures ondes.
HĂąte de lire vos articles sur les Ă©lections municipales Ă Pontarlier, ça promet d’ĂȘtre croustillant
Merci.
Rassurez-vous, nous serons staffĂ©s en consĂ©quence pour les municipales. Notre secteur est vaste, il y aura plein de scrutins, mais nous serons sur le coup. A Pont et partout ailleurs oĂč l’attention du public le mĂ©ritera.
On dit merci Ă chatgpt maintenant pour les articles de lâOuest rĂ©publicain ?
Sur certains points, il faut savoir vivre avec son temps đ
đą
HĂąte de lire la suite demain
On va espĂ©rer qu’aujourd’hui tout revienne Ă la normale au passage Ă niveau de La Cluse.
Bonjour, je me suis surpris Ă lire l’article jusqu’au bout ! il est Ă©crit de façon rĂ©aliste et humouristique et faisant appel Ă la fantaisie du lecteur ! Sympa comme essai !
l’actualitĂ© passe en deuxiĂ©me point pour dire juste oui c’est le bordel ! mais ca ne donne pas le droit de rouler comme des bobets quand çà roule ….. ca donne pas envie de plaindre le frontalier ni de l’aider ! prenez soin vous et rouler cool c’est prendre soin de tous !
Bonjour David,
Vous avez tout compris au but poursuivi, et nous vous remercions pour vos conseils de bon sens.
Bon week-end